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Le social au Medef, c'est lui

Par Anne-Sophie Bellaiche - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3167

Benoît Roger-Vasselin, le président de la Commission des relations du travail et de l'emploi du Medef, sort de l'ombre pour prendre en main les discussions avec les syndicats.

Depuis dix-huit mois, BRV, comme on le surnomme, a succédé à DGS, Denis Gautier-Sauvagnac, à la tête de la très stratégique Commission du travail du Medef. L'arrivée d'un DRH de la « pub » - il travaille chez Publicis depuis treize ans - est une petite révolution dans cette instance verouillée depuis des décennies par la puissante UIMM (métallurgie).

Après un atterrissage sur l'aile en avril 2008 (en remplacement du leader discrédité de l'UIMM), une première phase active plutôt discrète, l'homme endosse un nouveau costume : chef de file des discussions avec les syndicats.

A son agenda cette semaine, deux sujets sensibles. L'ouverture de la négociation « harcèlement moral et souffrance au travail » qui a pris un tour très politique depuis la crise chez France Télécom et l'épineuse délibération sur le « dialogue social dans les TPE/PME », qui divise le patronat.

Le 5 octobre, le grand public découvrait son visage dans « Mots Croisés » sur France 2 entre Xavier Darcos, le ministre du Travail, et Bernard Thibault, le leader de la CGT. Mais qui est vraiment le nouvel homme clé du social au Medef ? « Un intellectuel passionné par la chose publique », répond du tac au tac le publicitaire Philippe Lentschener, ex-patron de Saatchi et Saatchi, qui l'a côtoyé avec « énormément de plaisir » chez Publicis. « Joyeux compagnon et fidèle » complète Jean-Pierre Raffarin, son ami depuis l'époque de leur engagement chez les Jeunes giscardiens. Car si Benoît Roger-Vasselin est venu à la démocratie sociale, c'est après un détour par la démocratie politique. Une affaire de gènes avec deux grands-pères députés, dont un radical socialiste. En 1978, il choisit le monde de l'entreprise contrairement à ses compagnons d'alors qui se recyclent au Parlement. « Pas assez le goût du pouvoir », avance Jean-Pierre Raffarin. Lui affirme « son intérêt pour le privé et l'envie de ne pas l'opposer à la gestion des affaires publiques ». Issu d'une famille de 11 enfants, il travaille dès 18 ans pour payer ses études. Sur le tableau d'affichage syndical de son entreprise de l'époque, un tract CFDT vilipende : « Le profit, voilà l'ennemi. » Il rétorque aux élus : « Pourquoi n'écrivez-vous pas sa répartition plus juste ? Voilà l'objectif. » Quarante ans plus tard, sous l'amicale pression du gouvernement, il inscrit cette thématique à la négociation « rénovation du dialogue social » Avec Laurence Parisot, il se retrouve sur l'envie de « réconcilier les Français avec l'entreprise ». Mais veut « promouvoir un patronat transparent et engagé pour l'intérêt général ». Un job à mener sur les dirigeants d'entreprise, cette fois-ci. Des syndicats lui reconnaissent une bonne écoute. « C'est quelqu'un de très prévenant, doté d'un certain sens de l'humour », avance Gabriel Voisin de la CFTC. Mais à la CGT, on estime que les bataillons d'experts sociaux de l'UIMM manquent singulièrement à sa panoplie. Contre l'expertise qui enferme, Benoît Roger-Vasselin revendique, lui, la « créativité sociale ». Slogan publicitaire ou plan d'action ?

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