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L'Usine Matières premières

Le saumon norvégien se rêve en rose

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Publié le , mis à jour le 03/09/2015 À 14H36

Conscients des problèmes liés à l’élevage intensif, les Norvégiens testent de nouvelles méthodes pour réduire l’utilisation de produits chimiques.

Le saumon norvégien se rêve en rose © Bremnes Seashore, dans l’archipel de Bømlo, teste un élevage plus responsable.

À une heure de bateau des côtes de Bergen, au sud-ouest de la Norvège, se dresse le petit archipel de Bømlo, perdu au milieu des fjords. C’est ici que Bremnes Seashore a installé une nurserie, des bassins d’élevage de saumons en pleine mer et son principal site d’abattage. Dans cette petite crique ourlée de collines, 7 millions de saumons sont abattus chaque année en moyenne.

Conscient des polémiques récurrentes sur les conditions d’élevage, le groupe familial, l’un des derniers du pays, teste de nouvelles technologies pour réduire l’usage des produits chimiques et améliorer le bien-être des poissons. « Les études montrent que le transfert par pompage des poissons entre les bateaux et les bassins avant l’abattage sont un facteur de stress qui créée de l’acide lactique dans les chairs », explique Simon Nesse Økland, le responsable des opérations de Bremnes Seashore. Dans le port qui jouxte l’usine, le groupe met en place un système de « transfert par pression ». Une immense cuve de rétention a été mise en place sur les abords des quais, reliée par de grands tuyaux souples à un bateau conteneur. Dix millions d’euros ont été investis dans cette installation qui permettra, d’ici à deux ans, de supprimer les systèmes traditionnels de pompage. Une somme importante pour cette entreprise qui réalise 160 millions d’euros de chiffre d’affaires. « Il s’agira d’une première mondiale, affirme Simon Nesse Økland. Nous travaillons sur cette technologie depuis deux ans ». Si elle s’avère efficace, d’autres industriels pourraient l’adopter. Bremnes, qui limite le volume de saumons à 1 % de celui de l’eau dans ses bassins, contre 2,5 % selon la réglementation en vigueur, apparaît comme un cas particulier dans un secteur dominé par des géants mondiaux comme Marine Harvest, Cermaq et Lerøy Austevoll.

Lutter contre la prolifération des poux

La prise de conscience est générale dans la filière pour pratiquer un élevage plus éthique. L’un des principaux points d’amélioration concerne la diminution de l’usage d’antibiotiques au profit de la vaccination systématique. « Nous avons divisé par cinquante leur niveau d’utilisation entre 1987 et 2013 », insiste Ingvild Eide Graff, la directrice de recherche au Nifes, l’institut national de recherche sur la nutrition et les produits de la mer.

Troisième ressource économique de la Norvège (derrière le pétrole et le gaz), la production de saumons devrait encore croître. Les professionnels souhaitent atteindre 5 millions de tonnes en 2050, contre 1,3 million aujourd’hui. Ils ne pourront y parvenir sans avoir résolu le problème du pou du saumon. Présent naturellement dans l’eau de mer, ce petit parasite connu sous le nom de lepeophtheirus salmonis vient se greffer sous les écailles du poisson. Il suce son mucus, mais aussi son sang, entraînant des plaies éventuellement mortelles. « La lutte contre ce parasite est le véritable enjeu. On ne pourra pas augmenter la production si l’on n’arrête pas la prolifération des poux, qui a aussi des répercussions sur les saumons sauvages », estime Geir Lasse Taranger, directeur de recherche à l’Institut de recherche marine de Norvège. Aujourd’hui, les produits chimiques sont encore la seule solution efficace. L’azaméthiphos, la cyperméthrine et la deltaméthrine sont administrés par balnéation, en pleine mer, tandis que le diflubenzuron, l’émamectin et le teflubenzuron le sont par voie orale. « Mais les poux deviennent résistants et des produits de plus en plus forts sont nécessaires », résume Lars Helge Stien, chercheur à l’Institut de recherche marine. Sous la pression des mouvements environnementalistes et du gouvernement, les industriels doivent changer leurs pratiques. Une méthode plus traditionnelle existe pourtant : l’utilisation de poissons nettoyeurs. Mélangés aux saumons dans les grands bassins d’élevage, le labrus bergylta et le cyclopterus lumpus mangent les poux. Mais leur utilisation nécessite une filière amont pour les élever, un coût non négligeable pour les professionnels.

Des systèmes encore expérimentaux

Depuis deux ans, la filière s’est mise en quête de nouvelles technologies pour combattre ces parasites. Une demi-douzaine de solutions sont actuellement expérimentées dans plusieurs élevages. La plus prometteuse est celle du laser. Mise au point par le norvégien Beck Engineering, elle est testée dans des élevages de Marine Harvest. Immergé dans l’eau et doté d’une puissance de 800 watts, il peut brûler un pou en 100 millisecondes, après une reconnaissance de 7 millisecondes. « Les essais ont montré qu’il était inoffensif pour les poissons », souligne Lars Helge Stien. Seul problème, son coût, qui avoisine le million d’euros.

Un autre système plus simple est l’ajout d’une jupe en plastique autour des bassins. Installée sur 20 mètres de profondeur, elle limite l’entrée des poux au sein du bassin, mais réduit l’oxygénation de l’eau. La solution la plus adéquate, également en test, serait un filet ultrafin permettant le passage d’oxygène mais empêchant tout passage des parasites. D’autres techniques font appel à l’eau naturelle. Le groupe Flatesetsun a par exemple travaillé sur un système d’eau à haute pression, utilisé à la façon d’un kärcher. De son côté, Ocea a mis au point un système de passage dans des bains de chaleur à 35 °C. Baptisé Thermolicer, il permet d’éliminer les poux qui ne résistent pas à ce changement brusque de température. Après avoir été testé au Chili, autre lieu important en matière d’élevage, il est utilisé depuis quelques mois par Bremnes Seashore. Si le système a montré son efficacité, les conséquences sur le stress des saumons sont encore peu connues. Les tests devront durer encore plusieurs mois, voire quelques années, avant la démocratisation de méthodes alternatives aux produits chimiques. « Il y a des efforts entrepris par les industriels, mais beaucoup reste encore à faire », constate-t-on du côté de l’ONG norvégienne Bellona. Scrutés par les associations de consommateurs et les ONG, les industriels norvégiens savent qu’ils n’ont plus le choix. Leur passeport pour augmenter encore la production de saumons en dépend.

Par Adrien Cahuzac, à Bergen (Norvège)

Trois technologies d’avenir pour éradiquer les poux


Le laser Développée par Beck Engineering, cette technologie permet d’éliminer les poux en quelques millisecondes. Très prometteuse, elle présente l’inconvénient d’être aussi très chère, ce qui limite son implantation.

La jupe Barrière immergée, elle empêche l’entrée des poux dans le bassin. Cette solution est la moins onéreuse pour l’industriel qui souhaite arrêter ou limiter les produits chimiques. Elle réduit cependant l’oxygénation de l’eau.

Le bain de chaleur Durant quelques minutes, les saumons passent dans un bain d’eau chaude de 35 °C qui tue les poux. Baptisée Thermolicer, cette technologie s’avère efficace, mais ses effets sur le stress des poissons sont encore mal connus.

la norvège, leader mondial

5 milliards d’euros de chiffre d’affaires

1,3 million de tonnes vendues

991 sites d’élevage et 60 sites d’abattage

47 000 salariés

Source : Norge, chiffres 2014

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