Les bureaux, un élément de l’identité nationale
Le 06 janvier 2010EMPLOI-PRO D’un pays à l’autre, on ne travaille pas de la même façon dans un bureau. L’aménagement de l’espace reflète les valeurs d’une société, la manière d’appréhender le travail ou la hiérarchie. Les équipes de Steelcase ont mené une enquête dans cinq pays. Les résultats sont passionnants.
Pas à l’aise dans les nouveaux bureaux choisis par le nouvel actionnaire, une société britannique qui vient de fusionner avec votre entreprise ? Et que penser de ce collègue allemand qui ferme systématiquement la porte de son bureau dès qu’il arrive le matin, refusant même de prendre un café ?
Avant de conclure définitivement, jetez un œil à Office Code, un gros livre réalisé par Steelcase, le fabricant de mobiliers de bureaux. Cet ouvrage est le résultat d’un travail de recherche original sur les déterminants de l’aménagement des espaces de travail. Catherine Gall, directrice de la recherche et responsable du projet, se souvient : « certains de nos clients évoquaient devant nous des difficultés. Pour eux, c’était lié à l’organisation de l’espace de travail. Quand nous avons commencé le travail de recherche, la première chose que nous avons découverte, c’est à quel point la question n’a pas été traitée. On ne trouve qu’un seul ouvrage sur le sujet ! ». Cap sur la recherche dans cinq pays d’Europe (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie et Pays Bas) .
Malheureux comme un allemand dans un bureau britannique
Le constat dressé à l’issue de ce voyage est sans appel : on ne travaille pas de la même façon à Manchester qu’à Mannheim, à Rotterdam ou à Florence. Par exemple, faire travailler un allemand dans un bureau britannique doit être proche de la définition de l’enfer. Dans le royaume d’Elisabeth II, l’immobilier de bureau est cher depuis longtemps, de sorte qu’il est devenu un produit financier avant tout. Résultat : l’espace ouvert y est la norme et la densité au mètre carré est très élevée. Corollaire : le télétravail y est développé, grâce notamment à un management par objectif.
Inimaginable en Allemagne, où les notions de confort et d’espace privé sont essentielles. Et cela commence dès la construction du bâtiment. L’immeuble de bureau allemand sera plutôt moins large que ses confrères : tout le monde doit avoir accès à la lumière du jour dans la patrie de Schiller. De même, le bureau individuel reste très répandu : c’est un espace fermé où chacun peut se concentrer. Autre particularité : tout le monde trouve une chaise pour s’assoir dans une salle de réunion allemande, dont l’ordre du jour est toujours connu à l’avance et respecté par tous.
Comme Louis XIV à Versailles
Le contraire de la réunion française, observe Catherine Gall, en montrant un dessin où on voit un salarié debout dans un coin, tandis qu’un autre pousse la porte, alors que visiblement il est très en retard. Ni britannique, ni allemand, le bureau français conjugue selon elle espaces ouverts et fermés. La grande affaire de l’occupation de l’espace en France est la mise en scène du pouvoir. En forçant le trait, le moindre chef de service se vit en mini Louis XIV construisant Versailles. Le bureau doit être à la hauteur du poste occupé, même si cela passe par un confort moindre. Une démarche inenvisageable chez nos voisins bataves, égalitaires en diable et partisan avant tout d’un environnement confortable et à même de stimuler l’efficacité. En Italie, la démarche est encore différente. Si la mise en scène du pouvoir est moins forte, les relations y sont malgré tout hiérarchisées. Véritable ruche, l’immeuble de bureau italien est aux antipodes de la cellule solitaire de l’employé allemand.
Anecdotique ? Pas vraiment à l’heure où les entreprises transnationales se développent. Si les logiques financières à court terme semblent militer en faveur de bureaux standards dans tous les pays, l’étude de Steelcase montre comment un espace mal pensé peut nuire à la qualité du travail.
Christophe Bys

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