Le dysfonctionnement du dispositif de localisation des abonnés est responsable du blocage du réseau mobile de l’opérateur historique. L’incident va aider toute l’industrie télécoms à améliorer la résilience des réseaux.
On en sait plus sur la panne géante du réseau mobile d’Orange vendredi dernier. La cause réside un dysfonctionnement du dispositif de localisation des abonnés, connu dans le jargon des télécoms sous le nom HLR (Home Location Register). "C’est un équipement critique au cœur réseau, explique Françis Jutand, directeur scientifique de l’Institut Mines-Télécom. Il a pour mission d’identifier l’abonné sur une base de données puis d’acheminer sa communication sur une station de base en fonction de sa localisation à un instant donné. C’est un passage obligé pour passer un appel." Le HLR incriminé est fourni par Alcatel-Lucent.
La cause racine du problème n’est toutefois pas encore identifiée. Orange travaille avec Alcatel-Lucent et Ericsson, ses deux équipementiers mobiles, à identifier les origines de la panne. A priori, les thèses d’une attaque informatique ou d’une saturation de trafic sont écartées par l’opérateur mobile. "L’industrie des télécoms est habituée à se prémunir contre les risques externes ou les pics de trafic, estime Françis Jutand. La vraie cause de panne réside dans le HLR lui-même. Cet équipement complexe fait appel à beaucoup de logiciels. Il a été testé puis a bien fonctionné pendant un an. Malgré les multiples redondances, il a dysfonctionné. C’est probablement parce qu’il s’est retrouvé dans une configuration qui n’a pas été prévue en conception et en test."
Inventer de nouvelles architectures
Du fait de leur complexité technique et de l’omniprésence du logiciel dans leurs équipements, les réseaux mobiles connaissent régulièrement des "black-out". En France, SFR et Bouygues Telecoms ont déjà été victimes d’interruption de service allant jusqu’à 24 heures. Mais par son ampleur et sa médiatisation, la panne d’Orange est une première. "C’est la première fois qu’on sait que le HLR est responsable de la panne, détaille Français Jutand. Il faudra maintenant s’attacher à connaitre les causes racines et les partager avec l’ensemble de l’industrie des télécoms. Car ce qui est arrivé à Orange aurait pu arriver à n’importe quel opérateur mobile. Il est important de tirer les leçons de cet incident pour progresser ensemble en matière de fiabilité et de résilience des réseaux, comme le fait depuis longtemps l’industrie aéronautique. L’implication du gouvernement sur le sujet s’inscrit dans ce sens."
Pour les chercheurs, ces incidents à répétition ouvre deux champs d’investigation : inventer de nouvelles architectures de cœur de réseau, qui offrent davantage de sécurité et de fiabilité que le HLR actuel, ou trouver des mécanismes qui font que les réseaux pourront détecter en amont un dysfonctionnement et s’autoréparer. Un autre champ de travail est aussi à explorer : celui du test. "Il faudra revoir les procédures actuelles ou inventer d’autres méthodes de test", préconise Françis Jutand.
L’une des solutions préconisées par certains spécialistes serait de mettre en place un réseau secondaire de secours, réduit au minimum pour assurer juste les communications les plus critiques (SMS, médical, etc.). La question est de savoir qui doit le financer. Les opérateurs ? L’état actuel de leur finance l’exclut. Même chose pour l’Etat. Sans compter que ce réseau secondaire peut lui aussi tomber en panne. C’est pourquoi François Jutant n’y croit pas.









