Le théranostic, un nouveau pas vers une médecine plus personnalisée ?
Publié lePAROLE D'EXPERT L'augmentation des dépenses de santé incite les pouvoirs publics à dérembourser les médicaments à faible efficacité thérapeutique. Dans un tel contexte, déterminer en amont par des tests théranostiques les patients réceptifs à un traitement, pourrait engendrer des économies non négligeables pour l'ensemble de la filière pharmaceutique. Analyse sur le sujet de Vincent Genet, directeur du département Santé d'Alcimed et de Benjamin Belot Responsable de mission chez Alcimed.
Le théranostic vise à fournir une information qui permet une plus grande personnalisation du traitement. Ainsi, des tests dits "compagnons" sont associés à une molécule thérapeutique afin d'évaluer si le patient y répondra favorablement. Utilisés en oncologie, les tests sont apparus en 1998 avec les premières molécules ciblant spécifiquement un bio-marqueur avec l'arrivée d'Herceptin (de Roche et Genentech) dans le cancer du sein.
Le marché mondial des tests in vitro destinés à orienter une décision thérapeutique a été évalué à 800 millions de dollars en 2007. Il va croître dans les années à venir, étant donné le soutien dont il bénéficie de la part des laboratoires pharmaceutiques, des professionnels de santé, des patients et également des autorités de santé et des payeurs.
Pour les laboratoires, ces tests sont utilisés dès les phases de développement afin d'optimiser ce développement. En sélectionnant les patients les plus susceptibles de répondre favorablement au traitement, le risque financier lié à l'échec de coûteux essais cliniques se trouve en effet diminué. L'innovation est ainsi valorisée et l'accès à des nouvelles molécules pour les patients est facilité. En effet, en les testant sur une population non sélectionnée au préalable, certaines de ces molécules ne parviendraient pas à démontrer une efficacité suffisante pour être autorisées.
Une réponse adaptée aux enjeux de la santé
L'observation d'une efficacité supérieure a également une incidence sur le tarif de remboursement de ces traitements. Les thérapies ciblées associées à des tests compagnons sont onéreuses, même si la population traitable peut s'en trouver grandement diminuée… Si l'on prend le cas de l'Herceptin, le gène HER2 n'est présent que chez 20 à 30% des patients, limitant du même coup la population traitable par ce médicament.
Les autorités sont également favorables à l'utilisation de tests compagnons permettant de sélectionner les patients répondeurs. C'est pour elles une opportunité d'améliorer le rapport bénéfice/risque des produits de santé et de réduire les coûts en rationalisant l'utilisation de thérapies dont le prix est très élevé. Ainsi dans des domaines comme l'oncologie, les tests compagnons sont de plus en plus courants, les autorités de santé ont tendance à exiger du laboratoire qu'il soit en mesure d'identifier la population cible ayant le meilleur taux de réponse.
Pour les cliniciens, le bénéfice est évident ! Ils se voient dotés d'un nouvel outil leur permettant de prendre la décision thérapeutique la plus adaptée au bénéfice de chaque patient.
Le théranostic s'inscrit donc pleinement dans les enjeux actuels du secteur de la santé : fournir des options thérapeutiques plus spécifiques aux prescripteurs et aux patients, faciliter le processus de développement des nouvelles molécules par les laboratoires... De plus l'information donnée par ces tests permet une utilisation plus judicieuse des traitements innovants et particulièrement couteux. Un point qui a également son importance dans un contexte où les budgets de santé publique à travers le monde sont soumis à des pressions de plus en plus fortes…

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