imprimer

Les attaques informationnelles contre les banques aux Etats-Unis

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Christian Harbulot
© © DR

L'amplification de la crise financière a généré aux Etats-Unis des mouvements informationnels contre le système bancaire, provenant d'horizons disparates et ayant des centres d'intérêts hétéroclites. Ils appartiennent aussi bien à la classe politique traditionnelle (membres du parti républicain et du parti démocrate, éditorialistes de la presse, citoyens engagés de la société civile). Si leur résonance est encore faible, leurs arguments peuvent alimenter à terme les discours des milieux contestataires européens et asiatiques comme ce fut déjà le cas en 1997 lors du mouvement d'opposition à l'Accord multilatéral sur l'Investissement.

Les contradictions du monde politique

Les arguments utilisés contre le monde de la Banque aux Etats Unis sont d'autant plus virulents qu'ils n'ont pas de contrepoids. Les liens existant entre le monde la finance et le monde politique sont souvent montrés du doigt. C'est le cas de Robert Rubin, ministre des finances sous Clinton après avoir quitté la banque d'affaire Goldman Sachs, qui élabora en 1999 la loi sur la libéralisation, et qui est aujourd'hui un des conseillers principaux du nouveau président Obama. On peut également citer Robert Paulson, actuel ministre des finances et auteur du fameux plan de relance après la crise des suprimes. Celui-ci travailla pour la banque Goldman Sachs et sa fortune est évaluée à 600 millions de dollars. Un certain nombre d'acteurs de la société civile considèrent les banques comme des « canards boiteux » qui ne méritent pas d'être sauvés. Le sujet des nationalisations temporaires se trouve au cœur de la polémique, au point que la blogosphère américaine s'est presque totalement emparée du sujet. Les experts des salles de marchés sont également fortement attaqués, notamment à travers le fait que le levier pour spéculer était passé de 10 à 40, permettant ainsi d'acheter ou de vendre quarante fois leur montant de capitalisation. La banque Lehmann Brothers avait 32 fois ses fonds propres en actif à crédit et comptait sur les subprimes (produit financier à haut risque) pour gérer artificiellement cette incohérence. Certains attaquent aussi les Hedge Funds avec virulence, en les accusant de tirer des profits de cette crise, puisqu'à la surprise générale ils ont bien résisté dans cette ambiance plus que chaotique, alors que les pronostics les mettaient en tête de ceux qui allaient subir de plein fouet les contrecoups de la crise financière.

Des média à Internet

L'usage d'Internet est devenu un vecteur de propagation des critiques de la politique financière. Cette technique innovante trouve sa genèse auprès du démocrate Howard Dean qui a sans doute joué un rôle de catalyseur. Sa campagne reposant sur l'Internet a innové de plusieurs manières : en demandant aux citoyens de faire de petits dons par Internet, en organisant un système de communication pour transmettre en direct leurs observations, et en créant du dialogue immédiat et spontané. Depuis, on ne compte plus le nombre de sites qui parodient l'administration Bush et sa politique financière. La crise des subprimes a été l'occasion rebondir en surfant sur les vagues de protestation initiées lors des premières campagnes de dénigrement de Georges W. Bush. La plupart de ses détracteurs a largement profité de la crise financière pour renforcer leur position. Parmi les modes opératoires des mouvements contestataires, citons l'American Civil Liberties Union (ACLU) qui achète un nombre incalculable de pages de publicité réalisées par des acteurs. Ces associations se disent contraintes à ce genre d'action dans la mesure où les médias les plus importants ne jouent pas le rôle de contre-pouvoir et n'en condamnent pas les exactions. Par exemple, le New York Times publie depuis bien longtemps des éditoriaux très polémiques écrits par des journalistes comme Paul Krugman ou Maureen Dowd. Des sites mettent à disposition des extraits de discours d'hommes politiques et influents de l'administration Bush afin de les parodier.

Le monde intellectuel prend également partie, comme l'atteste la critique du Community Reinvestment Act (CRA) formulée par la French American Foundation. Le CRA a été instituée en 1977, sous la présidence de Jimmy Carter. Ce premier dispositif allait être renforcé en 1994-1995 par l'administration Clinton. Il visait à forcer les organismes financiers à accorder des prêts à l'ensemble de la population et non uniquement à leurs clients les plus solvables au mépris des règles les plus élémentaires de prudence : à titre d'exemple, un prêt immobilier de 300000 dollars pouvait être accordé à une personne qui avait un revenu annuel de 20 000 dollars. Les attaques à l'égard des banques fusent par le biais de blogs privés ou professionnels dont les critiques sont virulentes et parfois très bien documentés. On dénombre de nombreux sites comme Alternative Press Index, Jay's Leftist and "progressive" Internet Resources, ou encore Zenzibar-Alternative Culture.

La fraude de 50 milliards de dollars découverte récemment et perpétrée par Bernard Madoff, ancien président du Nasdaq, est une cartouche informationnelle de premier ordre pour le camp des détracteurs américains qui dénoncent les excès de Wall Street. Reste à savoir quel sera son rebond informationnel offensif hors des Etats-Unis, à l'image de l'église britannique qui a pris une position très dure envers les banques et les pouvoirs publics du Royaume Uni ? L'archevêque de Canterbury, Rowan Williams qui est la figure la plus influente et médiatique de l'église anglicane, a renchéri en s'associant au Grand Mufti d'Egypte, Ali Gomaa, pour appeler à établir des intérêts plus « justes » pour les prêts bancaires, en s'inspirant du modèle bancaire islamique.

Christian Harbulot
Directeur de l'Ecole de Guerre Economique (Groupe ESLSCA à Paris)
Directeur du Cabinet Spin Partners


Cet article a été réalisé à partir d'informations recueillies lors d'un exercice effectué par la formation continue MSIE 7 de l'Ecole de Guerre Economique les 12 et 13 décembre 2008.

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
Jean-Baptiste Collin de Sussy

La sémantique de l'industrie

Ne dites plus industrie, mais redressement productif. C'est désormais le nom de ce ministère qui a vu le jour pour la...

Neri Oxman

L'impression 3D détournée par l'artiste Neri Oxman

L'architecte et designer Neri Oxman expose au Centre Georges Pompidou, à Paris, ses sculptures...

Guillaume Klossa

"Je suis fasciné par les technologies sans fil"

Guillaume Klossa, qui vient de publier un rapport sur l'impératif industriel, répond à notre...

Arnaud Montebourg

La semaine chargée d’Arnaud Montebourg, et le reste de l’actualité industrielle

On le savait déjà. Ministre est un métier à plein temps. Arnaud...


© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation - RSS - Pour nous contacter