Le traitement des déchets d'Abidjan encore retardé
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Initialement prévu pour débuter en janvier, le traitement des premiers conteneurs ne commencera pas avant plusieurs jours.
Les retards succèdent aux retards, telle pourrait être la devise définissant la destruction des déchets toxiques qui ont provoqués la mort de quinze Ivoiriens et l'intoxication de plusieurs milliers d'autres lors du déversement sauvage à l'air libre de produits toxiques dans les décharges de la capitale économique de Côte d'Ivoire.Petit retour en arrière
Au mois d'août dernier, le tanker Probo Koala affrété par la société Trafigura transporte dans ses soutes 581 tonnes de boues liquides, mélange « soit disant » de résidus pétroliers et de soude caustique issu du nettoyage des autres soutes. Ces déchets doivent être traités par la société Amsterdam Port Services. Mais APS aurait « refusé, par précaution, de prendre en charge la cargaison devant l'odeur très forte qui s'en dégageait » au tarif normal, explique Théo Smit, directeur de la société de traitement. Un surcoût de 500 000 euros aurait été exigé par APS et Trafigura trouve la pilule difficile à avaler. Le tanker reprend donc la mer, en opposition à la convention Marpol, avec son chargement. Après un long périple, le navire arrive à Abidjan et négocie pour 10 millions de francs CFA (15 000 euros) avec la société Tommy, un avitailleur ivoirien qui n'a aucune compétence pour le curage des soutes de navires, et qui n'a été agréée pour le traitement des déchets que le 12 juillet 2006, au lendemain du départ du Probo Koala d'Amsterdam ! On connaît le résultat ! Emprisonnés à la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (MACA) au lendemain des évènements, Claude Dauphin (directeur de Trafigura), Jean-Pierre Valentini (responsable de la zone Afrique de l'Ouest) et Nzi Kablan (administrateur général adjoint de Puma Energie, filiale de Trafigura en Côte d'Ivoire) ont été libérés en février dernier contre la somme de 100 milliards de francs CFA (152,5 millions d'euros) versée par Trafigura à titre de dommages pour les victimes et au remboursement des frais de dépollution des sites contaminés.
Trédi au secours de la Côte d'Ivoire
Trédi, filiale du groupe Séché environnement, spécialisée dans le traitement et le stockage des déchets hors radioactifs est choisie par le gouvernement ivoirien pour collecter et traiter les 9 300 tonnes de substances contaminées et acheminer celles-ci sur son site de Salaise-sur-Sanne dans l'Isère. Les déchets commencent à arriver en novembre dernier au port du Havre où ils sont stockés dans un premier temps par la société LBC Sogestran, spécialisée dans la manutention de produits pétroliers et chimiques. Le transfert par ferroutage puis par camion sur le site isérois devait débuter à la mi-janvier. Finalement, le transport n'a commencé que ce 20 mars. La première cargaison a mobilisé quinze conteneurs dont cinq « dry » (75 tonnes de déchets solides) et dix iso-conteneurs (162 tonnes d'eaux souillées), soit 237 tonnes sur les 9 300 tonnes destinées à être traitées. Il faudra attendre fin 2007 pour que l'ensemble de ces déchets aient entièrement disparu.
Le traitement devait commencer demain, vendredi 23 mars, mais la date a été reportée « de quelques jours pour des raisons administratives et de logistique », avoue un responsable de Trédi. En cause : des contrôles inopinés menés début février ont révélé que certaines unités du site de Salaise-sur-Sanne ne respectaient pas les normes d'émission de dioxines et de furanes, vient d'annoncer la préfecture de l'Isère. Selon la Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (Drire), les résultats laissent apparaître des dépassements d'émissions de ces produits sur le four numéro un, cinq fois supérieurs à la norme. Trédi a fait l'objet d'une mise en demeure du préfet pour respecter les valeurs limites et a pris le 15 mars un arrêté imposant à Trédi « un contrôle bimensuel pour chacun des quatre fours par un organisme agréé, la remise d'une étude de faisabilité de la mise en place d'un prélèvement en continu des dioxines et des furanes en vue d'une analyse mensuelle de ce prélèvement, et qui devra être validée par un organisme extérieur ».
Trédi s'était alors justifié à la Drire que les dépassements observés étaient liés à la défaillance du système d'injection de charbon actif qui permet normalement de renforcer la captation des dioxines pendant les phases transitoires. La société s'est également engagé à fiabiliser ce dispositif avec une mesure en continu du débit de charbon actif injecté et un système d'alerte automatique de la salle de contrôle en cas de dysfonctionnement, a précisé la préfecture de l'Isère.
« Dans ce nouveau contexte d'incertitude de bon fonctionnement et à l'appui des nouvelles règles édictées par le préfet, les associations demandent le report du traitement des déchets jusqu'à ce que le respect de la réglementation soit effectif et confirmé », conclu l'association environnementale Vivre. En attendant, ce premier convoi va permettre à l'entreprise Trédi de procéder à des essais techniques et au réglage de son incinérateur. L'acheminement des autres conteneurs sera déterminé après ce test grandeur nature.
Pascal Coesnon

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