Dossier

La France du numérique : tout le potentiel digital de nos régions

"Le projet 'Paris capitale numérique' se veut complémentaire de Saclay"

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Fleur Pellerin
© Luc Pernom - L'Usine Nouvelle

  Transformation du Conseil national du numérique, mission du comité de filière,  politique de cluster, stratégie pour l’emploi et la formation  et plan numérique 2013… A l’occasion de notre numéro spécial "France du numérique", Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME, à l’Innovation et à l’Economie numérique a répondu à nos questions.

L'Usine Nouvelle - Avez-vous enfin une vision claire du poids de l’économie numérique en France ?
Fleur Pellerin - Le gouvernement vient de publier une étude de l'IGF, qui donne de nouveaux chiffres sur le secteur du numérique. Mais il est difficile de disposer de chiffres agrégés et de mesurer le poids réel de l’économie numérique au sens large,  car cet écosystème présente des modèles d'affaires très différents de ceux de l’économie traditionnelle. J’y distingue  néanmoins deux aspects importants.

D’une part, le "cœur " de la filière numérique : logiciel, internet des objets, calcul haute performance, informatique en nuage ... D’autre part, il y a le numérique au service de la compétitivité, des autres secteurs économiques et du progrès social. Le logiciel embarqué dans l'automobile ou dans les avions, c’est aussi du numérique.

Pour mieux mettre en valeur le dynamisme et le potentiel de ce secteur, parfois méconnu du grand public, il serait utile créer une "vitrine", par exemple une plate-forme qui présenterait des entreprises innovantes, à divers stades de développement, et de toutes les régions.

Que devient le Conseil national du numérique ?
Nous sommes en train de réformer le Conseil national du numérique, son organisation et ses missions afin qu'il soit mieux mobilisé dans le cadre de la stratégie numérique du gouvernement. Sa nouvelle composition sera annoncée fin novembre et fixée par décret. Ce sera un organisme toujours indépendant, mais plus paritaire, impliquant davantage la société civile, les chercheurs, les universitaires, et les producteurs de contenus. Les représentants des associations professionnelles seront quant à eux invités à participer au comité de filière numérique au sein de la Conférence nationale de l’industrie, à laquelle Arnaud Montebourg et moi-même voulons donner un nouvel élan.

Les fonctions et les compétences de chaque instance seront mieux définies : le Conseil national du numérique, sur la base d'un plan de travail annuel, aiguillera le gouvernement dans ses réflexions prospectives et dans la conception des lois et règlements ayant une incidence sur le numérique. Le comité stratégique sera quant à lui moteur dans la structuration industrielle de la filière, la gestion prévisionnelle de l'emploi et de la formation... Bien entendu, la frontière entre ces deux instances ne sera pas étanche, et elles seront souvent amenées à travailler ensemble.

Le Conseil national du numérique, sur la base d'un plan de travail annuel, aiguillera le gouvernement dans ses réflexions prospectives et dans la conception des lois et règlements ayant une incidence sur le numérique.

 

C’est donc au comité de filière de travailler sur les problèmes  d’emploi et de formation?
Le numérique peut être un gisement d'emplois à condition de se doter d'une politique de formation et de qualification adéquate. Mais le problème n'est pas propre à la France. Il y a désormais une compétition internationale de l’intelligence, pour attirer les meilleures compétences, les meilleurs développeurs, les meilleurs graphistes, les meilleurs créatifs. La concurrence n'est plus domestique, mais mondiale.

Pour autant, en France, plusieurs études font état d'une pénurie de 60 000 à 100 000 développeurs. Les profils recherchés couvrent tout le continuum entre les niveaux Bac et Bac +5. Les filières universitaires s'adaptent progressivement, mais ne forment pas suffisamment d'étudiants pour répondre à la demande. C'est un sujet sur lequel je travaille étroitement avec la ministre Geneviève Fioraso car aujourd’hui, c’est surtout le secteur privé qui satisfait les besoins croissants du secteur, avec des écoles comme Epita, Epitech ou l’école de MM Granjon, Simoncini et Niel. Le taux d'offre d’emplois pour leurs étudiants en fin de formation est supérieur à 100 %.

