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"Le referendum grec est une bonne nouvelle"

Par Anne-Sophie Bellaiche - Publié le
Drapeau grec
© fdecomite - Flickr - C.C.

Abraham Lioui, professeur de finances à l'EDHEC explique pourquoi la question du referendum, posé avant-hier par le premier ministre grec M. Papandréou, est une solution de clarification qui loin de remettre en cause la zone euro et son avenir, la clarifie. Pour la Grèce en revanche, la situation est plus compliquée.

L'Usine Nouvelle - La décision du premier ministre Grec de soumettre à referendum le plan imaginé par l'Europe pour son pays a fait l'effet d'une bombe, quel peut-être l'impact de la déflagration ?
Abraham Lioui - En fait, c'est une bonne nouvelle cela permet aux Grecs de prendre une vraie décision et aux dirigeants européens de clarifier la situation. Soit les Grecs acceptent le plan de manière global : le soutien et les efforts. Soit ils sortent de l'euro. C'est la seule question que peut d'ailleurs poser un referendum à ce stade. Il vaut mieux que l'engagement à appliquer l'accord soit connu et décidé en amont plutôt que de faire jouer la solidarité et d'avoir un blocage sur la mise en œuvre des mesures imposés par la troïka au fil de l'eau.

Mais n'est ce pas un échec des dirigeants de la zone euro ?
Je ne crois pas du tout car on a vu que l'Europe a certes mis beaucoup de temps mais elle est arrivé à une bonne solution avec le taux de "haircut", le renforcement du FESF, le système de garanties, la recapitalisation des banques. Si la Grèce dit non au plan : ce n'est pas un défaut de la gouvernance européenne, bien assumée par le tandem franco-allemand, ce sera un défaut de gouvernance des Grecs ou leur choix politique. L'Europe a fait la preuve qu'elle pouvait faire jouer la solidarité de la zone tout en appelant à la responsabilité des Etats. Si les Grecs lui  tournent le dos, c'est une question qui leur appartient. D'ailleurs les marchés ne s'y trompent pas, s'il y a eu un mouvement de baisse hier, il ne s'est pas poursuivi aujourd'hui. C'est donc qu'on a restauré leur confiance. Les choses sont désormais claires.

Quel serait les conséquences pour les Grecs d'une sortie de la zone euro ?
Ce sera le vrai défaut de paiement, la faillite totale, une situation très grave pour les banques grecques  et une dévaluation qui va appauvrir tout le monde. En fait les Grecs ne peuvent pas échapper à l'austérité, mais soit ils le font en bénéficiant d'une certaine solidarité et en corollaire d'un contrôle du FMI et de l'Europe, soit ils décident d'assumer seuls et dans ce cas la situation sera pire et pendant plus longtemps. Pour les banques européennes ce sera un défaut total de la Grèce à assumer. L'exposition des banques françaises est évaluée à 8 milliards d'euro, c'est un ou deux trimestres de résultats, ce n'est pas agréable mais elles ont les moyens d'assumer ce coût.

Mais n'a-t-on trop atteint au sentiment de dignité national en imposant une forme de tutelle à la Grèce ?
C'est vrai, les Grecs sont libre de dire : cette tutelle nous n'en voulons pas. Ils auront gardé leur liberté mais ils en paieront un certain prix. Le peuple peut penser que c'est mieux de quitter l'euro mais ils risquent de retourner au moyen âge.

Peut-on voir un pays quitter l'euro sans que toute la zone n'éclate ?
Oui, parce que le dernier plan a montré que l'Europe était solidaire et se donnait les moyens d'éviter la contagion. De plus, nous n'avons pas encore d'intégration budgétaire dans la zone euro, ce qui rendrait une séparation plus complexe.

Pourtant le taux des obligations italiennes à 10 ans a encore grimpé avant même l'annonce de Papandréou, quand est-ce que cela s'arrête ?
On peut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Je pense que cette hausse est conjoncturelle. Il faut affronter la question italienne mais l'Italie a fait le choix politique de rester dans l'Euro. Elle ne le remet pas en cause, elle sait qu'elle a un problème avec sa dette et elle devra le gérer. Avec l'aide du FMI, du FESF, de la BCE , j'ai confiance dans une sortie de crise.

N'est-ce pas un problème d'avoir justement un italien, Mario Draghi à la tête de la BCE, on pourra l'accuser de partialité si l'institution rachète trop d'obligations de son pays ?
Oui …et si on avait mis un Portugais ou un Espagnol, ce serait la même question. Et si c'était un Allemand, on aurait pu le soupçonner au contraire de manquer de souplesse. La BCE c'est une institution qui a un comité exécutif, des garde-fous. Si Mario Draghi va trop loin, la gouvernance de la BCE et les marchés ne laisseront pas faire.

Donc en fait ce sont toujours les marchés qui sont lucides et ont raison ?
Ce sont eux en tous cas qui ont dit stop au processus d'endettement excessif des Etats. Certes, certains ont récupéré des bénéfices en cours de route, les financiers ne sont pas des philanthropes. Mais ils obligent les Etats à avoir des objectifs et à s'imposer une discipline.

Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche

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