imprimer

Le tarif de l’électricité en question

Le 15 septembre 2009 par Ana Lutzky
*

© Enel

Le gouvernement accélère l’ouverture du marché de l’électricité. Les industriels doivent-ils s’en réjouir ?

« La France ne peut plus rester le château d’eau de l’Europe, produire de l’électricité pas chère et la vendre à l’Italie, qui jusqu’à récemment ne voulait plus de nucléaire ». C’est par ces mots qu’un industriel saluait hier les préconisations du rapport Champsaur, dont les services du Premier ministre ont annoncé aujourd’hui l’application dès 2010. 

EDF est le fournisseur d'électricité de 93% des entreprises en France. Pour les industriels électro-intensifs tels qu’Air Liquide, Alcan, ArcelorMittal, Arkema, Rhodia, Solvay ou UPM-Kymmene, l’écart de tarifs subi par leurs usines de part et d’autre du territoire peut sembler considérable. En l’espèce, de 20 à 70 euros le mégawatheure selon que l’usine a réussi à négocier des contrats de long terme, ou a dû payer l’électron au prix fort. Pour les usines les plus consommatrices d’électricité, cette différence peut faire varier leur facture de 13 millions d’euros à la fin de l’exercice. Reste que les tarifs du nucléaire sont les plus bas en Europe.

L’application très prochaine du rapport Champsaur vient modifier la donne. Et aura pour effet, pour le meilleur ou pour le pire selon les points de vue des industriels, d’atténuer les distorsions de prix aujourd’hui observées. Afin d'ouvrir le marché, le rapport préconise de mettre fin aux tarifs réglementés d’EDF pour les entreprises (jaune et vert)  ainsi qu’au Tartam (tarif transitoire réservé aux clients professionnels qui avaient fait le choix du marché et souhaitent revenir au tarif réglementé). Des tarifs considérés par la Commission européenne comme une aide d'Etat. Matignon a fait savoir par voie de communiqué que la mise en place d'une nouvelle ère était proche : la disparition des tarifs réglementés pour les grands clients industriels prendra ainsi effet « en 2015 ».

Autre préconisation du rapport Champsaur bientôt concrétisée : redistribuer la rente nucléaire. En d’autres termes, réserver aux concurrents d’EDF (Powéo, Direct Energie, GDF Suez…) la possibilité d’acheter au prorata de leur portefeuille client une partie du courant produit par l’opérateur historique, au coût avantageux du nucléaire. Un coup de pouce qui devrait leur permettre de décoller, leur statut de nouvel entrant ne leur permettant pas aujourd’hui d’être compétitifs face au monopole public (leurs coûts de production sont supérieurs à ceux des centrales nucléaires d'EDF). Là aussi, la mise en place du dispositif est des plus imminentes : « au premier juillet 2010 », indique Matignon. Reste à savoir à quel prix.

Juste prix

 « A 20 euros le mégawatheure, EDF survit », estime un industriel. La commission Champsaur penche quant à elle pour une fourchette de 40 à 45 euros, proche du Tartam. En incluant les opérations de maintenance et les investissements nécessaires pour allonger la durée de vie des centrales, EDF plaide vigoureusement pour 46 euros. Quant au gouvernement, il opterait selon Les Echos pour 34 euros pour les particuliers, et 40 euros pour les entreprises. Selon le projet en cours dévoilé par le quotidien économique, 25% de la production nucléaire d’EDF serait en tout cas accessible aux concurrents d’EDF au prix choisi, pendant quinze ans.

Le deal en gestation avec l’Union européenne dévoilé par le quotidien serait le suivant : en échange des efforts d’ouverture à la concurrence, la Commission abandonne les deux procédures en cours contre la France sur l’organisation de ce marché. A cet égard, le communiqué gouvernemental indique que le Premier ministre François Fillon a écrit aux commissaires européens en charge du dossier « pour leur confirmer les principaux éléments de cette réforme » et « afin que la Commission européenne puisse clôturer les procédures contentieuses en cours relatives aux tarifs réglementés et à l'insuffisance de transposition de la directive relative au marché intérieur de l'électricité ».

Exeltium

Le gouvernement indique par ailleurs qu'il « souhaite également que cette réforme s'accompagne tout début 2010 de la mise en place effective d'Exeltium ». Fondé par Air Liquide, Alcan, ArcelorMittal, Arkema, Rhodia, Solvay et UPM-Kymmene, ce consortium représente une soixantaine d'entreprises et près de 60 sites industriels en France. Il s'était formé en mai 2006 pour négocier des prix d'électricité plus bas avec les producteurs, en vue de la réforme en cours.

Fin 2008, la presse avait fait état des difficultés rencontrées par le consortium pour boucler son contrat à long terme avec EDF. Le compromis reste à trouver : mis à mal par le ralentissement de l’activité, effrayés par la taxe carbone, les industriels électro-intensifs ont quelque peu le sentiment de ne pas y trouver leur compte. Financer directement la construction d’une tranche nucléaire, en la cédant à l’opérateur à la fin du contrat, tout en payant leur facture d’électricité pendant 20 ans, même à des tarifs avantageux, peut leur sembler peu aisé. « C’est trop facile ! » réagit un industriel. « Nous finançons, en échange certes d’un tarif bas sur des dizaines d’années, puis leur donnons les clés… »
 

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

2 réactions

lepoilagratter | 16/09/2009 - 09H23

Si l'abandon du tarif réglementé arrive pour les industriels, il est clair que les particuliers vont y avoir droit aussi. Or on sait que la règle de la concurrence voulu par les états libéraux et l'Europe poussent les prix vers le haut, et sans concurrence réelle (Sinon pourquoi devrait-on voir l'Europe intervenir sur le coût des SMS par exemple ...). Autant dire que nos politiques et nos libéraux ne voient que la même gammelle : celle qu'ils font grossir et dans laquelle ils mangent, sans se soucier d'autrui.

Signaler un abus |  CITER

contribuable | 15/09/2009 - 20H54

Si les prix d'EDF, grace au nucléaire et à sa position, sont les plus compétitif, adoptons ce système plus économique et refusons cette idéologie qui augmente nos prix, diminue la compétitivité, mais pas les bénéfices des groupes privés.

Signaler un abus |  CITER


Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
Rails gelés

Les réseaux de transport résistent à la vague de froid

Route, rail, canaux : les gestionnaires des différents réseaux de transports...

Centrale nucléaire de Nogent

Les réacteurs nucléaires doivent fonctionner au-delà de 40 ans pour l'Etat

Pas de pré-retraites pour les centrales nucléaires !...

Ouvrier Soudure

Agenda de l'industrie : la semaine du 13 au 19 février 2012

C'est une semaine à tendance politico-industrielle qui s’annonce. Mais aussi...


© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation - RSS - Pour nous contacter