Vous revenez de la côte Est des États-Unis, en rapportez-vous certaines bonnes pratiques ?
Des États-Unis, je reviens avec la conviction encore plus forte que le numérique est une économie dans laquelle la fertilisation croisée, la proximité physique produit les gains d'efficience les plus substantiels. Il faut pousser la logique de grappe, de cluster : c'est tout l'esprit du projet "Paris capitale numérique", que le gouvernement met actuellement en place. Les élus parisiens et franciliens ont fait un travail fantastique avec des incubateurs et des structures d'accompagnement des start-up très nombreuses. Nous voulons aussi créer un endroit où rassembler tous les éléments de l'écosystème d'innovation à Paris ou en proche couronne : les investisseurs en capital, les laboratoires de recherche, l’université, les conseillers en propriété industrielle, etc.

 

Ce projet de cluster  "Paris capitale numérique", c’était déjà l’idée de Saclay ?
Saclay est un très beau projet, centré autour d'un campus et dont l'ambition dépasse le numérique. Le premier ministre vient d'ailleurs de confirmer l'ambition de ce site. Le projet "Paris capitale numérique" se veut complémentaire, et surtout pas concurrent.  Il faudra faire dialoguer les deux sites. Saclay aura besoin d’un relais à Paris et réciproquement. L’idée, c’est d’avoir une circulation entre les deux.

L’autre aspect important dans ce chantier Paris Capitale numérique, c’est qu’il devienne un instrument d’attractivité. Montrer la France comme un pays dynamique, capable de monter ce genre d’écosystème. Et ainsi afficher un visage, qui peut rivaliser avec Berlin, Londres ou New York. La France a de nombreux atouts, mettons les davantage en valeur !

L’autre aspect important dans ce chantier Paris Capitale numérique, c’est qu’il devienne un instrument d’attractivité. Montrer la France comme un pays dynamique, capable de monter ce genre d’écosystème.

 

D’ailleurs, New York a la même problématique que Paris, avec un coût du foncier très élevé, et des pénuries de compétences. Mais la ville a initié sa stratégie numérique dès la crise, pour recycler les ingénieurs de la finance et attirer les entrepreneurs du numérique, en travaillant sur l’aménagement de la ville et sur l’insécurité, notamment dans les quartiers moins chers. C’est un peu notre idée, que d’ouvrir le cluster sur la proche couronne, pour dynamiser et faire de l’aménagement du territoire en périphérie, et avoir des lieux où des jeunes créateurs d’entreprises auront les moyens de s’installer.

Qu’y aura-t-il d’autre dans le plan numérique prévu pour février 2013 ?
Je suis intervenue à ce sujet sous la forme d'une communication en conseil des ministres le 10 octobre. Cette intervention fixe le cadre de travail, qui concerne l'ensemble des membres du gouvernement. Des groupes de travail sont en train d'être mis en place et nous allons demander à chaque ministère de désigner un référent numérique au sein de son cabinet. Chacun doit présenter ses priorités dans son champ de compétences, à la fois en termes d'ambition pour le numérique et de modalités de mise en œuvre. Tout le gouvernement se mobilise pour définir la stratégie numérique du pays. C’est une première !

En février, l’ensemble du gouvernement sera réuni par Jean-Marc Ayrault sur ce sujet, dans un séminaire numérique et une feuille de route, avec la définition d’objectifs opérationnel et un calendrier, sera adoptée pour les quatre années qui suivront. C’est une méthode très ambitieuse, dans laquelle chaque ministre portera des chantiers numériques dans son champ de compétence. Je jouerai un rôle de coordination et de suivi sur l’avancée de ces chantiers. Mais le chef d’orchestre, c’est Jean-Marc Ayrault.

Enfin, pourquoi le plan social d’Alcatel-Lucent semble-t-il si peu émouvoir le gouvernement, alors que le 13 novembre les salariés de la filière télécoms descendent dans la rue pour défendre leurs emplois ?
Bien sur que l'avenir des salariés de cette grande entreprise qu'est Alcatel compte beaucoup pour le gouvernement. Mais, ce qui est compliqué dans le secteur des télécoms, c’est qu’il est en pleine mutation. Du point de vue des opérateurs, l’arrivée du quatrième opérateur a mal été anticipée en termes d’emploi, en tout cas, par le précédent gouvernement. Il n’y a pas eu d’étude d’impact sur l’arrivée de Free Mobile. Même si pour le consommateur cela bien sûr été bénéfique en termes de prix. On a les tarifs les plus bas d’Europe.

