Les cadences chutent, la pression monte
Le 11 juin 2009 par Carole Lembezat | L'Usine Nouvelle n° 3151La morosité du secteur aéronautique suscite des inquiétudes. Annulations de commandes et baisses de cadence déstabilisent la filière. Tous les acteurs font le dos rond en espérant passer la tempête.
Baisse du trafic, annulation de commandes, arrêts ou reports de programmes... La crise commence à se faire sentir dans l'aéronautique. « Le contre-pied est d'autant plus fort que les entreprises étaient en situation de montée en puissance », souligne Jean-Michel Isaac-Dognin, le PDG de Simair (équipement de cabines) et président du comité aéro-PME du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas). Airbus avait ainsi poussé ses fournisseurs à investir pour répondre à des cadences de production très élevées (jusqu'à 40 A 320 par mois prévus)... Alors qu'elles n'ont jamais dépassé les 36. Las ! L'avionneura annoncé une réduction à 34 à partir d'octobre 2009. « Si les volumes n'augmentent pas et sil'on ne peut pas baisser les coûts de fonctionnement, ce sont les marges qui souffrent », insiste le président du comité aéro-PME, qui s'interroge sur l'amortissement des lourds investissements consentis par certaines entreprises. « On était dimensionnés pour ces cadences. On a revu notre plan de production », regrette François Gaiani, le directeur commercial de Ratier-Figeac, qui fabrique entre autres les hélices de l'A 400M.
Du côté des avions d'affaires, la situation est encore plus grave. Dassault a annoncé une baisse de cadence de près de 50 % par rapport aux prévisions et a commencé à rapatrier une partie de la sous-traitance. Son fournisseur Latécoère prévoit quant à lui un recul de 20 % de son chiffre d'affaires. « Tout cela crée des perturbations dans la supply chain », note Philippe Moniot, le PDG de Rex Composites, une société de 54 millions d'euros de chiffre d'affaires qui fournit Dassault, notamment. « On craint un effet domino sur les défaillances », poursuit-il. Même si Nicolas Lioret, conseiller sectoriel chez Euler Hermès, estime qu'« il n'y a pas eu d'augmentation des dépôts de bilan dans la filière ». Pour l'instant.
Les premiers touchés risquent fort d'être les plus petits et les plus en amont dans la chaîne. « La dépendance vis-à-vis d'un nombre réduit de clients fera la différence », analyse Nicolas Lioret. Didier Baudet, le président d'Aérotech, une PME charentaise d'usinage de pièces pour l'aéronautique (4 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2008), qui ne travaille que pour quatre clients, est inquiet. Ses carnets de commandes se sont réduits de 20 %. « Si, demain, on passe à - 50 %, on ne tiendra pas longtemps », déplore-t-il. « C'est de la responsabilité des donneurs d'ordres d'être suffisamment clairs avec leur chaîne de sous-traitants pour qu'elle reste à leurs côtés », estime Patrice Juillien, le président d'Alliance Aéronautique (15 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2008). Certains, comme Thales Aéronautique, sont prêts à soutenir leurs sous-traitants, au cas par cas. En attendant, les entreprises prennent les mesures classiques : suppression des intérimaires, non-renouvellement de CDD, gel des embauches. Ainsi, par prudence autant que pour s'adapter à la situation, Creuzet Aéronautique a supprimé les heures supplémentaires et les postes d'intérimaires. Certains envisagent des mesures de chômage partiel. Et même si des bruits commencent à circuler, tous se refusent à parler de plans sociaux, de peur de perdre les compétences qui seront nécessaires lorsque la reprise viendra. Même si nul ne peut en prédire la date...











