Le second souffle de la Défense
Par De notre correspondante, Marion Kindermans - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3208Ralenti par la crise, le plan de relance du premier quartier d'affaires européen voit enfin ses nouvelles tours sortir de terre. Les industriels, comme Suez Environnement, sont séduits.
La Défense ne vit pas que du tertiaire. Au contraire de son concurrent londonien, Canary Wharf, le quartier d'affaires parisien, situé à cheval sur les communes de Puteaux, de Courbevoie et de Nanterre (Hauts-de-Seine), abrite nombre d'industriels. À côté de Total, Areva, EDF, GDF Suez et la SNCF, Suez Environnement installe, cet automne, ses 2 000 salariés dans la nouvelle tour CB21. Livrée en juillet par la Foncière des régions, qui a investi 130 millions d'euros, CB21 (75 000 m2), haute de 180 mètres, donne le coup d'envoi de la nouvelle Défense. Cette reconstruction de l'ancienne tour Gan est la première opération achevée dans le cadre du Plan de renouveau annoncé en juillet 2006 par Nicolas Sarkozy, alors président du conseil général des Hauts-de-Seine et de l'Établissement public d'aménagement de la Défense (Epad).
Ce plan prévoit 450 000 m2 de bureaux neufs ou reconstruits en 2015. L'objectif est de relancer l'attractivité du quartier. En cinquante ans, la zone déshéritée de la banlieue nord-ouest de Paris est devenue le premier quartier d'affaires européen en termes de surface. Mais la Défense doit aujourd'hui trouver un deuxième souffle pour continuer d'attirer les sièges sociaux. Le Plan de renouveau prévoyait la démolition et la reconstruction de cinq tours et l'édification de sept autres. Quatre ans plus tard, les immeubles sortent enfin de terre. En mars 2011, la tour First, ex-Axa (87 000 m2), culminera à 230 mètres, devenant ainsi le plus haut gratte-ciel de France. Cette tour en forme d'hélice, livrée par Beacon Capital pour 700 millions d'euros, alliera prouesses technologiques et hautes qualités environnementales. La tour Carpe Diem (47 000 m2) est en chantier et devrait être achevée à la fin 2011. Quant au projet pharaonique des tours jumelles Hermitage Plaza, estimé à 2 milliards d'euros, il vient de faire l'objet d'un protocole entre l'Epad et le groupe russe Hermitage. L'accord prévoit une livraison pour 2016.
Des gratte-ciel ambitieux
La crise financière n'a cependant pas épargné les programmes de la Défense. La tour Signal, imaginée par Jean Nouvel, a été abandonnée faute d'investisseurs. Certains budgets ont été revus à la baisse. « Nous n'avons pas poursuivi le plan initial qui prévoyait une extension de la tour Gan de 100 000 m2, car notre locataire pressenti, Suez Environnement, voulait que le chantier se termine vite et parce que, financièrement, la conjoncture se dégradait », reconnaît Philippe Boyer, de la Foncière des régions.
D'autres projets subissent des retards. C'est le cas de la tour Air 2, qui ne sera finalement prête qu'en 2015, avec un projet architectural moins ambitieux que prévu. Cinq autres tours ont obtenu leurs permis de construire : la tour Ava (58 700 m2), la tour Generali (90 000 m2), la D2 (50 000 m2), la tour Majunga (69 000 m2) et la tour Phare (147 000 m2). « Nous accusons certes un retard de 18 à 24 mois sur le calendrier initial. Mais les projets se feront. Et avec 5 % de taux de vacance, nous résistons mieux que les autres quartiers d'affaires dans le monde », précise Raphaël Catonnet, le directeur général adjoint de l'Epadesa, l'établissement public d'aménagement de la Défense et de Seine-Arche. L'Epadesa résulte de la fusion, en juillet, de l'Epad, chargé de l'aménagement de la Défense, et de l'Epasa, qui gérait son prolongement sur Nanterre.
L'Epadesa supervise désormais un périmètre de 564 hectares, le projet d'extension voulu par l'État ayant finalement été revu à la baisse, à la grande satisfaction de Patrick Jarry, le maire (ex-PCF) de Nanterre (lire ci-dessous). « La vétusté des tours était un frein pour attirer les étrangers. Même si la crise est passée par là, la Défense profite d'un nouvel élan avec des gratte-ciel ambitieux signés par de grands architectes internationaux. Les entreprises anglo-saxonnes, en quête de bureaux, ne regardent plus seulement Canary Wharf », assure Jean-Marc Besson, le responsable de Beacon Capital, investisseur de la tour First. « On sent que le quartier connaît un formidable renouveau. Il nous reste 23 000 m2 à commercialiser dans CB 21 et les demandes sont nombreuses », renchérit Philippe Boyer.
Assurer la qualité des transports en commun
La Défense doit aussi compter avec la concurrence des nouveaux quartiers d'affaires qui émergent dans la périphérie parisienne. Attirés par des loyers moins élevés, les industriels vont voir ailleurs. Ce fut le cas, en 2007, d'ArcelorMittal, qui a installé son siège social à La Plaine Saint-Denis. Ou d'Arkema, qui a déménagé la même année à Colombes. Pour IBM, qui a transféré ses 4 000 salariés en novembre 2009 dans un bâtiment de 42 000 m2 à Bois-Colombes (Hauts-de-Seine), les raisons sont aussi stratégiques. « La tour Descartes ne correspondait plus à l'image d'IBM. Nous voulions des locaux plus aérés, dans des espaces verts, pour favoriser le travail en équipe. Nous avons réalisé des économies en consommation d'énergie », précise Constance Bordes, la directrice de la communication externe d'IBM.
La relance du quartier d'affaires ne repose pas seulement sur la construction et la démolition de tours. L'automatisation en cours de la ligne 1 du métro parisien, qui devrait être achevée fin 2011, ne sera pas suffisante pour garantir une desserte correcte de la Défense. Près de 300 000 voyageurs utilisent, chaque jour, des transports en commun qui devront absorber 15 000 salariés supplémentaires d'ici à cinq ans. Le débat public sur le prolongement de la ligne E du RER, entre la gare Saint-Lazare et le quartier d'affaires, démarre ce mois-ci. La mise en service de cette branche ouest est espérée pour 2020. Et le projet de métro automatique du Grand Paris prévoit une liaison avec les aéroports d'Orly et de Roissy. Seule condition pour faire de la Défense la tête de proue d'une capitale parisienne devenue métropole mondiale.

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