Le retour en force du bois
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Pour chauffer l'entreprise voire pour fournir de l'énergie aux machines, la biomasse et en particulier le bois deviennent rentables. Zoom sur quelques règles essentielles avant de se lancer.
Les « granulés compressés ». Ce sont la nouvelle coqueluche des propriétaires souhaitant installer un chauffage central dans leur maison individuelle.Ils ont un tel succès pour remplacer le fioul ou le gaz dans les chaudières que certaines sociétés se sont spécialisées dans leur importation... avec un bilan écologique discutable lorsque le combustible est produit à l'autre bout de l'Europe ! En entreprise, sans même parler du côté « coup de pub » d'un projet de développement durable (voir encadré), l'option mérite d'être étudiée pour des raisons économiques. On ne parle plus ici de granulés : trop cher ! Mais de sciure ou de bois déchiqueté, directement utilisables dans des chaudières adaptées.
Les premières entreprises concernées par cette nouvelle manière de se chauffer sont celles qui travaillent le matériau bois. Pour un producteur de fenêtres, de billards ou de tonneaux, il est dommage de payer la mise en décharge de déchets qui peuvent être utilisés comme combustibles et réduire une facture énergétique souvent salée. Pour autant, « la décision n'est pas toujours liée à l'activité », insiste Wolfgang Bauer, dirigeant du fabricant de chaudières Polytechnik. Ce qui compte avant tout est la proximité de la ressource. Faire venir des camions chargés de bois de l'autre bout de la France n'est pas rentable. Mais s'il existe un opérateur local pour vous fournir, vous êtes sur de bons rails.
D'abord les tests, ensuite les calculs
Les industries installées en bordure de forêt ne sont pas pour autant les seules concernées. Car le combustible nécessaire n'est pas forcément du bois. « Si j'ai cent cinquante mille tonnes de noyaux d'olives à proximité, c'est aussi de la biomasse », explique Wolfgang Bauer. La biomasse, c'est l'énergie produite à partir d'un composant organique naturel (ne s'agit-il pas du composant organique naturel, ayant vocation à être utilisé pour produire de l'énergie, et non l'énergie en elle-même ?). La première étape pour une entreprise qui cherche une alternative aux énergies fossiles est donc d'identifier un combustible potentiel de proximité. Si elle ne produit pas de résidus de bois, si la filière locale est mal organisée, peut-être certaines entreprises voisines ont-elles des déchets organiques dont elles cherchent à se débarrasser ?
N'en concluez pas trop vite que déchet est synonyme de chauffage. Tout ne marche pas ! « Certaines espèces d'herbes à éléphant peuvent par exemple être utilisées quand d'autres possèdent trop de chlore, illustre Wolfgang Bauer. Lorsque ce chlore se transforme en acide chlorhydrique, c'est la mort de l'installation assurée ! En fonction des terres, une même biomasse va avoir des compositions chimiques très différentes. »
Après l'étape d'identification de la ressource, il faut donc passer à une phase de test en laboratoire, étape qui peut être assurée par un constructeur. Ensuite seulement vient le temps des calculs.
Pour les entreprises énergivores, le retour sur investissement d'une chaudière biomasse est assez rapide car le prix du combustible est environ deux fois moindre que le gaz et trois à quatre fois moindre que le fioul.
A l'image de la société Lannes (voir l'encadré), beaucoup de serristes ont par exemple franchi le pas. Par rapport à une chaudière classique, il faut en revanche compter sur un investissement initial trois ou quatre fois plus important ! Dans l'industrie classique, le retour sur investissement atteint donc souvent cinq ans voire davantage. « Et cinq ans, c'est une éternité pour l'entreprise » souligne Frédéric Douard, directeur de l'Itebe, l'institut des bioénergies qui fédère tous les acteurs de la filière bois. Reste que l'augmentation du prix des énergies fossiles, conjuguée à une meilleure organisation de l'approvisionnement, pourrait changer la donne. Notamment pour les grands sites qui se lancent dans la cogénération, c'est-à-dire l'utilisation d'une même source d'énergie pour un réseau de chaleur, la pression des machines voire pour la production d'électricité. « Plus l'entreprise est grosse, plus on peut complexifier le système » note Frédéric Douard.
Une solution plus coûteuse en temps
L'offre de combustibles va continuer à évoluer. La France a du retard sur les pays du nord ou sur ses voisins allemands et suisses qui ont compris tôt l'intérêt qu'ils pouvaient tirer de la biomasse. Suite à plusieurs grandes tempêtes, une grande quantité de bois est par exemple en train de pourrir dans les forêts françaises sans que leur énergie soit utilisée. Une réglementation plus contraignante et/ou des incitations pourraient pousser les forestiers à mieux exploiter la biomasse qui dort !
Attention toutefoisDe plus en plus automatiques, les chaufferies bois nécessitent par exemple encore que les cendres soient vidées une fois par semaine. L'entreprise doit aussi s'assurer de la régularité de l'approvisionnement et de la qualité du combustible livré, ce qui demande un travail supplémentaire en comparaison des systèmes gaz ou fioul. Il faut in fine de la place pour installer un gros silo voire un hangar dans lequel sera stockée une réserve de combustible... Enfin un avantage pour les entreprises un peu isolées, qui souvent ne manquent pas d'espace !
Olivier Descamps
En savoir plus :
Le site de l'Itebe propose notamment deux films intéressants sur le bois-énergie.
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