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Les armateurs, nouvelle Ile aux Trésors

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
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Trois nouveaux bateaux ont été pris par les pirates somaliens cette semaine. Certains armateurs envisagent d'éviter le golfe d'Aden.

« Les pirates ne paient pas d'impôts », chantait Boris Vian, mais les armateurs risquent de trinquer. Le 19 novembre, un navire de guerre indien a déjoué un acte de piraterie dans le golfe d'Aden. Il s'agissait de la huitième tentative au cours des deux dernières semaines et du 95ème incident depuis le début de l'année. Des attaques qui se sont soldées par le détournement de 39 navires. Ces derniers jours, trois navires ont été victimes de forbans originaires de la province semi-autonome de Puntland. Ils ont notamment capturé le Sirius-Star (valeur marchande de 250 millions de dollars) qui transportait 2 millions de barils de pétrole à 800 km des côtes tanzaniennes.

Pour les armateurs, outre le risque encouru par leur personnel, les conséquences financières ne seront pas neutres. Chez Louis Dreyfus Armateurs, le directeur général Jean Géhanne s'alarme de l'augmentation des tarifs des assurances pour passer au large de la Somalie. « Ces dernières semaines, les primes de risques ont été multipliées par deux ou par trois ». Un chiffre qui semble concerner les navires et non la marchandise elle-même, d'après certaines compagnies d'assurances, qui affirment ne pas avoir encore relevé leurs tarifs.
Certains armateurs, comme les norvégiens Odfjell ont décidé de ne plus passer par là. Maersk va dérouter une partie de sa flotte. Et d'autres se posent de sérieuses questions. « Le golfe d'Aden est une route maritime incontournable. Chaque jour, plus de 1000 navires y transitent. Passer par le cap de Bonne Esperance consisterait à doubler les temps de transit. Dans le contexte actuel, c'est une décision lourde, mais que l'on ne s'interdit pas si aucune mesure n'était prise par les états pour lutter contre la piraterie », indique-t-on chez CMA-CGM

Une des solutions est de militariser la zone en organisant des convois avec des escortes. Toujours chez CMA-CGM, on explique que l'on augmente la vitesse dans les zones à risques. Mais les armateurs prennent aussi des mesures tenues secrètes... Malheureusement, cette crise a aussi une autre conséquence. Sur le plan humanitaire, la piraterie menace l'aide humanitaire destinée à leur pays.

Olivier Cognasse 

Interview

« Une industrie mafieuse de haut vol »
Paul Tourret, directeur d'Isemar (Institut supérieur d'économie maritime)

D'autres points sensibles sont-ils recensés en dehors du golfe d'Aden ? Il existe toujours quelques escarmouches dans le détroit de Guinée ou le détroit de Malacca avec une piraterie larvée qui se caractérise par quelques attaques nocturnes. Mais les autorités Singapouriennes ont réagi et cette région ne fait plus l'actualité. Au large de la Somalie, nous assistons au retour de la flibusterie avec une industrie mafieuse de haut vol. Nous n'avions pas vu cela depuis le XIXème siècle. Ce qui surprend c'est la largeur de la zone couverte (1 000 km).

Quelles sont les solutions ?
On peut contourner l'Afrique, mais cela demande deux semaines de mer supplémentaire, d'où un surcoût important pour la marchandise transportée. Or, les vraquiers ou les petits navires n'ont sans doute pas les moyens de faire ce détour. Et ils sont les plus vulnérables. La seule solution est de sécuriser la zone et de régler une bonne fois pour toute la question somalienne. Peut-on éternellement tolérer une zone de non droit ? Il faut engager les moyens pour s'attaquer aux ports somaliens où sont localisés les foyers de piraterie.

Propos recueillis par Olivier Cognasse

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