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Le système solaire dans l'ombre du nucléaire

Par À SAINT-ETIENNE, VINCENT CHARBONNIER - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3200

Rhône-Alpes est la première destination des projets d'investissement « vert » en France. Toutefois, l'industrie nucléaire demeure le secteur fort de la région.

Après la mise en service de la plus grande centrale au sol de Rhône-Alpes dans la Drôme, la Compagnie nationale du Rhône (CNR) poursuit son offensive dans le photovoltaïque. Elle prévoit d'investir 70 millions d'euros en Ardèche, dans le cadre d'une convention signée avec le département. Le soleil ardéchois attire d'autres industriels. Le syndicat départemental de l'énergie a retenu le projet présenté par Dhamma Energy pour l'implantation d'une centrale photovoltaïque sur des terrains de l'aérodrome de Lanas. Près de 50 millions d'euros seront engagés d'ici 2012 dans ce projet d'une puissance de 12 MW.

Selon une étude de l'agence de développement économique de l'Isère et du pôle de compétitivité Tennerdis, la puissance raccordée au réseau a augmenté de 40 % en Rhône-Alpes entre décembre 2008 et juin 2009. La filière solaire, photovoltaïque et thermique regroupe plus de 115 entreprises cumulant 5 600 emplois. Ce qui place la région au premier rang national, avec des leaders comme Photowatt à Bourgoin-Jallieu (Isère), seul fabricant français de cellules à base de silicium cristallin. D'après le réseau Ecoterritoires, Rhône-Alpes est la première destination des projets d'investissement « vert » en France. En 2009, elle a même capté 35 % des 122 projets identifiés dans le solaire, la biomasse et l'éco-construction.

Pour accroître encore son rayonnement, cette filière peut compter sur le développement de l'Institut national de l'énergie solaire (Ines), basé au Bourget-du-Lac (Savoie), qui va plus que doubler ses effectifs d'ici 2013. L'Ines engagera 250 millions d'euros dans de nouveaux programmes de recherche dans les secteurs du bâtiment, des couches minces et la structuration des réseaux électriques.

Autres projets structurants, ceux portés par PV Alliance et Solsia. Le premier, issu d'un consortium initié par Photowatt, le CEA et EdF ENR, vise à développer avec sept autres partenaires les premières cellules à base de silicium métallurgique purifié et des cellules solaires à très haut rendement. Solsia a également choisi Bourgoin-Jallieu pour créer une unité pilote qui exploitera la technologie des couches minces à base de silicium amorphe. La start-up compte investir 23 millions d'euros et créer 135 emplois dans un premier temps.

Plus en amont, Adixen, leader mondial des pompes à vide, va investir 62 millions et créer 120 emplois directs à Annecy pour se diversifier dans les salles blanches pour l'industrie photovoltaïque. Labellisé par le pôle de compétitivité Tennerdis, le projet Silvie (Silicium Vesuvius Ines ECM technologies), qui vise à créer une nouvelle génération de fours pour produire des lingots plus gros (800 kg) de silicium, est susceptible de contribuer à l'autonomie d'une véritable filière industrielle photovoltaïque française.

Berceau de la houille blanche, la région cultive son dynamisme en hydroélectricité. Alors que l'usine grenobloise d'Alstom Hydro engrange les contrats de turbines-pompes, le lyonnais Maïa mise sur le développement des centrales hydroélectriques, comme celle en construction sur la Loire à Roanne, et sur le renouvellement des concessions de barrages exploités par EdF. De leur côté, le belge Electrawinds et la société Bois Négoce Énergie projettent d'investir de l'ordre de 50 millions d'euros dans une centrale de cogénération et une usine de granulés de bois dans la Loire.

Au-delà du boom des énergies renouvelables, la région Rhône-Alpes reste la place forte de l'industrie nucléaire française pour la fabrication de combustible, l'enrichissement d'uranium et la construction d'équipements pour les unités de production. Areva est incontournable avec plusieurs filiales : Areva NP (Rhône), Comurhex (Drôme), la Société d'enrichissement du Tricastin (Drôme). Au côté du Cern (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) dans le Pays de Gex, du Centre européen de calcul atomique et moléculaire de Lyon, du CEA à Grenoble, « le nucléaire fait vivre de nombreuses entreprises dont la plupart sont expertes en traitement de surface, en chimie, en informatique industrielle, en maintenance de sites nucléaires ou dans la fabrication de pièces destinées aux producteurs d'énergie », note l'Apec.

La preuve : en trois ans, l'entreprise de robinetterie industrie lyonnaise Velan a plus que doublé son chiffre d'affaires (55 millions d'euros) et ses effectifs (230 personnes) et compte poursuivre sa croissance, notamment à l'export. De même, le spécialiste drômois des vannes nucléaires, Vanatome, va doubler son chiffre d'affaires en 2010 et poursuivre sur sa lancée après la création d'un joint-venture en Chine issu d'un transfert de technologie sur les vannes des centrales nucléaires chinoises de type CPR 1 000. Rhône-Alpes n'a pas fini de faire le plein d'énergie.

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