Le social va-t-il miner l'offre ?

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3289
Au Pérou, conflits sociaux et environnementaux pèsent sur l'industrie minière.
Au Pérou, conflits sociaux et environnementaux pèsent sur l'industrie minière.
© ANDREW CRAIG

Deux morts et des dizaines de blessés, le bilan des affrontements entre manifestants et police à Espinar, dans la province de Cuzco, au sud du Pérou, démontre que le développement de l'industrie minière ne bénéficie pas des faveurs des populations locales. Après avoir réclamé à Xstrata une augmentation des aides à l'économie régionale, les manifestants exigent désormais l'arrêt de ses opérations accusées de polluer les rivières. Le groupe anglo-suisse explique avoir investi 3% du profit généré par sa mine de Tintaya, soit 11 millions de dollars, dans des projets locaux, et se conformer aux réglementations environnementales. En arrivant au pouvoir en juillet dernier, l'administration d'Ollanda Humala avait trouvé 214 conflits de ce type. En avril, il y en avait 243, alors qu'une dizaine de personnes avaient été tuées. Lors des cinq années de présidence de son prédécesseur, Alan Garcia, le bilan s'était établi à 174 morts.

 

53 milliards de dollars en jeu

La multiplication de ces affrontements va ralentir le développement de l'industrie minière sur lequel comptent les autorités pour sortir le pays de la pauvreté. Pas moins de 53 milliards de dollars d'investissement dans les mines et l'énergie sont attendus lors de la prochaine décennie, une somme considérable pour un pays avec un PIB de 176 milliards de dollars. Deuxième producteur de cuivre et d'argent, le Pérou deviendrait un géant minier. À condition que des projets, comme les 4,8 milliards de dollars que Newmont veut investir dans la mine de cuivre de Conga dans le nord du pays, ne soient pas arrêtés. Ou que les 4,2 milliards que Xstrata veut engager dans la mine de cuivre de Las Bambas ou le projet cuprifère Tia Maria de Southern Copper ne soient pas gelés. La politique modérée d'Humala, qui a réussi à négocier une augmentation de 1,1 milliard de dollars des royalties versées par les compagnies minières, est contestée par les élus des régions minières.

Les marchés n'ont pas encore apprécié l'importance des questions sociales et environnementales dans la fixation des prix des métaux, remarque Gayle Berry de Barclays Capital. Ces facteurs n'affectent pas les prix, ici et maintenant, mais leur effet cumulatif va retarder les projets et amplifier leurs coûts. Il faudra des prix à long terme plus élevés pour inciter les producteurs à investir, conclut l'analyste.

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