Les bonnes stratégies anticrise
Par LUCIEN VONY - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3137Dans un environnement fortement chahuté, les entreprises mécaniciennes doivent plus que jamais remettre en cause leur offre et l'organisation de leur production. En attendant l'embellie.
Du 10 au 13 mars, Eurexpo Lyon accueille le salon des technologies de production Industrie Lyon 2009, alors que la mécanique s'enraye. Tant en matériels de transformation qu'en équipements, le secteur, qui vient de connaitre plusieurs années de croissance soutenue, cherche des motifs d'espérer ! Liées aux marchés grand public (dont l'automobile), à l'investissement industriel et agricole, aux transports, à l'énergie ou au BTP, les entreprises de la mécanique voient mincir leurs carnets de commandes et grossir leurs stocks. Pour y remédier, nombre d'entre elles freinent ou arrêtent des productions, d'où de moindres achats en pièces de rechange et en outillages, et reportent leurs investissements.
S'ils se sont réjouis des 7,8 milliards d'euros alloués à l'automobile, les mécaniciens s'inquiètent face aux pertes de PSA Peugeot Citroën et aux polémiques sur le protectionnisme. Du côté des sous-traitants automobiles, le manque d'activité et de trésorerie les met en danger : beaucoup ne passeront pas le printemps, estiment les experts. Quant aux 10 milliards d'euros du plan de relance censés financer ou accélérer un millier de chantiers publics, ils répondent : « Urgence ! » De fait, c'est la rapidité du coup de pioche qui conditionnera l'obtention de commandes sonnantes et trébuchantes.
Le Symop (Syndicat des entreprises de technologies de production) estime la baisse d'activité de ses adhérents de 15 à 30 %. Parmi les créneaux qui restent porteurs, l'aéronautique qui maintient ses commandes et ses achats de pièces et d'équipements, notamment pour les technologies composites. L'énergie, fossile, nucléaire ou renouvelable, demeure toujours un gisement de croissance. De l'EPR aux éoliennes en passant par les investissements de Total (18 milliards d'euros prévus en 2009), les projets sont toujours là. Parmi les facteurs encourageants, on citera aussi la promesse de Nicolas Sarkozy le 5 février dernier de supprimer la taxe professionnelle en 2010, ce qui devrait soutenir l'effort d'investissement lorsque la demande repartira.
Dans cette période difficile, les entreprises sont en quête de solutions. La mutualisation des compétences et le partage des retours d'expérience sont l'une d'entre elles. C'est ce que montre le succès persistant depuis 2005 du programme de conseil stratégique Acamas, qui a concerné 450 PME mécaniciennes (600 à terme) pour un budget global de 17 millions d'euros. Objectif de ce programme conjoint (Fédération et Centre technique des industries mécaniques, régions) : adapter les métiers aux besoins des filières clientes, assimiler les mutations technologiques ou managériales, trouver des marchés porteurs, favoriser les échanges de bonnes pratiques entre PME. Dans le contexte actuel, même les notions d'alliances, de fusions ou de partenariats cessent d'ailleurs d'être taboues.
SE PROJETER À PLUS LONG TERME
Dans un autre domaine, celui de la R et D, le Cetim assiste paradoxalement à la flambée des demandes en devis et conseils : les patrons « profitent » de ce creux pour se projeter à plus long terme et remettre en cause leur offre. Le ralentissement économique donne aussi aux équipes de développement le temps de tester des matériaux (composites par exemple), pour améliorer la performance du produit et en réduire le nombre de pièces à assembler. Au chapitre environnemental, l'économie d'énergie et de matières premières via l'éco-conception est unpassage obligé. Ces remises en cause ont conduit le groupe SEB à hisser la grand-voile en R et D afin d'être prêt, une fois l'orage passé, à proposer aux ménages, à nouveau... dépensiers, le bon produit au bon moment.
Les équipementiers font de même. Lectra (CAO, près de 90 % des ventes à l'habillement, au meuble et à l'automobile) a anticipé la crise dès la baisse des commandes fin 2007. Ses tours de vis précoces, dès juillet puis en septembre, ont consisté à standardiser des composants, réduire les frais généraux, geler le recrutement, reporter des projets secondaires et réintégrer 10 % de R et D sous-traitée. « Le moral des troupes est essentiel dans ces moments, insiste Daniel Harari, son patron. Nous avons maintenu l'effectif, payé à 95 % des salaires le chômage partiel et diffusé un document d'information sur la crise, les mesures prises et à venir. » Réactif, il a aussi été le troisième à demander, et obtenir, que le fisc anticipe, dès ce semestre, le remboursement du crédit d'impôt recherche. Et s'interroge sur sa présence, pour 700 000 euros, au salon allemand des matériels de confection IMB, que désertent ses rivaux, dont le géant américain Gerber.
SE TOURNER VERS DES SOLUTIONS ÉPROUVÉES
De leur côté, les PME vont pour la plupart se tourner vers des solutions éprouvées ou à bénéfice immédiat. En matière d'équipements de production, le Symop note également le succès de matériels autonomes, polyvalents, comme les centres d'usinage 5 axes à changement d'outillage rapide. Mariant flexibilité et productivité, le logiciel de supply chain Maflow serait, par exemple, un « vrai remède anticrise », selon le Cetim, qui a contribué à son développement. Il renforce la réactivité de l'industriel qui peut changer son ordonnancement, réduire la taille d'une série et accélérer ses livraisons. La crise apportant son lot d'incertitudes, il faut chercher partout les outils pour rebondir. Dès la reprise. .

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