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Economie
La force historique de l'industrie américaine réside dans sa capacité à se mobiliser dans l'urgence pour construire une nouvelle trajectoire de croissance.
Les fameux «Big Three» (General Motors, Ford et Chrysler), symboles de l'industrie américaine, traversent la plus grave crise de leur histoire. Au cours du deuxième trimestre 2008, Ford a annoncé 8,6 milliards de dollars de pertes et General Motors plus de 15 milliards ! Pour le plus grand constructeur automobile du monde, au coude à coude avec Toyota, le déficit cumulé des trois dernières années s'élève à 50 milliards de dollars et le risque de faillite n'est plus exclu. Une éventualité impensable pour le géant tout juste centenaire de Detroit, véritable coeur de la puissance économique américaine au point que son président, Charles Wilson, claironnait orgueilleusement dans les années 1950 «What is good for GM is good for the country»*. Comment en est-on arrivé là ? Au-delà des particularités américaines (poids des charges sociales et de retraite portées par les entreprises), on peut avancer trois facteurs. Tout d'abord, une insuffisante prise en compte de la demande. Après avoir plébiscité les gros véhicules (pick-up, 4x4, SUV), le consommateur s'en est brutalement détourné en raison de la hausse du prix de l'essence. Désormais, les ventes de petites voitures, comme la Smart, s'envolent au moment où GM cherche à tout prix à se débarrasser de ses énormes Hummer! La contraction du marché, de 15 à 20%l'an passé, est accentuée par la restriction du crédit suite à la crise immobilière. Enfin, les constructeurs ont péché par absence d'innovation et d'anticipation. Il est paradoxal de noter que GM a été l'un des pionniers des véhicules électriques -commercialisant en 1996 un modèle EV1, pour finalement renoncer en 2002, au moment où Toyota lançait, avec succès, sa Prius.
Aujourd'hui, les constructeurs réclament une aide de 25milliards de dollars pour moderniser leurs usines et développer une nouvelle génération de véhicules économes (hybrides, électriques, à hydrogène...). C'est devenu une cause nationale : il faut d'urgence «verdir» l'industrie et transformer des centaines de milliers d'emplois ouvriers «blue collar» en nouveaux «green collar ». Quelle que soit l'issue de la campagne présidentielle, ne doutons pas que la future administration aidera, sans hésiter, son industrie automobile à injecter des dizaines de milliards de dollars. Sans réticence idéologique ni état d'âme. Comme elle l'a fait par le passé pour l'acier, le charbon et le transport aérien.
Il y a là peu motif à se réjouir pour les concurrents français et européens. D'abord, parce que la situation sur leurs marchés n'est guère meilleure. Ensuite, car, conformément à l'esprit pionnier du pays, la force historique de l'industrie américaine réside en sa capacité à se mobiliser dans l'urgence, au coeur d'une crise, pour se réinventer, innover et construire une nouvelle trajectoire de croissance. L'électronique, jugée moribonde au milieu des années 1980, a ainsi réussi un redressement spectaculaire. On a souvent ironisé sur le retard des Etats-Unis en matière d'environnement, après leur refus de signer le protocole de Kyoto. Mais attention, ce n'était pas qu'un simple repli égoïste, mais aussi l'idée que l'innovation et les entreprises apporteront, à moyenne échéance, des solutions plus efficaces que d'incertaines négociations internationales. Nous y sommes aujourd'hui, avec une Californie qui réoriente sa Silicon Valley en berceau des industries vertes et un secteur automobile en première ligne dans la bataille des voitures propres. L'issue reste encore grande ouverte, mais ce sera peut-être dans le bastion historique de la vieille industrie que l'économie américaine entamera, avec succès, son virage environnemental et démontrera que croissance n'est pas contradictoire avec environnement, non plus que profitabilité avec soutenabilité.
*Ce qui est bon pour GM est bon pour notre pays


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