Du point de vue des opérateurs, l’arrivée du quatrième opérateur a mal été anticipée en termes d’emploi, en tout cas, par le précédent gouvernement.

 

Du côté des équipementiers, là aussi on a une difficulté. Il n’y a pas eu de vision industrielle, il y a dix ou quinze ans. Et aujourd’hui, on a un marché mondial des équipements très cartellisé, que se partagent Cisco, Ericsson, le seul européen qui tire son épingle du jeu, et le chinois Huawei. Même le chinois ZTE a perdu 80 % de son bénéfice l’année dernière. Alcatel-Lucent aurait pu devenir un acteur mondial. Il a encore des atouts.

Mais il est vrai qu’aujourd’hui, l’entreprise est dans une position délicate en termes de prix et de recherche et développement. Dans le cadre de son plan social de 5 500 personnes dans le monde, dont 1 430 en France,  Arnaud Montebourg et moi souhaitons que la direction opère le maximum de reconversions. Le secteur de l’économie numérique est vaste. Pour la formation, il faut absolument, qu’Alcatel-Lucent fasse un énorme effort, pour que le plan social se fasse dans des conditions satisfaisantes.

Et ce qui nous paraît primordial, c’est de maintenir un maximum de R&D en France. Il est crucial pour ces entreprises de rester à la pointe. C’est comme ça que Huawei a réussi. Ce n’est pas qu’une question de prix. On considère que si l’Etat peut accompagner, c’est en relançant l’investissement et en trouvant des moyens de dégager des marges d’investissement dans la R&D, pour être à nouveau à la pointe technologique. Alcatel-Lucent est bon en IP, en 4G, ils ont un bon portefeuille de brevets, ils ont les Bells Labs. Il faut pouvoir le valoriser.

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3 réactions

Alleek | 15/11/2012 - 08H55

@Makho

Dès qu'on cite des statistiques officielles qui ne plaisent pas à certains lobbies, il y a toujours des gens dans votre genre pour venir expliquer que les services gouvernementaux (DARES, POLE EMPLOI, etc...) s'amusent (avec notre argent) à collecter, consolider et analyser des données qui ne veulent rien dire.

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makho | 10/11/2012 - 03H50

MUNCI, Tu prouves bien que ce genre de stats sont complètement inutiles, il y a les gens qui se déclarent développeurs et les gens dont c'est vraiment le métier.

Si on parlait de cardiologues là tu pourrais sortir ce genre de stats, là les mecs aurait un diplôme pour prouver qu'ils le sont.

Au lycée on m'a conseillé de faire un BTS IRIS car je voulais faire du génie logiciel (veridique, pour eux y'a que ça de vrai à croire les licences et les masters c'est réservé aux médecins, aux profs et aux avocats), donc bon j'imagine les compétences dans ce domaine des gens qui en sortent.

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MUNCI | 08/11/2012 - 21H59

Énorme INTOX de la Ministre la plus "pro-patronale" du Gouvernement Ayrault sur la prétendue pénurie de "60 000 à 100 000 développeurs" en France (rien que çà...). La Ministre préfère se fier à certains "ragots patronaux" (...) plutôt qu'aux chiffres publics de Pole Emploi/Apec : il y a actuellement plus de 35 000 informaticiens au chômage en France (nombre record depuis 2006), dont + de 7000 développeurs immédiatement disponibles sur les sites de Pole-Emploi et Apec.
35 000 chômeurs, cela représente 7% de taux de chômage dans l'informatique. L'ancienneté moyenne des demandeurs d'emploi en informatique est de 9 mois et 1/4 d'entre eux sont des chômeurs de longue durée (sources : Min. Travail), soit la même proportion que pour l'ensemble du marché du travail. Par ailleurs, contrairement aux affirmations chimériques de la Ministre, il y a suffisamment d'étudiants (en volumes) formés aux métiers des STIC par rapport aux besoins de notre marché du travail (nous en avons fait la démonstration chiffres à l'appui).
Fleur Pellerin s'est laissée convertir à "l'idéologie du jeunisme" par les entreprises du numérique (SSII en tête)... c'est inacceptable ! Le MUNCI va ouvrir, dans les jours à venir, le "dossier Pellerin" sur son site et engager des actions d'envergure...

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