Prix du pétrole : les spéculateurs sont innocents24/07/2008
Alors que le Senat américain votait à l'unanimité (94 contre 0) l'ouverture d'un débat sur une loi destinée à limiter l'influence de la spéculation sur le marché pétrolier, La Task-force mise en place par le gouvernement rendait des conclusions innocentant les spéculateurs.
Pour apaiser les remous créés par l'envol des cours du baril et des autres produits énergétiques, le gouvernement américain avait eu recours à la classique création d'une commission ad hoc, en l'occurrence un organisme inter-agences sur les marchés de commodités, l'US Interagency Task Force (ITF) on Commodity Markets. Personne ne semble avoir été oublié puisque l'ITF, présidé par le régulateur des bourses de commerce la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), comprend également des représentants des ministères - Agriculture, Energie et Trésor -, de la Fed (la banque centrale), de l'agence en charge de la protection des consommateurs (la Federal Trade Commission,FTC) et du gendarme des bourses d'action (Securities and Exchange Commission, SEC). La Chine et l'Inde Rendu public mardi soir, le rapport préliminaire de la Task-force reprend sans surprise les thèses défendues par la CFTC en affirmant qu'elle « ne reprend pas à son compte l'hypothèse selon laquelle l'activité spéculatrice ait été systématiquement à l'origine des hausses de prix ». Ce sont les fondamentaux, c'est-à-dire le développement accéléré de l'économie mondiale et en particulier de la Chine et de l'Inde, qui ont provoqué l'augmentation substantielle de la demande de pétrole. Du côté de l'offre, « la réponse a été lente, aggravée par des déficits de la production associés aux troubles géopolitiques dans les pays aux réserves les plus riches ». « Compte tenu également de l'extrême difficulté de remplacer le pétrole par des produits de substitution, des augmentations très importantes des prix sont intervenues pour rééquilibrer l'offre et la demande », explique le rapport. Oil prices have risen despite net flows of money out of commodity indices since early 2007
Dans son rapport l'ITF constate l'arrivée massive des investisseurs sur les marchés à terme de l'énergie en raison des profits substantiels dont ils pouvaient bénéficier sur ces marchés. Toutefois, les swaps dealers, les intermédiaires qui offrent aux investisseurs un retour lié aux marchés de commodités, ont été au cours des 12 derniers mois, autant à l'achat qu'à la vente sur les futures liés au pétrole brut. Ils étaient même à la baisse lors des 5 premiers mois de l'année. « La plupart des courtiers spéculateurs ont classiquement modifié leurs positions suite à des changements des cours » ce qui doit plutôt être interprété comme une marque d'efficience du marché. Pas de manipulation des cours Ces conclusions ne surprennent guère Kevin Norrish de Barclays Research qui a calculé que depuis le début de 2007 pas moins de 6 milliards de dollars sont sortis des fonds indiciels de commodités et qu'au cours du 2e trimestre 2008 les sommes investies sur ces fonds sont restées étales. Le rapport reprend les conclusions de précédentes études de la CFTC selon lesquelles les spéculateurs se comportent en suivistes par rapport à l'évolution des cours : ils achètent lorsque les prix montent et vendent lorsque les prix baissent. Difficile dans ces conditions de les accuser de manipuler les cours ! Contrairement à ce qu'affirment les politiques ou les médias l'activité spéculatrice des fonds indiciels ou des hedge funds a été utile pour limiter la volatilité des cours provoquée par les chocs successifs qui frappent l'industrie pétrolière, estime la Task-force. Sans cette activité spéculative les cours du pétrole ne seraient pas plus bas et pourraient être encore plus volatils, conclut le rapport. Daniel Krajka |
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