Le transport, indicateur de la crise

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3303

  La chute des activités industrielles, corrélée à une consommation en berne, n'épargne pas le monde du transport. Le baromètre de la santé de l'économie est orienté à la baisse.

La multiplication des faillites dans le transport routier est un mauvais signal pour l'économie française. Elles ont augmenté cette année de 10% au premier semestre. En août, près d'un millier d'entreprises avaient déjà mis la clé sous la porte. Depuis le quatrième trimestre 2011, le transport routier est dans le rouge. « L'activité a reculé de 5,5% sur les trois derniers mois de 2011 et de 2,1% au premier trimestre 2012 », précise Pascal Vandalle, le directeur délégué du conseil des métiers terrestres de TLF, l'une des fédérations patronales du transport routier. Pire, la situation s'est encore dégradée depuis août : la chute a atteint 15% sur les deux derniers mois.

« Nous craignons une nouvelle détérioration », s'inquiète Jean-Claude Pla, le président du groupement Astre, qui compte 170 entreprises de transport, représentant 15 000 salariés et 8 000 véhicules. « Tous nos clients liés à l'industrie mécanique sont fortement touchés, comme dans l'automobile, les poids lourds, le matériel agricole... Et nous n'avons pas de visibilité pour les prochains mois », renchérit-il. Signe d'une grande fébrilité, certains distributeurs et grands groupes industriels ont lancé des appels d'offres avant les renégociations traditionnelles de fin d'année, espérant ainsi profiter de la crise pour bénéficier de tarifs encore plus intéressants. En attendant, les marges, souvent inférieures à 1%, continuent de fondre. Selon Jean-Claude Pla, « elles sont devenues quasiment inexistantes, quand elles ne sont pas négatives ».

 

Ralentissement des exportations chinoises

Mais la crise ne se limite pas à la France, elle est internationale. Michel Naudin, le directeur international de Chronopost, la filiale de GeoPost (groupe La Poste), précise même que « c'est la première année, que le secteur du colis n'enregistrera pas de croissance mondiale. Il devrait être stable. Une situation qui s'explique, entre autres, par la conjoncture internationale et le ralentissement des exportations chinoises ». Outre-Atlantique, c'est le groupe américain de messagerie FedEx, considéré comme un baromètre de l'économie nationale, qui lance un plan d'économies de 1,7 milliard de dollars sur trois ans.

« Le transport maritime est également un indicateur avancé de l'économie mondiale », explique Xavier Guérin, le responsable des affaires économiques d'Armateurs de France, l'organisation professionnelle du secteur. « Cet été, nous avons enregistré une baisse des exportations chinoises vers l'Europe de 13,2% par rapport à juillet 2011, rappelle-t-il. En dehors de 2009, nous n'avons jamais enregistré de baisse sur cette route maritime. » Sur l'ensemble de l'année, le trafic entre l'Asie et l'Europe pourrait reculer de 3%. Par conséquent, les armateurs se retrouvent en surcapacités et les taux de fret sur les conteneurs s'effondrent. À l'été 2011, le transport d'un conteneur entre la Chine et Le Havre coûtait entre 2 700 et 2 800 dollars. Douze mois plus tard, il avait dégringolé à 1 700 dollars. Aujourd'hui, il est tombé à 1 200 dollars.

À écouter Pierre Blayau, le patron de la branche SNCF-Geodis, le fret ferroviaire est à l'agonie. « Nous enregistrons des baisses à la fin août 2012 (par rapport à août 2011) de 5 à 30% selon les secteurs, et notamment de 20% dans l'automobile. Nous allons vivre une période hors normes. Nous sommes en récession, même si personne n'ose le dire. »

Pourtant, certains profitent de la crise. « Il faut arrêter avec les discours défaitistes. La crise est souvent source d'opportunités, se réjouit François Coart, le directeur du développement d'Europorte, la filiale fret d'Eurotunnel. Nous avons trop de demandes. Nous misons sur la qualité et la valeur ajoutée. » Globalement, le fret ferroviaire a enregistré un maintien de son activité en France au premier semestre (+ 2,9%). Le dynamisme des opérateurs privés est sans aucun doute le moteur de ce contre-exemple. Aujourd'hui, ils détiennent 30% du marché, contre moins de 25% l'an passé. Une pénétration aussi rapide sept ans après l'ouverture à la concurrence, c'est du jamais vu ! En Allemagne, les opérateurs privés ont pris un quart du marché, mais en quinze ans. Quand le malheur des uns fait le bonheur des autres...

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