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Le transport de marchandises au point mort

Par Redaction L'Usine Nouvelle - Publié le
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Par la route, la mer ou les airs, le transport de marchandises se réduit, les entreprises ferment. La faute aux baisses de production dans les secteurs clients des PME du transport.

Selon des données recueillies auprès des tribunaux de commerce et repris par WK Transport Logistique, les défaillances de petites et moyennes entreprises (PME) du secteur de transport routier ont explosé en février, avec 74 liquidations d'entreprises enregistrées sur une période de huit jours à peine. Une tendance qui confirme la crise actuelle que connaît cette filière, entièrement dépendante de la vie économique du pays.

Début 2008 déjà, le transport routier avait enregistré une baisse d'activité. Selon les statistiques du ministère de l'Ecologie, l'activité a été en recul, du premier trimestre (-1,3%) au troisième trimestre 2008 (-1,1%). Mais la crise économique mondiale a affecté le secteur routier à partir du mois d'octobre.

Selon une enquête de la fédération nationale du transport routier (FNTR), « 60% des entreprises ont constaté en octobre une baisse d'activité pouvant aller jusqu'à 30 voire 50% ». Les conséquences ont rapidement suivi avec un nombre de défaillances d'entreprises qui a doublé par rapport à l'année 2007 (2 122 entreprises) et plus de 10 000 emplois supprimés, sans compter les mesures de chômage technique ou les liquidations de congés forcées, selon la FNTR.

Dépendance aux autres secteurs
En cause ? « Le marché ne tourne pas. Les carnets de commande sont vides, les camions restent dans la cour et les chauffeurs ne travaillent pas. Quand l'économie tousse, nous nous enrhumons », a expliqué Catherine Pons, présidente de l'Union nationale des organisations syndicales des transporteurs routiers automobiles (UNOSTRA). La crise n'est pas l'unique responsable. La facture issue de la consommation de gazole, qui a crû de 16% en 2008 et l'érosion des marges des entreprises sont des facteurs contraignants.

« Le secteur a été déstabilisé par une hausse importante des coûts de production, lié au renchérissement brutal du gazole. Il y a eu ensuite un effondrement de la production industrielle, qui fait que la situation est très compliquée pour le secteur », résume Karine Berger, directrice des études chez l'assureur crédit Euler Hermès. « BTP, automobile, vente par correspondante, agroalimentaire, industrie manufacturière, qui représentent 81% des volumes que nous transportons, connaissent aujourd'hui des baisses d'activité de grande amplitude », ajoute la FNTR.

Pour l'avenir, la FNTR n'est pas plus optimiste. « 20% des entreprises envisageaient dès décembre de réduire leur parc, 22% leurs effectifs et 20% leur consommation de carburant », précise la fédération. D'où des perspectives faible de reprise au second semestre.

Demande de soutien
Face à la crise, la FNTR a réclamé mi- janvier une aide au ministre du Transport, Dominique Bussereau, basée sur la baisse des charges et des « réformes structurelles nécessaires au secteur, dont la restauration de la compétitivité du pavillon routier par des harmonisations européennes indispensables ».

La Fédération des entreprises de transports et de logistique (TLF) va plus loin et s'interroge, à savoir si le secteur est « le parent pauvre de la crise ». Son président Philippe Grillot dénonce les nombreuses taxes infligées au secteur, « comme la taxe poids lourds, les heures supplémentaires partiellement exonérées des charges de la loi TEPA ou la hausse de 25% des tarifs de péages autoroutiers ».

Dans cette perspective, les deux fédérations et l'UNOSTRA souhaitent aussi l'extension à de nouveaux pays du cabotage, soit la possibilité pour une entreprise étrangère de faire du transport intérieur prévue dès le 1er mai 2009.

