Les Ardennes veulent croire en un avenir meilleur
Par DE NOTRE CORRESPONDANT, PASCAL AMBROSI - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3137Essentiellement portée par la sous-traitance automobile, l'industrie ardennaise tente de faire face aux difficultés en se diversifiant. Le conseil général et la chambre de commerce et d'industrie misent notamment sur la logistique.
Les Ardennes n'accueilleront pas le deuxième réacteur nucléaire EPR. Début février, Nicolas Sarkozy a tranché entre les deux sites encore en compétition : Chooz, dans les Ardennes, et Penly, en Seine-Maritime. En choisissant le second, le président de la République a trahi la confiance que lui avaient accordée les élus et les responsables économiques du département. « Forts des messages qu'il avait délivrés à chaque fois qu'il est venu dans les Ardennes, nous pensions qu'ayant pris la mesure de nos difficultés, il retiendrait notre région, confrontée à d'importantes difficultés économiques, plutôt qu'une autre qui subit moins les effets de la crise », déclare, amer, Géraud Spire, le président de la chambre de commerce et d'industrie.
Dans les Ardennes, les mauvaises nouvelles se succèdent (lire l'encadré p. 41). Ces dernières semaines, les annonces de chômage partiel se sont ainsi multipliées. Au total, quelque 5 600 salariés sont touchés, dans 83 entreprises. « L'industrie, qui représente 26 % des salariés du secteur privé, repose pour une grande part sur des entreprises sous-traitantes de l'automobile. Elles connaissent des baisses de charges de l'ordre de 25 à 50 %, explique Bernard Collet, le secrétaire général du Medef ardennais. Après avoir épuisé toutes les possibilités (non-renouvellement des intérimaires, anticipation des prises de RTT et de congés, mise en place de formations), les entreprises n'ont plus que cette dernière solution, avant les plans de sauvegarde de l'emploi. »
Des atouts reconnus
Givet, qui connaît déjà un des plus forts taux de chômage du département (15 %), va perdre, dans le cadre du plan de restructuration de la défense, son centre d'entraînement commando. « Composé d'une centaine de militaires et de 30 civils, il accueillait 5 000 stagiaires par an et générait d'importantes retombées. Celles-ci ne seront pas compensées par le plan de redynamisation des sites de défense, d'un montant de 5 millions d'euros, qui, par effet de levier, mobilisera près de 15 millions d'euros grâce à la participation des collectivités locales, de la chambre de commerce et d'investisseurs privés », note Claude Wallendorf, le maire (UMP) de cette ville de 7 000 habitants, qui a perdu depuis longtemps ses industries traditionnelles (fonderie, textile, etc.).
Pour autant, les décideurs ardennais ne désespèrent pas. « La qualité des productions industrielles fait qu'elles s'exportent facilement. Pour preuve, le taux de couverture du département est de 1,47 », souligne Benoît Huré, le président du conseil général et sénateur (UMP). Certaines entreprises, telles que La Fonte ardennaise, La Buvette et les Ateliers des Janves, sont réputées pour leur capacité à innover et à s'imposer sur des marchés très ciblés. Jean-Claude Chef, le président de Cadev, l'agence régionale de développement économique, basée à Charleville-Mézières, chef d'entreprise et « business angel » à ses heures, souligne que « sur une vingtaine de dossiers concrétisés en 2008, la moitié concernent les Ardennes ».
Désenclaver vers l'ouest et le nord
Situées à moins de deux heures de route de Paris et de Bruxelles, les Ardennes ne manquent pas d'atouts. A commencer par une main-d'oeuvre qualifiée. Longtemps déficientes, les liaisons ferroviaires, autoroutières et fluviales font l'objet d'un contrat de développement territorial de 500 millions d'euros sur cinq ans, conclu en 2007 entre l'Etat et le département. Le but est d'achever le désenclavement du département vers l'ouest et le nord. Près de 150 millions d'Européens vivent dans un rayon de 500 kilomètres. « Nous sommes en position d'être à la croisée des routes commerciales est-ouest et nord-sud, comme au Moyen Age, époque où les foires de Champagne étaient parmi les plus florissantes », rappelle Géraud Spire, de la chambre de commerce.
« Il ne s'agit pas, précise Benoît Huré, de faciliter le seul transit, mais d'offrir des zones sur lesquelles pourront s'implanter des activités logistiques à valeur ajoutée. » La quasi-totalité du territoire départemental bénéficie de dispositions fiscales favorables. Ce qui fait des Ardennes « la plus grande zone franche de France ouverte sur le monde », pour reprendre l'un des slogans déclinés par l'agence Euro RSCG 360 dans le cadre de la campagne de communication (affichage, journaux et sites internet européens spécialisés dans l'économie) lancée par le conseil général, notamment à destination de l'Europe du Nord.
Un des enjeux de cette campagne est de faire des Ardennes, un « port sec » complémentaire des ports d'Anvers et de Rotterdam.
Plusieurs projets sont déjà engagés, tels l'achèvement des liaisons autoroutières pour prolonger l'ouverture vers l'Allemagne et les pays d'Europe centrale et orientale, la réactivation des 23 kilomètres de la voie ferrée reliant Givet à Dinant (Belgique), pour le fret, au prix d'un investissement de 23 millions d'euros partagé à égalité entre le département et la région wallonne. Enfin, le port de Givet, géré par la chambre de commerce, va faire l'objet de travaux pour le mettre à grand gabarit. « Ce port, qui occupe la deuxième place régionale pour les volumes traités (500 000 tonnes par an), derrière celui de Nogent (Aube), a un fort potentiel de développement », souligne Claude Wallendorf.
Diversifier les marchés et renouveler le tissu industriel... Cette ambition à long terme des décideurs ardennais s'appuie sur le pôle de compétitivité Mise en oeuvre des matériaux, qui fédère sidérurgistes, fondeurs, métallurgistes, plasturgistes, enseignants et chercheurs du Critt-MDTS de Charleville-Mézières et de l'Institut technique des ingénieurs de l'industrie de Châlons-en-Champagne (Marne). Et, à défaut du second réacteur EPR, les Ardennes vont accueillir l'Agence nationale des titres sécurisés (passeports, cartes grises, permis de conduire), qui devrait créer une centaine d'emplois d'ici à l'automne prochain, à Charleville-Mézières. .

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