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L'Usine Maroc

Les deux Maroc

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Les deux Maroc © dr

   

(chronique parue dans L'Usine Nouvelle du 26 septembre 2013)

   

Un gouvernement peut-il d’un seul coup prendre une décision conduisant à détruire 15 000 emplois ? La logique, bien sûr, voudrait que non, surtout sur la fiévreuse rive sud de la Méditerranée. C’est pourtant ce qui vient d’arriver au Maroc. Cette décision casse-cou, c’est l’augmentation du prix des carburants de 8%, promulguée la semaine passée par Abdelilah Benkirane, le Premier ministre et leader du parti islamiste modéré PJD. Quant aux pertes d’emploi, ce sont celles qui résulteront en 2014 de cette hausse de prix, selon le Haut-Commissariat au plan. La raison derrière cette mesure choc qui, déjà, attise la colère des transporteurs ou de la rue est simple.

Les comptes publics du pays sont rouge vif avec, en 2012, un déficit de plus de 7% du PIB. Ce déficit s’explique pour l’essentiel par le trou de la "Caisse de compensation", un fonds qui subventionne les produits de base, carburants en tête. Depuis longtemps, experts et bailleurs de fonds pointent la nécessité de réformer ce système ruineux en indexant le prix des carburants sur leur valeur réelle. Jusqu’ici tous les gouvernements s’en étaient bien gardés. Abdelilah Benkirane vient pourtant de s’y engager. Arrivé au pouvoir fin 2011, en plein printemps arabe, il se retrouve aujourd’hui à contre-emploi. Il est contraint de jouer les "pères la rigueur", alors que le PJD, au pouvoir dans le cadre d’une fragile coalition, se voudrait le héraut du social et de la lutte contre la corruption, sujets sur lesquels il n’a guère avancé jusqu’ici.

Au-delà, cette affaire illustre surtout les deux faces du Maroc. La première c’est celle d’un pays modèle vanté pour sa stabilité grâce, dit-on, à Mohammed VI, et qui doit connaître cette année une enviable croissance de 4,5%. Soutenu à renfort de milliards de dollars par les bailleurs de fonds (Europe, pays du Golfe, Banque mondiale…), le Maroc a résisté au maelström du printemps arabe. Et les investissements étrangers continuent d’affluer : ils ont même bondi de 31,9% sur huit mois. Le meilleur exemple ? Le doublement de la capacité du site géant Renault Tanger qui sera acté ce 8 octobre. Mais la seconde face du Maroc, c’est celle d’une économie intérieure à la peine avec le BTP qui patine et un chômage urbain tutoyant 20%. Le patron de la fédération de la métallurgie vient, lui, de pointer la faible compétitivité de son industrie qu’illustrent les difficultés du sidérurgiste Maghreb Steel. Et il y a surtout les chiffres désastreux et récurrents de la balance commerciale (50% de taux de couverture). Ce déséquilibre rend le Maroc dépendant des financements extérieurs. Or pour les attirer il faut rassurer sur les comptes publics. Et relever le prix de l’essence. Logique. 

Pierre-Olivier Rouaud

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