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Les agriculteurs défrichent le débouché énergétique

Par Patrick Déniel - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3135

Sous-produits, cultures dédiées, le potentiel énergétique du secteur agricole est important. Mais la ressource est difficile à mobiliser. Conséquence : les petites unités sont pour l'instant plus pertinentes.

Le 46e salon de l'agriculture, qui s'ouvre le 21 février à Paris, devrait en apporter la preuve : les usages non alimentaires de l'agriculture n'ont jamais offert autant de perspectives. Si les agrocarburants occupent le devant de la scène, la biomasse énergie agite aussi le monde agricole. Avec moins de polémiques à la clé, mais autant de défis à relever. Pailles, lisiers, fumiers ou cultures dédiées, le «potentiel énergétique » du secteur est théoriquement porteur.

La réalité est plus complexe. On le voit avec les grands projets nés avec les appels d'offres CRE (Commission de régulation de l'énergie), qui peinent à trouver la matière première nécessaire. Comme le projet C5D, pourtant porté par des coopératives. Champagne Céréales et Chamtor se sont associées à Dalkia, la Caisse des dépôts et consignations et le Crédit agricole, pour investir 80 millions d'euros dans une centrale de production d'énergie électrique et de vapeur par cogénération. L'usine est adossée à la bioraffinerie végétale de Bazancourt-Pomacle (Marne). Elle devrait engloutir 200 000 ton- nes de biomasse par an, dont 150 000 tonnes de pailles et de plaquettes forestières. Retenu dans CRE 2, en juin dernier, le projet a été différé. La paille manque pour alimenter à la fois la production d'énergie et l'usine de pâte à papier, également prévue sur le site. Il faut non seulement des volumes conséquents, faciles à collecter, à transporter et à stocker, mais déjà un prix d'achat intéressant pour l'agriculteur. Or, la paille est aussi utilisée dans l'élevage ou enfouie dans les champs en tant qu'amendement organique. En d'autres termes, les conflits d'usage sont à dépasser. Le producteur cherche la meilleure valorisation possible et le débouché énergie n'est pas forcément le plus rémunérateur.

DES VÉGÉTAUX PROMETTEURS

« On ne peut pas déclencher ce type de projets sans avoir une idée très précise de la ressource », avertit François Stoltz, le président de Coopénergie. Cette jeune union de vingt-six coopératives a cartographié les gisements de biomasse disponibles sans créer de conflit d'usage. Le travail, mené sur les régions Picardie, Champagne-Ardenne et Ile-de-France, a vocation à s'étendre. « Nous voulons créer des filières durables, et ne pas construire des unités que l'on alimentera avec de l'huile de palme importée d'Asie parce que l'on n'aura pas réussi à mobiliser la matière première ! », ajoute François Stoltz. En clair, avec les appels d'offres CRE, le gouvernement aurait mis la charrue avant les boeufs !

Pour alimenter et rentabiliser ces grosses unités, il faudra probablement des cultures dédiées, contractualisées à très long terme (dix à vingt ans) avec des producteurs. De nouvelles variétés s'annoncent prometteuses : le miscanthus, le switch grass, le sorgho, le peuplier ou les taillis à courte rotation. Pour la recherche agronomique, habituée à optimiser des cultures alimentaires, l'énergie, comme les biocarburants, est un nouveau champ à défricher. « C'est un travail de longue haleine, souligne Jean-Pascal Hopquin, le responsable de la R et D de la chambre d'agriculture de Picardie, animateur d'un réseau mixte technologique Biomasse Energie. Des essais sont nécessaires, et on ne collecte des données qu'une fois par an. Nous avons besoin d'au moins une dizaine d'années de recul. »

PEU DE MÉTHANISATION

A court terme, des unités plus petites seront sans doute plus rentables. « Et la production de chaleur, notamment dans le cadre du fonds annoncé par Jean-Louis Borloo, nous semble plus porteuse que la production d'électricité », juge François Stoltz. Et de citer l'exemple de la coopérative Lin 2000 de Grandvilliers (Oise), qui a installé une chaudière biomasse sur son usine de peignage du lin. A côté des fibres utilisées dans le textile, 7 000 tonnes de sous-produits alimenteront la chaudière qui fournira de l'énergie pour réaliser les opérations de défibrage et de la chaleur pour des équipements collectifs (piscine, collège...), en lien avec les collectivités locales.

La méthanisation est, elle aussi, une voie d'avenir. « Il n'y a que onze unités en France, contre 3 800 en Allemagne. Le tarif de rachat de l'électricité, peut monter jusqu'à 20 centimes outre-Rhin. En France, il est passé à 11/14 centimes le kilowatt/heure électrique en 2006, contre 4,6 à 6,8 auparavant.

Les contraintes réglementaires sont également importantes. Installer une unité prend deux à trois ans en France, contre six mois en Allemagne », précise Philippe Levasseur, qui suit le sujet à l'Ifip, l'Institut de recherche de la filière porcine, qui étudie le sujet depuis plusieurs mois. « Les conditions de réussite sont nombreuses, poursuit le chercheur. L'élevage doit être suffisamment gros pour supporter l'investissement. Une unité coûte de 200 000 à 1,5 million d'euros. »

Il faut surtout être à proximité d'autres ressources, car les effluents d'élevage seuls ne suffisent pas. Le lisier de porc est peu méthanogène et l'éleveur doit impérativement associer des coproduits organiques issus des collectivités, des industries agroalimentaires et des autres producteurs. L'Ifip travaille ainsi à un logiciel de calcul d'indicateurs de rentabilité de la méthanisation, en fonction des types de matières premières utilisées : près de 500 ont été identifiées ! De la bonne valorisation de la chaleur, et du lien avec les acteurs locaux, dépend aussi la rentabilité du projet. Le débouché énergétique devrait mettre à nouveau en évidence la vocation d'aménagement du territoire du secteur agricole. .

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