Le temps des emplettes
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Le champ des opportunités est maintenant ouvert. Déjà, les seigneurs de l'économie réelle ont commencé à acheter des actifs qu'ils estiment productifs à long terme.
Quels vont être les gagnants de la crise financière ?
Ceux qui n'ont pas de dettes ni de produits exotiques en portefeuille, qui sont à l'écart des secteurs sinistrés de l'économie, et qui ont un matelas de liquide qui leur permet de voir venir. Il y en a plus qu'on ne le pense, que ce soient des pays, des entreprises ou des individus. L'arrière-plan est cataclysmique. Les Bourses mondiales capitalisaient 60000 milliards de dollars il y a deux ans. Elles n'en sont plus qu'à 20000 milliards aujourd'hui. L'équivalent des trois quarts du PIB mondial s'est donc évaporé, sans contrepartie dans l'économie réelle. Sur la seule année 2008, les indices Dow Jones, Nikkei, Footsie et CAC 40 ont été exactement divisés par deux. Peut-on descendre plus bas? Il y a un mois, on écrivait doctement que le CAC 40 était arrivé à une limite de 3000 points (contre 6000 en juillet 2007). Dix jours plus tard, il avait de nouveau dévissé de 500 points! Même si les liquidations ne sont pas encore terminées, on commence tout de même à se rapprocher sérieusement d'un plancher. C'est exactement ce qui s'est produit... en 1931 ! Après le jeudi noir de Wall Street d'octobre 1929, la Bourse de New York avait chuté de 20% au cours de l'année 1930 (chute similaire à celle du CAC 40 entre juillet 2007 et mars 2008). Et c'est 1931 qui fut l'année boursière noire, avec une dégringolade de 50% àNew York... précisément ce qui vient de se produire de mars 2008 à mars 2009. Le plus intéressant, c'est la suite. En 1932, la chute se stabilisait et, en 1933, on enregistra la plus forte hausse de l'histoire boursière du siècle (avec celle de 1954) : 60% sur l'année, alors même que la conférence de Londres (déjà !) sur la crise économique, à l'arrivée de Roosevelt, se terminait en eau tiède. Gardons en tête cet exemple historique, que vient de nous rappeler opportunément une étude de l'université de Yale.
C'est maintenant que le champ des opportunités est ouvert. Déjà, les seigneurs de l'économie réelle ont commencé à racheter des actifs qu'ils estiment productifs à long terme. Les grandes banques de dépôt (dites « commercial banks » de l'autre côté de l'Atlantique) ont procédé à de grandes manoeuvres. L'avenir dira si JP Morgan Chase, Bank of America ou BNP Paribas après l'opération Fortis seront les grandes gagnantes du paysage bancaire. On peut penser que oui. Warren Buffet -même si sa société Berkshire Hataway a, elle aussi, subi le plongeon boursier- a pris des positions (5 milliards de dollars par ci, 5 milliards de dollars par là) sur des actifs prometteurs. Certains grands hedge funds, qui ont tangué mais pas du tout sombré, sont tapis en embuscade et vont bientôt sortir du bois.
Du côté des pays émergents, c'est encore plus flagrant, tout spécialement en Chine. La Chine dispose non seulement de colossales réserves de change (2 000 milliards de dollars, dont 740 placés en bons du Trésor américain, soit 260 milliards de dollars de plus en un an), mais aussi de la puissance quasi illimitée de ses grandes sociétés d'Etat et de son appareil bancaire, lui aussi d'Etat. Dans les deux premiers mois de 2009, les Chinois ont déjà déboursé 16 milliards de dollars à l'étranger. A ce rythme, les investissements directs chinois pourraient bondir à 100 milliards pour l'année 2009, plus du double de l'an passé. On attend la confirmation de la prise de participation de Chinalco dans la compagnie minière Rio Tinto (19 milliards de dollars), laquelle est suspendue à une posture politique de l'Etat australien. La seule barrière qui s'oppose désormais au déferlement chinois est la triste trilogie du repliement en période de crise : protectionnisme-patriotisme-populisme (expression heureuse de Denis Kessler). L'Australie vient de refuser 1,8 milliard de dollars que Minmetals était en train de mettre dans Oz Minerals, comme la Chine vient de s'opposer au rachat par Coca-Cola, pour la même somme, du fabricant de jus de fruits Huiyan. A vos marques ! Les soldes mondiales ont commencé.
Jacques Gravereau

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