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Les acteurs de marché abordent 2012 dans un certain désarroi

Publié le

par Raoul Sachs

PARIS (Reuters) - "Blues", "perte de repères" : sonnés par la crise de la dette souveraine et ses effets sur l'économie réelle, courtiers et sociétés de gestion abordent l'année dans le plus grand désarroi même si certains affichent un certain optimisme sur le devenir des actifs risqués, notamment les actions.

L'exercice traditionnel consistant à décliner les grands axes d'investissement pour l'année à venir a rarement été aussi morose. Une phrase résume la situation et revient dans toutes les bouches : "Il n'y a plus d'actifs sans risque !".

"Les piliers traditionnels de l'allocation d'actifs sont ébranlés", a souligné Pascal Blanqué, directeur de la gestion d'Amundi, la plus importante société de gestion française.

"Un certain nombre de repères s'effacent (...). Les obligations d'Etat ne sont plus des actifs sans risque", a-t-il ajouté en invitant à la prudence sur l'ensemble des actifs jugés risqués, notamment les actions.

Ceux qui se disent convaincus d'une remontée des actions précisent qu'ils n'anticipent pas un éclatement de la zone euro -un avis au demeurant largement partagé- mais assortissent leurs conseils d'une condition préalable : un règlement crédible de la crise de la dette en zone euro.

Pour mémoire, l'indice CAC 40 a perdu près de 22% depuis le début de l'année tandis que les obligations d'entreprises (credit corporate), classe d'actif préférée en 2011 pour des investisseurs en quête de rendement et soucieux de protéger leur capital, ont effacé leurs gains.

Goldman Sachs s'attend à une chute des actions européennes dans les trois mois qui viennent, mais prévoit une remontée au cours du premier semestre.

Ces prévisions sont en "cohérence avec la persistance d'une prime de risque très forte et la perspective d'une récession modeste", écrivent les stratégistes de la banque qui s'attendent "à une baisse de 10% des profits en 2012 (...) mais à une remontée de ces profits de 14% en 2013".

"En conséquence, nous prévoyons que les marchés vont remonter au premier semestre 2012, les indices boursiers devant terminer l'année sur une hausse d'environ 10% par rapport aux niveaux actuels", disent-ils. Ils préviennent toutefois que le moment de ce tournant "est difficile à prédire dans la mesure où il est dépendant de la sphère politique" et de sa capacité à résoudre la crise de la zone euro.

LES ACTIONS : "CLASSE D'ACTIFS SECONDAIRE"

"Il n'y a pas de doute qu'une solution radicale aux problèmes de financement de l'Europe réduirait la prime de risque d'environ 100 points de base selon notre modèle macro, et déclencherait un 'rally' de 25%", soulignent les analystes de GS.

Les économistes de Citi s'attendent à un recul de 1,2% du PIB réel de la zone euro en 2012, suivi d'une baisse de 0,2% l'année suivante, mais écartent l'hypothèse d'un éclatement de la zone et d'une récession mondiale.

"Nous estimons qu'il s'agit d'un environnement raisonnable pour les actions européennes en 2012", expliquent-ils. "Mais la route va être agitée", s'empressent-ils d'ajouter.

Pour Frédéric Buzaré, stratégiste actions chez Dexia Asset Management, "le marché actions a perdu ses lettres de noblesse".

"Les actions sont devenues une classe d'actifs secondaire. Le marché actions est devenu un petit marché par rapport aux autres", a-t-il dit en ajoutant qu'un rebond durable des Bourses passe par un marché obligataire baissier.

Autre signe de l'anxiété des investisseurs, la faiblesse des volumes. "En l'absence des investisseurs à long terme traditionnels, il n'y aura pas d'autres tendances que celles imposées par les flux d'intervenants à très court terme", note Frédéric Ponchon chez Sycomore AM.

S'il aborde l'année nouvelle avec une grande prudence, Philippe Uzan, directeur des gestions chez Edmond de Rothschild Asset Management, estime que "2012 ne sera pas une nouvelle année perdue pour les placements financiers après le 'blues' des investisseurs en 2011".

Il prévoit une récession en Europe au 1er semestre 2012 et une légère reprise ensuite et, si l'apaisement gagne les dettes de la zone euro, il préconise un retour sur les actions et sur les obligations de pays comme l'Italie ou l'Espagne.

Quant aux stratégistes taux de la Société générale, ils estiment que, faute d'une "frappe nucléaire" des autorités monétaires et politiques de la zone euro, la forte aversion pour les actifs risqués qui a secoué les marchés en 2011 pourrait se prolonger en 2012.

Raoul Sachs, édité par Jean-Michel Bélot

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