Selon elles, le gouvernement comptait sur l'effet ricochet que les aides apportées à d'autres secteurs comme l'automobile ou le BTP auraient pu avoir sur le secteur du transport routier. Mais le FNTR craint que « bon nombre de sociétés ne soient plus là à la reprise de l'activité dans ces secteurs ». Catherine Pons de l'UNOSTRA promet qu'il y aura "une mobilisation du secteur avant l'été si aucune aide n'est versée"

L'organisation des transports routiers européens (OTRE) a adressé une demande de plan de soutien au ministre de la relance, Patrick Devedjian, le 12 février. Il complète les réclamations de la FNTR avec, entre autres, la demande d'instauration d'une prime à la casse sur les poids lourds écologiquement moins performants et l'annulation des hausses 2009 des péages autoroutiers.

L'organisation avait le 10 février rencontré le médiateur du crédit pour revenir sur les difficultés que rencontrent les entreprises de transport routier dans l'obtention de crédit auprès des banques, le secteur étant considéré comme à très haut risque.

Les ports touchés
Le transport maritime ne paraît pas mieux se porter. En janvier, le trafic de marchandises a chuté de 24% à Marseille par rapport à janvier 2008, le plus bas depuis dix ans sur le mois, et de 2,4% pour le trafic total dans le premier port de France au Havre. Dans ce dernier cas, le trafic est tombé à 1,6 million de tonnes.

Sur l'année 2008, le trafic des ports maritimes français a très faiblement progressé de 0,8%, le trafic des liquides et des solides en vrac étant en progression de 3% environ. C'est le trafic des conteneurs qui a accusé la plus forte baisse (-9%). Pour le seul port du Havre, en janvier, la chute du trafic conteneurs a été de -26%.

La chute a été sévère dès le mois de décembre, avec un recul de 15% du trafic tonnage, selon des données provisoires du ministère des Transports. Les secteurs les plus touchés étaient le transport de matières solides, en baisse de 35%, et celui de conteneurs en recul de 13%. « Ce résultat suit la tendance économique mondiale liée à la crise dont les répercussions se font sentir sur les flux maritimes internationaux », a commenté le Grand Port Maritime.

Selon les calculs du cabinet de consultants AXS Alphaliner, de plus en plus de porte-conteneurs restent à quai faute de trafic maritime. En février, la tendance s'est brusquement accélérée et elle ne serait pas prête à s'inverser. Les mêmes causes que celles du secteur routier expliquent la situation. Les navires de transport maritime ne partent pas vides et attendent une quantité de marchandises viables économiquement pour quitter le quai. Or, en temps de crise, les entreprises produisant moins, les marchandises se font attendre. 

La mise en service avant la fin de l'année 2009 de « deux autoroutes de la mer » entre la France et l'Espagne, qui doit être actée vendredi 27 février, est une application du Grenelle de l'environnement. Mais permettra-t-elle de faciliter la sortie de crise du secteur ? Reste qu'à terme, les autoroutes devraient permettre le report de 100 000 poids lourds par an, selon le ministère des Transports.

Crise mondiale
Le fret ferroviaire paraît suivre la même tendance. Réseau Ferré de France a annoncé le 17 février que les volumes transportés avaient diminué de 25% en décembre par rapport à la moyenne des autres mois de l'année. Pour les sept autres entreprises ferroviaires, la résistance à la crise a été meilleure avec une baisse contenue à 8,7% en décembre.

Aéroports de Paris a annoncé le 17 février une baisse de 7,8% du trafic au mois de janvier. Une tendance remarquée dans le monde entier. En effet, l'Association internationale du transport aérien (IATA) a révélé jeudi 26 février que le marché du fret aérien mondial avait empiré la chute de décembre (-22,6%) en janvier avec un recul de 23,2% par rapport au même mois l'année précédente. Soit un huitième mois de contraction de l'activité. Les transporteurs européens ont enregistré une chute de 23% en janvier.

Barbara Leblanc

En savoir plus
La FNTR
La FLF

Le fret aérien poursuivra sa chute d'altitude en 2009 (30/01/2009)
Aux abois, les transporteurs réclament un plan d'urgence (05/12/2008)

 

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