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Les athlètes s'affranchissent du mur de la chaleur

Par YVES DOUGIN ET NADÈGE AUMOND - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2925

Glisse optimisée, isolation thermique renforcée, chocs au sol mieux absorbés, les progrès des matériaux textiles n'améliorent pas simplement la performance, ils assurent davantage de confort, notamment pour vaincre la canicule.

Avec une température flirtant régulièrement avec les 35°C, la canicule apparaît pour les athlètes comme l'un des défis majeurs des Jeux d'Athènes. Les innovations textiles joueront donc un rôle de premier plan. « En matière d'amélioration des performances, beaucoup de progrès ont été réalisés ces dernières années, notamment par l'apport de fibres synthétiques complexes », reconnaît Jean-Christophe Rouyer, responsable du marché des fibres « sportives » chez DuPont SA.

L'apport dosé du polyester, des polyamides et des élastomères ont permis d'alléger considérablement les maillots, les shorts ou les cuissardes des athlètes. L'assem- blage extrêmement précis de ce patchwork de tissus composites permet désormais d'apporter la contention nécessaire au maintien du muscle là où c'est nécessaire (les cuisses, et le haut du buste pour les femmes) tout en gardant à l'ensemble sa souplesse indispensable au moment de l'effort. Les nouvelles techniques de tissage - comme la maille 3D, qui permet de s'affranchir des coutures, ou les tissus « mèche » en filet pour le dos - ont permis d'aller encore plus loin dans la mise au point de textiles « high-tech », agissant comme une seconde peau.

Combinées à l'infini, ces différentes technologies participent au confort, l'autre allié des records. A Athènes, les efforts se sont focalisés sur la sensation de chaleur qui devra être combattue par tous les moyens. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard si la plupart des produits techniques développés cette année par Nike, Adidas, Rebook ou Puma tentent tous de répondre à la même nécessité : soulager les efforts du coeur en régulant artificiellement la température du corps, avant, pendant et après l'effort.

Une fibre anti-UV testée par les Suédois à l'Euro de football

Les grands fabricants de fibres techniques ont dû revisiter leur catalogue pour résoudre cette délicate équation. Dupont SA a ainsi ressorti sa fibre Coolmax, utilisée par la plupart des grandes marques de sport, en améliorant ses performances. La section à canaux de ce polyester injecté augmente la circulation de l'air et favorise le transport de l'humidité du corps vers la couche textile extérieure. La nouvelle version de cette fibre, le Coolmax Extreme Dacron, comporte désormais six canaux (hexa-chanel), contre quatre auparavant (tetra-chanel). « L'augmentation de la surface de la fibre accélère l'évacuation de la transpiration par capillarité », explique Jean-Christophe Rouyer.

Testée sur les footballeurs suédois pendant l'Euro à Lisbonne, cette nouvelle fibre polymère (donc anti-UV) sera omniprésente à Athènes. Ibertrading, le partenaire européen de Nike pour la mise au point d'équipements de pointe, l'a déjà intégrée au Lycra pour développer le body des coureurs du 100 mètres, repérable avec son dos en mailles « filet » et ses renforts au niveau des cuisses. On la retrouvera également mélangée à de l'élasthanne pour la confection du maillot des kayakistes, des cuissardes des cyclistes et des doublures intérieures de toutes les pointes de running. Pour les chaussettes, le Coolmax Extreme a été utilisé en fibres courtes, filées puis tissées pour obtenir ce touché « coton » apprécié des sportifs.

La technologie de DuPont SA est également au coeur des fibres Climacool, développées spécialement pour Adidas. La marques aux trois bandes, qui doit équiper près de 5 000 athlètes à Athènes, a déjà annoncé que la chaleur serait son principal défi. Riches en fibres polyester à canaux, les maillots intègrent des empiècements tissées en mèche 3D aux endroits les plus chauds du corps. La structure en « nid d'abeille » de ces tissus, particulièrement respirante, limite le contact des vêtements avec la peau. Des réflecteurs, constitués d'une fine couche d'aluminium ou de titanium, viennent renforcer l'isolation sur le bas du dos et au niveau des hanches. Des films que l'on retrouve également sur la chaussure AdiStar, mise au point pour le champion olympique du 10 000 mètres, l'éthiopien Haile Gebrselassie.

