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Les alertes se multiplient sur l'économie française selon Euler-Hermes

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
ReutersEuromonnaie

La reprise sera lente, fragile, difficile. Pas plus de 0,5% de croissance pour la France en 2010, dans le meilleur des cas, selon l'assureur-crédit Euler-Hermes.

Explosion du chômage, de la dette et des défaillances : l'économie française frôle le risque d'une récession durable en 2009 et 2010, selon les perspectives sombres de l'assureur crédit Euler-Hermes Sfac, présentées mardi 4 mars.

Selon un "scénario central", le Produit intérieur brut (PIB) de la France va reculer de 1,8% en 2009, avant une "reprise fragile de la croissance" en 2010 qui ne dépassera pas 0,5%. Le chômage va renouer avec des sommets à 10%, plombant les comptes sociaux. Dans ce contexte, les déficits publics s'envoleront à 5,6% en 2009 et 5,7% en 2010. Du coup, le gouvernement a les pieds et poings liés : "Nous n'envisageons pas de mesures de relance en 2010 car l'Etat français n'a plus de marges de manœuvre ", estime Karine Berger, directrice des études de l'assureur-crédit. Car pour la première fois de l'Histoire, le poids des intérêts de la dette française devrait dépasser 3% du PIB en 2010 poursuit l'économiste, faisant "entrer les finances publiques dans une zone d'instabilité".

Karine Berger, directrice des études chez Euler-Hermes Sfac

"Le niveau des taux d'intérêt appliqués à la dette devient une variable importante des finances publiques françaises. Un point de taux d'intérêt supplémentaire correspond à un point de PIB de dépenses supplémentaires."
La dette, contenue autour de 65% du PIB ces dernières années, atteindrait 72% du PIB en 2009 puis 76% en 2010.

Seul remède possible dans ce contexte de finances très dégradées, "des dépenses rapides mais temporaires", a de son côté estimé Michel Mollard, président du directoire de Euler Hermes SFAC. Le plan de relance français "ne va pas assez vite", selon lui, alors que des mesures liées à la consommation directe comme des "bons d'achat" incitant à la dépense plutôt qu'à l'épargne devraient être rapidement mises en place.

Néanmoins, face à la grande incertitude sur l'amplitude des créances douteuses dans le système financier, un autre scénario, plus noir, a été envisagé par Euler-Hermes. Dans ce scénario "alternatif", dont la probabilité est estimée à 20 %, la croissance ne repart pas en 2010. Le PIB se contracterait en France de 1,8% en 2009, et de 1,1% l'année suivante, avec un déficit explosant à 6,6% du PIB en 2010 tandis que le chômage grimperait à près de 12%. Ce scenario verrait la France entrer en déflation, avec des baisses progressives de prix et de salaires. " Nous affrontons la première récession mondiale depuis 1945, c'est une période dangereuse aussi car des scénarios plus noirs (...) sont chaque jour plus possibles", a souligné Karine Berger.

Pour autant, dans les deux scenarios, la récession va lourdement faire reculer l'emploi. Euler Hermes prévoit 500 000 destructions nettes d'emplois dans les secteurs marchands en France en 2009 puis 40 000 en 2010. Mais si la déflation s'installe, il faut s'attendre à 600 000 postes détruits cette année et encore 400 000 en 2010.

Enfin, dans tous les cas, en raison d'une trésorerie qui ne s'était pas aussi dégradée en 25 ans, les défaillances d'entreprises vont bondir de 25 % en 2009 selon Euler-Hermes (entre 70 000 et 75 000). Tous les secteurs et toutes les tailles des entreprises sont concernées.

Vers une baisse durable de l'industrialisation ?

En 2009, la production industrielle va reculer de 9% en France et encore de 2% en 2010. Tous les secteurs seront en récession cette année et en quasi récession en 2010 selon les prévisions d'Euler-Hermes. Dans l'automobile, la production devrait chuter de 25% cette année après - 6,7% en 2008. Elle devrait rester dans le rouge en 2010 à -5,1%.
Autre secteur très touché par la crise mondiale, les biens intermédiaires verront leur production reculer de 16% cette année et de 2% en 2010. "Avec le choc exceptionnel de la crise mondiale sur l'industrie en France, se pose la question de la part de l'industrie dans l'économie française",  s'interroge Karine Berger, directrice des études de l'assureur crédit. Et d'avancer trois chiffres : en 1978, la part de l'industrie dans l'économie représentait 33%, puis 29 % en 2007, et enfin 26% cette année. "Si certaines branches s'arrêtent de fonctionner pendant trois ou quatre trimestres comme chez les équipementiers automobile ou dans certains segments du textile, il me paraît peu probable qu'elles rouvrent en France, poursuit l'économiste. La crise actuelle est une accélération exceptionnelle d'un système qui était déjà en marche." Celui d'une désindustrialisation progressive de l'économie, selon Karine Berger, au profit d'autres secteurs comme les services.


Carmela Riposa

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