LE RESEAU, BOTTE SECRETE D'EUROFINS

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2965

Prestataire d'analyses biologiques ou chimiques, le groupe Eurofins a misé sur les exigences de sécurité de l'agroalimentaire, la pharmacie et l'environnement. Par une croissance externe très rapide, il a su mettre sur pied un réseau intégré de laboratoires. Une politique qui porte aujourd'hui ses fruits.

Qui sera le prochain laboratoire d'analyse à passer dans le giron du groupe Eurofins Scientific ? Une société brésilienne, espagnole ou chinoise ? Les paris sont ouverts car le groupe français est entré dans sa deuxième phase de croissance externe. Depuis le début de l'année, il a notamment acquis l'entreprise française ADME Bioanalyses (Montpellier), l'allemande Ergo (Hambourg) et la britannique Direct Laboratory Services (Wolverhampton). Eurofins a également décroché l'externalisation du laboratoire d'analyse de Envirolab, du groupe Sita (Pays-Bas). « 15 à 20 millions d'euros par an sont réservés aux acquisitions. Mais désormais il reste peu de laboratoires vraiment intéressants pour Eurofins », lance Gilles Martin, le P-DG du groupe. Qualité des tests, originalité, capacité d'intégration... les prétendants doivent répondre à des critères draconiens. Mais avec cette grille de sélection exigeante, Gilles Martin a constitué un réseau unique en son genre : il est aujourd'hui à la tête de 45 sites d'analyses, présents dans 15 pays. Détection des dioxines ou des allergènes, pharmacocinétique, tests de stérilité... le groupe propose plus de 10 000 analyses. Depuis le départ, la stratégie n'a pas changé d'un iota : enrichir en permanence l'offre de services et étendre géographiquement la présence d'Eurofins. Le temps est loin de la start-up familiale.

Gilles Martin a créé Eurofins en 1987 sur une technologie développée par ses parents, chercheurs au Cnrs (université de Nantes). Commandée par le ministère des Finances pour assainir les pratiques du monde vinicole, cette technologie, baptisée SNIF-NMR, permet de valider l'authenticité de certains aliments (vins, jus de fruits, arômes...), en utilisant la résonance magnétique nucléaire. Elle est d'ailleurs toujours proposée sur le site Eurofins de Nantes. Unique au monde, elle a, dès le départ, permis à l'entreprise d'être en contact avec les groupes internationaux de l'agroalimentaire et de sentir leurs besoins : ils recherchaient des techniques d'analyses fiables et rapides pour authentifier les aliments ou détecter des contaminants. « Avec des usines dans différents pays, les groupes agroalimentaires doivent, pour réaliser leurs analyses, s'adresser à de nombreux prestataires. L'offre de services reste en effet très fragmentée. Conséquence : les résultats ne sont pas homogènes et le suivi compliqué à gérer », explique Hugues Vaussy, directeur financier du groupe.

Pour réussir à offrir une palette d'analyses la plus complète possible et répondre au besoin de rationalisation de ces grands groupes, Eurofins lance une première vague d'acquisitions en 1997-1998 en Allemagne et au Royaume-Uni. Mais il lui aura fallu près de cinq ans pour proposer une offre complète en Europe. « Jusqu'en 1995, il n'existait qu'un seul site Eurofins, celui de Nantes, avec une simple antenne commerciale aux Etats-Unis et au Royaume-Uni », se souvient Hugues Vaussy. Dix ans plus tard, Eurofins réunit plus de 45 laboratoires, avec pas moins de sept sites opérationnels en France. Tous sont des filiales du groupe à 100 %, afin de fédérer réellement les sites et obtenir un réseau intégré. Les laboratoires restent toutefois très indépendants dans leur gestion. La holding ne rassemble qu'une vingtaine de personnes. Pour financer sa croissance externe Eurofins est entré sur le marché boursier français en 1997, réalisant dans la foulée une levée de fonds par an. Une nouvelle étape a été franchie en octobre 2000 avec une seconde cotation à la Bourse de Francfort. Toutefois la famille Martin a gardé le contrôle du groupe : elle détient toujours 51 % du capital.

Une croissance externe menée tambour battant

Au final, malgré des moments difficiles, cette stratégie de croissance externe menée tambour battant a porté ses fruits. « Le marché total mondial des analyses externalisées est de 7 milliards d'euros, Eurofins en est l'un des principaux acteurs », souligne Hugues Vaussy. Il existe certes des concurrents sur chaque type d'analyse, mais aucun n'offre la même palette que le groupe nantais. Pour autant Eurofins ne doit pas s'endormir sur ses lauriers. Quelques laboratoires privés lui ont emboîté le pas. Comme le groupe anglo-néerlandais ALcontrol, qui, fort de plusieurs acquisitions, propose une série de tests aux secteurs de l'alimentaire et de l'environnement. En 2005, son chiffre d'affaires devrait atteindre 130 millions d'euros, alors qu'Eurofins compte en réaliser 200 millions. Le groupe français doit également faire face à la concurrence des laboratoires départementaux, qui, bien que très largement subventionnés par l'Etat, proposent des analyses au secteur privé. « La concurrence est donc faussée », indique Hugues Vaussy. Une épine dans le pied du groupe. Toutefois la France ne représente que 18 % de son chiffre d'affaires.