A cet arsenal, la gamme intègre enfin des microfibres d'argent conductrices X-static. Présentes sous forme de bandes le long du dos et autour du cou des survêtements, elles favoriseront les échanges thermiques vers l'extérieur tout en émettant des « signaux » de refroidissement à destination du cerveau.

Nike, qui s'est également beaucoup investi dans la gestion du confort, préconise quant à lui un moyen simple et efficace pour gérer les coups de chaud. Pendant, mais aussi avant et après l'effort. Sa veste Precool, véritable armure argentée remplie de 22 packs de glace (10 sur le torse, 12 dans le dos), ne passera pas inaperçue. Portée une heure avant la compétition proprement dite, elle réduit de 19 % la montée en température du corps en ralentissant l'élévation de température pendant la durée de l'échauffement ou de l'entraînement technique.

A ces procédés « mécaniques », l'américain Outlast Technologies répond avec son système dynamique « Adaptive Confort ». Utilisée pour la mise au point des combinaisons de spationautes de la Nasa, cette nouvelle approche de l'isolation thermique s'appuie sur l'encapsulation dans la fibre textile de milliers de microbilles à changement de phase (voir « L'Usine Nouvelle » numéro 2908). Baptisées thermocules, ces microcapsules de 2 microns contiennent une paraffine spéciale qui absorbe la chaleur libérée par le corps et la stocke. L'énergie est restituée dès que la température redescend, maintenant une température à peu près constante au niveau du corps. Limitée pour l'heure aux fibres acryliques (les maillots légers sont donc exclus), cette technologie a été retenue par le fabricant allemand Mouche pour confectionner la veste portée à Athènes par le pentathlonien Michael Jakosits, ainsi que l'équipement complet des athlètes olympiques koweïtiens.

Des besoins spécifiques à chaque discipline

L'autre souci des athlètes sera d'éviter les traumatismes et autres blessures plus fréquentes par ces grandes chaleurs. En particulier grâce à l'absorption des chocs, à la restitution d'énergie, la « glissance » et la souplesse. Là, les besoins sont spécifiques à chaque discipline. Ainsi le basket se pratique sur un sol plutôt dur qui favorise les rebonds du ballon et les sauts des joueurs. Dans ces conditions, ces derniers ont besoin d'un sérieux « amorti » au niveau de leurs chaussures afin de limiter les traumatismes musculaires et articulaires. Ils rejoignent par là, les marathoniens qui courent plusieurs heures sur du bitume.

Au-delà du traditionnel « coussin d'air », les équipementiers jouent aujourd'hui sur la déformation de pièces en plastiques évidées placées au niveau du talon pour rendre « l'amorti » dynamique en procurant, en plus de l'absorption, un effet propulseur qui relance la foulée. Ainsi la technologie a3 Structure ou UltraRide d'Adidas repose sur la déformation d'une pièce en forme de huit qui s'écrase sous le choc et libère de l'énergie en reprenant sa forme. Dans le même registre Reebok (avec son DMX Shear) s'appuie sur la déformation de tubes percés dans la semelle intermédiaire fabriquée dans un EVA (copolymère d'éthylène-acétate de vinyl) renforcé.

Ces dispositifs d'amortissement disparaissent dans le sprint au profit de la légèreté et de la nervosité. Ces chaussures se réduisent pour ainsi dire à des pointes et à un maintien du pied dans l'axe de la piste favorisant des appuis fermes et une bonne accroche pour une traction maximum. « L'amorti » se trouve alors dans le revêtement de la piste. A Athènes, l'italien Mondo fournira un revêtement en caoutchouc calandré et vulcanisé, comprenant une couche supérieure relativement ferme et une sous-couche souple amortissante.

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