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Le risque de récession se précise en zone euro

Publié le

par Robin Emmott

BRUXELLES (Reuters) - L'économie de la zone euro a progressé d'un timide 0,2% au troisième trimestre, soutenue par la France et l'Allemagne, mais les économistes sont désormais nombreux à penser qu'une récession se profile, ravivant les tensions sur les marchés obligataires.

Par rapport au troisième trimestre 2010, le produit intérieur brut (PIB) des 17 pays utilisant la monnaie unique est en hausse de 1,4%, soutenu notamment par une production industrielle étonnamment solide en août.

Ces chiffres sont conformes aux attentes des économistes interrogés par Reuters.

L'Allemagne et la France ont joué leur rôle de locomotive, avec respectivement 0,5% et 0,4% de croissance du PIB, des chiffres qui traduisent une bonne résistance de la consommation des ménages et de l'investissement des entreprises sur la période juillet-septembre.

Mais la crise de la dette pourrait bien freiner ces deux moteurs en minant la confiance des entreprises et des consommateurs dans l'ensemble de la zone euro.

"Le fait que l'économie réelle est tout de même parvenue à tirer son épingle du jeu dans le contexte de l'escalade de la crise de la dette apporte un soulagement", a commenté Martin van Vliet, économiste chez ING. "Toutefois, quand on regarde en profondeur, les choses sont loin d'être aussi roses", a-t-il poursuivi.

Du Nord au Sud de l'Europe, le constat est le même, celui d'une économie qui tourne désormais au ralenti, quand elle ne se contracte pas.

Si la contraction du PIB grec (-5,2% en rythme annuel) était largement attendue, celle des Pays-Bas (-0,3% au troisième trimestre) constitue une mauvaise surprise, tout comme le recul de 0,1% enregistré par la France au deuxième trimestre selon les chiffres révisés de l'Insee.

CONTRACTIONS, TENSIONS

Signe de la nervosité croissante des investisseurs face à la propagation de la crise de la dette de la zone euro, les écarts de rendements entre les obligations françaises, belges et autrichiennes par rapport aux Bunds allemands ont atteint mardi des niveaux sans précédent depuis la création de l'euro.

Le coût exigé sur le marché pour se prémunir contre un risque de défaut sur les obligations françaises, italiennes, espagnoles et belges a parallèlement atteint un nouveau record mardi en raison des craintes des investisseurs de voir la crise de la dette échapper à tout contrôle.

En Italie, le rendement du papier à dix ans a repassé la barre des 7%, un niveau jugé insoutenable sur le long terme, les espoirs soulevés par le changement d'équipe au pouvoir à Rome ayant apparemment fait long feu.

Quant au Trésor espagnol, s'il a emprunté ce mardi sur le marché 3,2 milliards d'euros, ce n'est qu'au prix de rendements sans précédent depuis 1997. Le papier à 12 mois est ressorti à un rendement de 5,022%, contre 3,608% lors d'une émission similaire en septembre.

Un mélange toxique d'inflation, de ralentissement des exportations et d'augmentation du chômage fait désormais craindre à de nombreux économistes une récession en Europe à partir du quatrième trimestre.

La question d'une plongée en récession (deux trimestres consécutifs de contraction de l'activité économique) ne peut encore être formellement posée, mais elle est sur toutes les lèvres.

Le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi, à peine arrivé à la tête de l'institution monétaire européenne, avait lui aussi prédit une "récession légère".

La détérioration des perspectives dans la zone euro pourrait d'ailleurs contraindre la BCE à actionner de nouveau le levier des taux après la baisse surprise d'un quart de point annoncée au début du mois, afin de prêter main forte aux pays du bloc.

Témoignant de la propagation des craintes à l'économie réelle, l'indice ZEW du sentiment des analystes et investisseurs allemands a une nouvelle fois reculé en novembre, son neuvième mois consécutif de baisse.

Nicolas Delame pour le service français, édité par Marc Angrand

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