Une diversification dans la recherche pharmaceutique et l'environnement

La parade d'Eurofins face à ses concurrents ? Une plus large diversification. Très centré sur l'agroalimentaire jusqu'en 2000, le groupe réalise aujourd'hui un quart de son chiffre d'affaires avec les clients de la pharmacie et un autre quart avec ceux liés à l'environnement. Ces deux secteurs ont le même besoin de contrôle des produits, basé sur des technologies le plus souvent communes avec l'agroalimentaire (analyse chimique, biologie moléculaire, etc.). Dans le développement des médicaments, Eurofins s'est lancé dans un ensemble de tests couvrant les étapes de R & D et les essais cliniques : analyse des résidus métaboliques dans le sang, pharmacocinétique... Plus original, l'entreprise investit dans le champ de la pharmacogénomique, autrement dit la médecine personnalisée. Ainsi Medigenomix, filiale basée à Munich, possède un catalogue de polymorphismes : des variations au niveau de l'ADN qui pourraient expliquer la réponse (ou non) d'un groupe de patients à un médicament. L'impact est encore faible sur le chiffre d'affaires mais c'est un axe de développement futur.

Dans l'environnement, Eurofins est surtout présent en Europe du Nord. Le groupe a notamment été désigné, en mai 2002, au Danemark comme le laboratoire national de référence pour l'analyse des eaux et du sol. Dépistage des dioxines et des furanes et autres POP (persistent organic pollutants) sont au coeur des préoccupations de ce secteur. Eurofins analyse ainsi tout ce que nous consommons et tout ce qui a une influence sur notre santé.

Pour répondre à toutes ces demandes, le groupe a triplé de taille entre début 2000 et 2002. Pas simple de gérer une croissance aussi rapide ! Pour avoir le temps de s'organiser et de se structurer réellement, en mêlant présence locale et centres experts mondiaux, le groupe a dû, en 2003 et 2004, brider sa frénésie d'emplettes. « Une phase de rationalisation était nécessaire pour absorber un taux de croissance moyen de 70 % par an », s'exclame Hugues Vaussy. Le groupe a procédé à une analyse complète de son portefeuille et arrêté certaines activités ou contrats non rentables. En un an et demi, à partir de début 2003, une vingtaine de sites ont été fermés, et la plupart des activités ont été transférées sur d'autres sites. Objectif : concentrer au maximum les analyses sur un nombre plus limité de laboratoires et en spécialiser certains sur des techniques pointues.

Une dizaine de sites deviennent ainsi des centres de compétence au niveau mondial, comme le site bavarois pour les services génomiques, avec à la clé un meilleur savoir-faire, à un coût moindre. Car, dans ce type d'activités, l'effet d'échelle est très important. Entre 100 et 1 000 analyses, le coût n'est pas multiplié par 10, mais seulement par 2. Pour monter ces centres de compétences, Eurofins a dû bien évidemment investir : « environ 12 millions d'euros chaque année, depuis 2003 », souligne Hugues Vaussy. Ainsi, le site de Nantes, qui a gardé la validation d'origine des matières premières- le métier historique d'Eurofins - a réalisé en 2003 une extension de 1 700 mètres carrés. Et celui d'Hambourg est regroupé, cette année, sur 5 000 mètres carrés. Il s'agit des deux plus gros centres de compétences du groupe, avec respectivement 150 et 300 salariés à terme. Mais leur expansion devrait en rester là. Car pour le P-DG, la taille optimale d'un site se situe entre 50 et 300 personnes.

Les clients peuvent obtenir le suivi et le résultat des tests en temps réel

Plus qu'un groupe, Eurofins est un réseau, qui fonctionne de façon totalement transparente pour le client et ne doit, en aucun cas, peser sur le temps d'obtention des résultats. Certaines divisions fonctionnent en horaires décalés, avec une logistique d'enfer. Le client obtient ses résultats en temps réel, via des sites internet sécurisés. Une telle organisation a nécessité de gros investissements en informatique. Eurofins a misé sur un système d'information maison, développé par le frère du P-DG, autre fondateur d'Eurofins.

Palette de tests, suivi en temps réel des résultats : la relation client est au coeur du succès d'Eurofins. Et le groupe propose désormais à sa clientèle de sociétés d'intégrer leurs laboratoires internes avec, à la clé, des coûts divisés par deux ou trois. Il vient d'annoncer l'intégration du laboratoire d'analyse de Envirolab du groupe Sita (Pays-Bas). « Une telle décision stratégique prend parfois dix ans à se concrétiser », signale Hugues Vaussy. Deux laboratoires en Scandinavie ont franchi le cap : le Danish Hydrology Institute, laboratoire national de référence dans le domaine de l'eau, et le Biotechnology Institute, dans l'analyse de nourriture. Enfin, en France, c'est CRCB, laboratoire de Glon-Sanders (nutrition animale), qui est passé, il y a trois ans, dans le giron d'Eurofins. « Un mouvement inéluctable », selon Gilles Martin. Et dont sa société compte bien profiter !

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