Les biotechs en quête de champions

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3291

  La région concentre la moitié des acteurs nationaux de la filière. Le plan Défi Biotech Santé, piloté par le pôle de compétitivité Medicen, veut renforcer un tissu d'entreprises encore trop fragiles.

La filière des biotechnologies a du mal à se structurer. Pourtant, l'Île-de-France concentre la moitié des biotechs françaises ! Dans la région capitale, le poids du secteur des sciences de la vie est considérable. Le pôle de compétitivité Medicen Paris Région, dédié aux technologies innovantes pour la santé et les nouvelles thérapies, recense pas moins de 358 PME, employant 8 000 personnes. Il faut y ajouter 26 grands groupes, qui ont pour la plupart leur siège social dans la région. On trouve aussi 40% de la recherche académique française (Assistance publique-Hôpitaux de Paris, Inserm, Institut Pasteur...), neuf universités et une vingtaine de grandes écoles.

Medicen Paris Région souffre un peu de la comparaison avec le très efficace LyonBiopôle, qui a contribué à structurer le secteur des biotechs en Rhône-Alpes. Son démarrage difficile n'a pas aidé. « Les acteurs sont si nombreux qu'ils n'ont pas réussi à dégager de ligne stratégique claire », regrette Patrick Biecheler, consultant en sciences de la vie dans le cabinet Roland Berger. « Certes, souffrant de l'existence de multiples chapelles, la filière francilienne a du mal à être audible et visible, pointe du doigt Philippe Archinard, l'ancien président de France Biotech et président de LyonBiopôle, mais sa richesse est incontestable. »

Pour épauler des entreprises prometteuses et en faire émerger d'autres de taille intermédiaire qui manquent au secteur, le plan Défi Biotech Santé, lancé en 2011 et cofinancé par l'État, l'Europe et la Région, propose de mener plusieurs actions d'ici à 2014. Formation, accompagnements au financement, propriété intellectuelle, aides à l'export, services de veille sont entre autres envisagées. Déjà, quelque 55 entreprises franciliennes ont adhéré au plan. « Ce programme est primordial, rappelle Vincent Rousset, chargé des entreprises chez Medicen Paris Région. Contrairement aux entrepreneurs du numérique, les créateurs d'entreprise de biotechnologies sont des scientifiques et sont donc moins en phase avec la partie business. »

La recherche d'investisseurs, c'est l'une des raisons qui a poussé Primadiag à adhérer à Défi Biotech Santé. L'entreprise, implantée sur le parc Biocitech de Romainville (Seine-Saint-Denis), réalise des automates pour les laboratoires de recherche et de diagnostic. Elle cherche à lever 1,5 million d'euros pour répondre à de nouveaux contrats de distribution aux États-Unis et en Malaisie. Le 22 mai, elle a rencontré une dizaine de financeurs dans le cadre du nouveau club des investisseurs Medicen Paris Région. « Nous avons réalisé seul l'amorçage, à hauteur de 600 000 euros, explique Guillaume Lhermite, le PDG de Primadiag, mais j'avais cette fois-ci besoin de l'expertise du pôle pour mon business plan. »

 

Rencontre avec les grands groupes

Confrontées à des besoins de financement qui se sont aggravés avec la crise, les entreprises de biotechnologies sont fragiles. Fluigent, une société parisienne créée en 2006 par des chercheurs de l'Institut Curie, s'est spécialisée dans la miniaturisation des systèmes de diagnostics. François Leblanc, son PDG, a suivi les ateliers de Défi Biotech Santé sur la veille technologique, l'ouverture aux marchés américains et chinois et les ressources humaines. « C'est un moyen d'accélérer certains aspects du business », précise-t-il, alors qu'il se concentre sur une levée de fonds.

