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Les banques, invités surprise de la campagne présidentielle

Publié le

par Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - La situation des banques françaises s'invite dans la campagne présidentielle, les socialistes, favoris des sondages, promettant une vaste réforme dans un contexte d'inquiétude de la population et des marchés financiers.

Le projet du Parti socialiste pour 2012, sur lequel devra s'appuyer son candidat, stipule ainsi clairement qu'"il faut revenir à une stricte distinction des métiers bancaires et séparer activités de dépôt et activités financières".

L'idée d'une scission des banques, totalement opposée à la configuration actuelle du système bancaire français, est revenue en force depuis le début de la crise financière.

Sans aller jusqu'à imposer une scission, la "règle Volcker", en cours de mise en oeuvre aux Etats-Unis, interdit désormais aux banques de spéculer pour leur compte.

En France, l'idée est défendue non seulement par la gauche mais aussi, à l'autre bout du spectre politique, par le Front national.

Absurde! répondent les autorités françaises - ministère des Finances, Trésor, et Banque de France - en soulignant que les faillites les plus retentissantes ont concerné des banques "pures" : Lehman Brothers (banque d'affaires) et Northern Rock (banque de dépôt). Au contraire, assurent-elles, le modèle français a permis d'éviter les faillites.

Un argument également utilisé par des banquiers.

"Si on avait eu cette séparation, cela n'aurait absolument rien changé à la crise financière de 2008", a ainsi déclaré vendredi François Villeroy de Galhau, responsable du réseau France chez BNP Paribas, sur Radio Classique.

"Dans la crise de 2008, les deux faillites qu'il y a pu y avoir, c'était Northern Rock en Grande-Bretagne, c'était une pure banque de détail, ou Lehman Brothers aux Etats-Unis, c'était une pure banque de financement et d'investissement", a-t-il ajouté.

AU COEUR DE LA CAMPAGNE

Pour Dominique Barbet, économiste chez BNP Paribas, il est encore trop tôt pour savoir quelles seront les positions des candidats, "mais il est clair que ce sera un sujet de la campagne, pour la première fois depuis des années."

François Cabau, de Barclays Capital, juge pour sa part que "les banques vont clairement devenir un thème important".

Elles ont en tout cas fait figure de "vedettes" dans le débat organisé mercredi entre les candidats à la primaire qui désignera en octobre le candidat du Parti socialiste à l'élection présidentielle.

Ségolène Royal et Arnaud Montebourg ont ainsi expliqué que la réforme bancaire serait leur première décision s'ils remportent la présidentielle, tandis que Martine Aubry déclarait que "la première priorité est bien évidemment de mettre la finance au service de l'économie et des Français".

La scission, "c'est indispensable", a dit à Reuters Jean-Christophe Cambadélis", ancien soutien de Dominique Strauss-Kahn désormais allié à Martine Aubry. "Vous ne pouvez pas dire aux gens de se serrer la ceinture et laisser les banques continuer à spéculer."

François Hollande, favori des sondages, n'a pas abordé le sujet lors du débat mais se montre prudent en petit comité.

"Il faut protéger les banques françaises", a-t-il dit. "Un des grands problèmes de ces six prochains mois, ce sera le financement de l'économie."

Le débat sur l'avenir des banques intervient alors qu'un récent sondage CSA montre que deux Français sur trois craignent de voir la fragilisation du secteur bancaire menacer leurs économies.

Cette inquiétude ne les incite pas pour autant à souhaiter une entrée de l'Etat au capital des banques, une option jugée injustifiée par une majorité d'entre eux.

Si Ségolène Royal et Arnaud Montebourg, minoritaires dans les sondages, souhaitent les mettre sous tutelle, le Front national estime que l'entrée de l'Etat au capital des banques serait une solution efficace, le rôle de l'autorité publique étant selon sa candidate Marine Le Pen de protéger les "déposants français".

Avec Catherine Bremer, Elizabeth Pineau, Julien Ponthus et Sudip Kar-Gupta, édité par Yves Clarisse

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