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Les armes anticrise des pôles de compétitivité

Par Aurélie Barbaux - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3155

Outre les projets collaboratifs de recherche et développement, les pôles de compétitivité développent des services de proximité pour valoriser leur écosystème et aider leurs membres à faire face à la crise. Tour d'horizon des meilleures pratiques.

Même si c'est leur vocation première, les pôles de compétitivité ne sont pas uniquement destinés à monter et à faire financer des projets collaboratifs de recherche et développement. Leur rôle ne se limite pas à créer du lien entre grands comptes, PME, laboratoires publics et collectivités locales. Ils s'impliquent de plus en plus dans la valorisation de leur écosystème, par des actions au niveau de l'emploi, en mutualisant des ressources, en aidant des PME à se financer et en les accompagnant à l'international. Tous n'avancent pas au même rythme, mais les bonnes pratiques commencent à essaimer.

SÉCURISATION DES EMPLOIS

« Le pôle a permis d'ancrer des emplois en Ile-de-France, dans une période où la tendance était pourtant à la délocalisation », se félicite Dominique Vernay, le président du pôle francilien System@tic (systèmes électroniques complexes embarqués). D'ici à cinq ans, les pôles devraient même permettre de créer quelque 700 000 emplois, dont 140 000 de cadres, si l'on en croit une étude de l'Association pour l'emploi des cadres (Apec). Comment ? Il y a bien sûr les retombées attendues des projets de R et D sur la croissance des entreprises, voire la création de nouvelles, comme ImmunID Technologies, une start-up née au sein de Lyonbiopôle.

Il y a surtout le travail de fonds que réalisent la plupart des pôles, sous la forme d'une cartographie des compétences existantes et de celles nécessaires au développement de l'activité de leurs membres. Pour les plus avancés, ce travail aboutit à la définition de nouvelles formations. Le pôle Images et Réseaux (Bretagne-Pays de la Loire) a poussé à la création de deux diplômes à l'université Rennes I. Le pôle System@tic a, lui, initié un master Ingénierie système et en prépare un deuxième sur le marketing de produits innovants. Alsace BioValley a participé à la mise en place de trois licences avec la faculté de pharmacie de l'université Louis-Pasteur, à Strasbourg.

Les pôles ne se contentent pas non plus de publier sur leur site les offres d'emplois et/ou de stages de leurs membres. Fin avril, Minalogic a ouvert un service pour organiser le détachement de compétences d'une entreprise en baisse de charge vers une autre qui a par exemple besoin de renfort pour mener un projet ponctuel de R et D. « Huit entreprises ont déjà bénéficié du système et nous avons transmis aux pôles intéressés notre expertise sur le sujet. Mais attention, il faut bien connaître l'écosystème de la région, les agences d'intérim, les sociétés d'ingénierie, pour ne pas les vampiriser », prévient Nicolas Leterrier, le délégué général de Minalogic. Et quand des entreprises ferment, les pôles peuvent encore agir. Alsace BioValley incite ainsi des salariés à se reconvertir vers les métiers d'opérateur industriel en milieu aseptique, très demandés par l'industrie pharmaceutique de la région et des pays frontaliers.

FINANCEMENT DES PME

La crise n'a pas facilité l'accès des PME au crédit. « Pour inciter les petites entreprises à s'impliquer dans un projet de R et D, nous avons signé dès 2005 un accord avec deux banques. Celles-ci mettent, chaque année, 4 millions d'euros à la disposition des membres du pôle, sous forme de prêts à taux zéro. Déjà 60 entreprises en ont bénéficié », précise René Nantua, le président d'Arve Industries. Le pôle rhônalpin Minalogic a passé un accord du même type avec une banque, qui propose des prêts à taux zéro à hauteur de 100 000 euros. Il est aussi le premier à avoir accueilli des fonds d'investissement parmi ses membres.

Arve Industries, qui conserve une longueur d'avance, vient de créer un fonds de 6 millions d'euros de prêts participatifs avec la société privée Sémaphore, qui assure également la garantie de 40 % des prêts, Oséo se chargeant du reste de la couverture. Les pôles peuvent aussi aider les PME à se rapprocher des investisseurs : le pôle SCS (Solutions communicantes sécurisées), en Provence-Alpes-Côte d'Azur, a mis en place une « usine à business plan ». Les pôles peuvent aussi servir d'intermédiaires. Tenerrdis (énergies renouvelables), en Rhône-Alpes, organise par exemple des « speed meetings » avec des business angels.

System@tic a aussi lancé une opération « coup de poing Tepa », afin que des PME innovantes puissent bénéficier des fonds d'investisseurs privés soumis à l'ISF. La loi Tepa offre à ceux-ci la possibilité d'une déduction fiscale, plafonnée à 50 000 euros, portant sur 75 % d'un investissement au capital d'une PME. L'opération, renouvelée en partenariat avec Cap Digital (contenus numériques en Ile-de-France), a permis à une dizaine de PME de lever 2 millions d'euros. Alsace BioValley propose aussi un service d'ingénierie financière à ses membres, pour optimiser leurs démarches auprès des investisseurs (privés et fonds), d'Oséo et des banques en fonction de leurs projets.

MUTUALISATION DES RESSOURCES

La première des ressources mutualisées dans les pôles a été l'information, via des cellules de veille, des lettres d'information et un accès négocié à des études de marché. « Un pôle ne fonctionne que s'il a une vision partagée avec ses membres sur les domaines technologiques sur lesquels il est positionné et si ses membres ont leur propre vision et peuvent la confronter avec la réalité », explique Bertrand Guilbaud, le directeur général d'Images et Réseaux. D'où l'importance de mutualiser aussi les équipements, comme SCS, qui facilite l'accès à trois plates-formes de simulation, de test et de caractérisation d'équipements électroniques, ou Minalogic qui permet d'utiliser des grappes de calcul.

OUVERTURE VERS L'INTERNATIONAL

Les pôles, qui ont aussi pour mission d'aider leurs membres à se déployer à l'international, organisent des stands collectifs sur des salons, des voyages mais aussi des rencontres d'affaires à l'étranger. Une douzaine de TPE de la vallée de l'Arve reviennent ainsi de Suède et une quinzaine de PME d'Images et Réseaux et de Cap Digital ont pu aller à Toronto découvrir le dynamisme de l'industrie du jeu canadienne. Mais se présenter à de futurs clients ou partenaires nécessite du temps et de l'argent. Dès 2007, Alsace BioValley a donc imaginé un service de représentation des entreprises. En vingt mois, 16 PME ont ainsi été représentées dans 121 rencontres, dont 48 ont été productives...

Les pôles mondiaux sont maintenant invités, via un nouvel appel à projets, à nommer un ambassadeur qui échangerait sa place avec un homologue dans un autre cluster européen, pour multiplier les contacts. Autant d'initiatives qui devraient finir par faire mentir les mauvaises langues, qui répètent à l'envi que les pôles de compétitivité ne servent qu'à soutirer des subventions publiques au profit de grands groupes. Les bonnes pratiques ne sont pas encore généralisées, mais les choses avancent. C'est d'ailleurs tout l'enjeu de la phase 2.0 de la politique des pôles sur la période 2009-2011. Un enjeu que l'on retrouve dans les contrats de performance que tous les pôles sont en train de signer.

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