Les chariots télescopiques montent en flèche
Par Jean-Sébastien SCANDELLA - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3007Le marché pour ces engins très polyvalents ne cesse d'augmenter. Les constructeurs s'organisent et investissent pour profiter de cet engouement.
Plus haut, plus fort, plus polyvalent... les constructeurs de chariots télescopiques auront rivalisé d'imagination sur le salon Intermat pour vanter leurs matériels. Dans le petit monde du chariot télescopique, les ambitions sont à la hauteur des mâts.
Exemple avec Manitou, numéro 1 mondial. En 2005, son chiffre d'affaires a bondi de 20 % à 985 millions d'euros, dont deux tiers grâce aux chariots télescopiques. « Nous comptons sur 10 % de croissance cette année », lance Marcel-Claude Braud, président du directoire. D'ici à 2010, le groupe d'Ancenis (Loire-Atlantique) vise 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires. Même optimisme chez l'italien Merlo, numéro 2 en France et troisième en Europe, derrière le britannique JCB. Fort d'un chiffre d'affaires 2005 de 280 millions d'euros (à 80 % dans les télescopiques), en hausse de 13 %, le constructeur familial de Cuneo compte passer à 6 000 unités d'ici à 2007, contre 4 000 l'an dernier.
Derrière cette fièvre, un engouement pour ces machines très polyvalentes, pouvant remplacer tour à tour chariots à fourches, chargeuses, nacelles élévatrices voire grues mobiles, s'ils sont dotés des outils adéquats. En 2005, le marché mondial est estimé à 45 000 machines (dont 24 500 en Europe et 7 100 en France). Surtout dans le bâtiment, mais aussi l'agriculture et l'industrie. « Cette année, la demande devrait atteindre 50 000 unités », s'enthousiasme Marcel-Claude Braud.
Des entrants ambitieux
De nouveaux entrants s'invitent sur le marché, tels les allemands Liebherr et Kramer (groupe Neuson-Kramer, 220 millions de chiffre d'affaires 2005). Avec ambition. « Le groupe compte réaliser 40 % des ventes de Kramer sur ce type de matériel l'an prochain », déclare Bruno Germain, directeur des ventes de Kramer France. Bouillonnant, le marché suscite une vague d'investissement. Merlo vient d'engager 40 millions d'euros à Cuneo, notamment dans une usine de 24 000 mètres carrés qui sera opérationnelle cet été. « Notre capacité va passer de 18 à 26 machines par jour », annonce Amilcare Merlo, fondateur et président du groupe. Le septuagénaire rêve d'une usine en Europe de l'Est. L'américain JLG Industries conçoit et fabrique depuis fin 2005 les télescopiques de Caterpillar. Il va injecter 30 millions de dollars en 2006 dans la R & D et ses moyens de fabrication, aux Etats-Unis et en Belgique. Ses ventes devraient progresser de plus de 15 % en 2006, à 350 millions de dollars. Dans son usine d'Uberlingen (Allemagne), Kramer montera 450 unités en 2006, dont 300 pour le constructeur allemand de matériel agricole Claas. « Nous envisageons une nouvelle usine d'ici à deux ans », indique Bruno Germain. Haulotte sous-traite à l'italien Faresin quelques centaines d'unités : « Nous pensons reprendre ces fabrications en interne sous deux ans », annonce Alexandre Saubot, directeur opérationnel du groupe.
Mais ce marché assez neuf exige des machines adaptables à plusieurs applications. Ces chariots remplacent plusieurs types d'engins et doivent répondre à chaque norme spécifique. Hormis JCB et John Deere, les généralistes du matériel de TP et agricole (Caterpillar, CNH...), restent prudents et privilégient des partenariats. Mais rien n'est perdu pour eux : le boom actuel devrait se prolonger. Le marché français est déjà en phase de renouvellement et d'au-tres restent porteurs, comme les Etats-Unis. En 2004, Manitou a passé un accord avec l'américain Gehl pour produire des Maniscopics sous licence. Autres terrains de chasse intéressants, l'Europe de l'est et l'Asie, pour Almicare Merlo.
Les constructeurs espèrent aussi séduire de nouveaux types d'utilisateurs. Il reste quantité de niches sur lesquelles les télescopiques apportent une solution. Dotés de prise de force et de système de relevage, certains modèles peuvent remplacer des tracteurs agricoles. L'italien compte aller plus loin. « Nous menons trois à quatre projets de machines encore plus polyvalentes », dévoile Almicare Merlo. 1

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