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ENTRETIEN Le PDG d’Opel Karl-Friedrich Stracke présente ce jeudi 28 juin son plan pour redynamiser le constructeur allemand. Manfred Wannöffel, chercheur à l’université de la Ruhr à Bochum, revient sur la situation compliquée de la marque au Blitz.
L’Usine Nouvelle - Pourquoi Opel est aujourd’hui dans une situation si compliquée ?
Manfred Wannöffel - Le problème d’Opel vient de General Motors [propriétaire du constructeur allemand depuis 1929, ndlr]. Alors qu’Audi ou Volkswagen jouent sur les investissements dans la technologie et la qualité, GM a adopté depuis 25 ans une stratégie au rabais, de réduction des coûts. Face à des pays comme la Chine et la Corée du Sud, cette stratégie low-cost ne fonctionne pas.
General Motors porte surtout un grand intérêt aux brevets d’Opel car le constructeur est réputé pour le développement des petites voitures et des moteurs, pas à son outil industriel. L’Américain a aussi limité Opel au marché européen, pour favoriser son autre marque, Chevrolet. Opel est donc beaucoup moins présent sur les marchés à forte croissance, à part en Russie. Opel est l’une des marques qui s’en sort le mieux sur ce marché, ce qui a permis jusqu’à présent de sauver l’usine de Bochum.
Le site de production de Bochum est directement menacé de fermeture. Qu’est-ce qui manque à ce site ?
General Motors applique une stratégie globale de concurrence entre les sites de production mais aussi entre les sous-traitants. C’est la même chose chez Volkswagen, mais cette stratégie est régulée par la participation de l’Etat et d’IG Metall au conseil d’administration de VW.
Le site de Bochum peut faire valoir sa flexibilité, en produisant des anciens modèles comme des nouveaux dans la meme usine, et la productivité de ses salariés. La flexibilité se retrouve aussi dans les horaires. Les employés de l’usine Opel de Bochum viennent surtout d’une région avec une forte culture ouvrière.
Ce qui manque vraiment à l’usine, c’est un centre de recherche, en cooperation avec l’Université de la Ruhr, comme sur le site de Rüsselheim. L’université de Bochum travaille par exemple sur les véhicules électriques mais Opel n’a jamais vu l’intérêt de coopérer avec les scientifiques de la region.
La fermeture de l’usine de Bochum serait surtout une décision politique de General Motors, dans un contexte européen de surcapacités.
Bochum joue en troisième division. Dans la chaine de décision, GM et Détroit chapeaute tout, puis vient la direction générale d’Opel, et en Allemagne la maison-mère de Rüsselheim. Bochum n’arrive même qu’au quatrième niveau. Pour sauver Bochum et Opel, il faudrait surtout une solution globale pour l’automobile au niveau européen.









