Le PS demande un libre accès au rapport Roussely
Par Ludovic Dupin - Publié le
Le gouvernement a été saisi la semaine dernière par le groupe socialiste à l'Assemblée nationale pour que le rapport de François Roussely sur la filière nucléaire française soit rendu public. Aujourd'hui, le document est, pour une grande partie, classé secret défense.
Alors que la nécessité d’une sécurité absolue en matière nucléaire vient d’être rappelée par la catastrophe de Fukushima, au Japon, des voix s’élèvent pour rendre public, in extenso, le rapport Roussely sur l’avenir de la filière nucléaire française. Ce document émettait des réserves sur les exigences du réacteur EPR de troisième génération conçu par Areva et sur la trop grande indépendance de l’Autorité de sureté nucléaire française (l’ASN).
Petit rappel : en 2009, Abu Dhabi rejette l’offre française de quatre EPR, lui préférant celle du coréen Kepco qui propose des réacteurs de deuxième génération. L’Elysée confie alors à l’ancien Pdg d’EDF François Roussely la charge de rédiger un rapport sur le nucléaire. Après six mois de consultations secrètes des acteurs de la filière traumatisée, le rapport de François Roussely est remis à l’Elysée, mais seule une partie est rendue publique en juin 2010. Le reste est classé secret défense.
Le rapport n’est alors pas très bien reçu par les industriels : il est vide pour les uns, partial pour d’autres, voire contre-productif pour les plus déçus. Certains passages de la synthèse surprennent en laissant entendre que la France en fait trop en matière de sureté. Ainsi il est possible d’y lire : « La complexité de l’EPR résultant de ses choix de conception, notamment du niveau de puissance, de l’enceinte, du récupérateur de corium et de la redondance des systèmes de sécurité est certainement un handicap pour sa réalisation et donc ses coûts. » Ou encore : « En France, il convient que l’Etat définisse un modus vivendi équilibré avec l’autorité de sureté, c'est-à-dire réaffirme le rôle régalien qu’il ne devrait pas abandonner à une autorité indépendante. »
Dans les jours qui ont suivi le séisme nippon, le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, a demandé officiellement au premier ministre François Fillon et au ministre de l’Industrie et l’énergie Eric Besson de rendre public le rapport de François Roussely. « Il n’est pas sain que nucléaire rime avec secret et qu’il faille attendre les fuites dans la presse pour connaître le sens des préconisations qui ont été faite sur l’avenir de la filière industrielle française. C’est la première condition de la confiance » a jugé le député-maire de Nantes.
Pour autant, le gouvernement n’est pas décidé, semble-t-il, à exhumer le sulfureux rapport de son coffre élyséen. Interpellé sur le sujet à l’Assemblée nationale, François Fillon n’a pas pris la peine de répondre. Devant l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques, Eric Besson a, lui, botté en touche, rappelant que le rapport se concentre surtout sur les questions d’export (sic) !
La sureté ne serait-elle qu’une question hexagonale ? Les particules d’iode et de césium en suspension dans l’hémisphère nord depuis les fuites des réacteurs de Fukushima semblent indiquer le contraire.

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