La première édition de la convention d'affaires Défi Biotech Business, qui s'est tenue le 12 avril à Cergy-Pontoise (Val-d'Oise), a été un succès. « En une journée, nous avons pu rencontrer des clients potentiels comme Covance, pour qui nous sommes sous-traitant aux États-Unis mais pas encore en France, 3M et General Electric ainsi que des biotechs en phase clinique. C'est un succès commercial », s'enthousiasme Fabrice Beauchêne, le PDG fondateur de Popsi Cube, une jeune pousse de 20 salariés spécialisée dans les études cliniques installée à Montigny-le-Bretonneux (Yvelines).

Quelque 40 PME et 11 grands groupes du secteur de la santé ont organisé 300 rendez-vous lors de cette première édition de la convention. L'initiative a séduit aussi les poids lourds du secteur. « Le marché des biotechs en Île-de-France est difficile à identifier. Lorsqu'elles ont de l'argent, les entreprises le dépensent davantage dans la recherche que dans le marketing », remarque Dalila Grossmann, chargée du lien avec les start-up pour GE Healhtcare. Mis en place tardivement, le plan Défi Biotech Santé prouve ainsi son utilité.

La région multiplie par ailleurs les offres immobilières spécialisées. Biocitech, à Romainville, propose ainsi 25 000 mètres carrés de surfaces, qui bénéficient d'infrastructures éprouvées par Sanofi-Aventis [lire ci-dessus]. Dans la capitale, l'hôtel d'entreprises Paris Biopark (Cellectis, Boehringer Ingelheim, ScreenCell...) dispose de nombreux incubateurs (Paris Biotech Santé, Paris Santé Cochin...). Mais c'est dans le sud francilien que l'avenir se dessine, non loin du Génopôle d'Évry (Essonne), qui accueille 21 laboratoires et 73 entreprises sur 86 000 mètres carrés.

La nouvelle pépinière Villejuif Bio Park a ouvert 7 500 mètres carrés en octobre 2011 dans le Val-de-Marne. Elle marque le coup d'envoi du projet Cancer Campus. Celui-ci sera complété par le pôle biotechs des Ardoines (100 000 mètres carrés), porté par l'Établissement public d'aménagement Orly-Rungis-Seine-Amont, à Vitry-sur Seine (Val-de-Marne). Ce pôle s'inscrit dans le projet de transformation du site de Sanofi-Aventis vers les biotechnologies dans lequel le groupe investit 200 millions d'euros. Les biotechs ? Un défi que l'Île-de-France semble enfin prête à relever !

LE CHIFFRE

  • 300 C'est le nombre de laboratoires de recherche, publics et privés (soit 11 800 chercheurs), recensés en Île-de-France.

SOURCE : AGENCE RÉGIONALE DE DÉVELOPPEMENT

 

Biocitech doit rebondir après le départ de ses fleurons

  • Phase délicate pour l'ancien site de Sanofi-Aventis, à Romainville (Seine-Saint-Denis), transformé en 2003 en parc technologique pour les biotechs. En 2011, il a perdu deux de ses pépites : Cellectis (120 salariés) s'est installé à Paris Biopark et au Génopôle ; Novexel (50 personnes) a été racheté par AstraZeneca. « Nous étions dispersés dans plusieurs bâtiments et cela nous coûtait cher, souligne David Sourdive, le vice-président exécutif de Cellectis. Mais le site est l'un des rares endroits qui permet des activités de chimie en milieu urbain. » Biocitech reste un des fleurons des sites biotechnologiques franciliens. Le parc, dont le taux de remplissage est supérieur à 90%, a accueilli en mars Helios Biosciences, sa 27e entreprise. « Plus de 400 millions d'euros ont été levés par les entreprises du parc depuis sa création », rappelle Jean-François Boussard, son président. Le site compte par ailleurs sur son projet d'extension de 25 000 à 60 000 m². En mai 2011, un accord signé entre Sanofi, actionnaire unique de Biocitech, et la Caisse des dépôts et consignations (CDC) a donné le coup d'envoi d'une première tranche de 10 000 m². Après une mise de 12 millions d'euros, la CDC s'est engagée à investir 100 millions sur dix ans. Mais la crise semble ralentir une fois encore ce projet annoncé en 2009.

 

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