EXCLUSIF ENTRETIEN Quatre jours après l’annonce d’Arnaud Montebourg d’organiser une table ronde sur l’avenir de l’usine Fralib, Bruno Witvoet, président d’Unilever France, réaffirme sa volonté de ne pas céder la marque Elephant aux salariés, ni de confier des volumes de production en sous-traitance. Il se déclare prêt à discuter d’une "possible cession des machines d’ensachage" en cas de "proposition autonome et viable de refabriquer du thé" sur Fralib. Il souligne également son attachement aux autres usines françaises du groupe, dont plusieurs bénéficient d'investissements importants actuellement.
L'Usine Nouvelle - Que pensez-vous de l’organisation de cette table ronde multipartite à l’initiative d’Arnaud Montebourg ? En quoi consistera-t-elle ?
Bruno Witvoet - Nous avons été contactés par le cabinet d’Arnaud Montebourg pour mettre tout le monde autour de la table avec un médiateur. A partir du moment où l’on parle de la recréation d’emplois, c’est une initiative positive. Toutes les solutions seront exposées, celle du comité d’entreprise SCOP, celle du fabricant de chips Sibell de créer 55 emplois sur le site Fralib, mais aussi celles des cabinets de reclassement Sofred et MTI. Je sais que Sibell a manifesté son intérêt pour acquérir le site auprès de la société immobilière Gounod, propriétaire du terrain. La table ronde devrait avoir lieu cette semaine. Nous avançons avec une volonté d’apaisement. On s’est donné jusqu’à fin juin pour faire appliquer la décision de justice concernant l’évacuation de l’usine qui devait être mise en application au 1er du mois de juin.
Les syndicats attendent beaucoup de ce qu’il sortira de la table ronde. Etes-vous prêt à reconsidérer votre position comme ils l’espèrent, notamment sur la cession de la marque Elephant ?
Avant l’annonce de la table ronde, nous avions indiqué que nous ne donnerions pas la marque Elephant que nous possédons depuis 40 ans. Elle ne sera ni cédée ni vendue. Elephant a toute sa place aujourd’hui dans la stratégie du groupe. Nous n’avons par ailleurs pas de volume de sous-traitance à proposer comme le souhaiteraient les salariés car nous sommes en surcapacité de production aujourd’hui sur les sachets double chambre. C’est pour cette raison que nous allons fermer l’usine de Gemenos. En 2010, Fralib fabriquait 23,6% des sachets double chambre du groupe mais pesait 57,1% des coûts de production de cette activité. Si vraiment il y a une proposition autonome et viable de refabriquer du thé et des infusions sur le site, nous sommes prêts à discuter d’une possible cession des machines d’ensachage, mais sans la marque Elephant et sans sous-traitance de production. Il y a aussi bien entendu le projet de Sibell.
Que proposez-vous aujourd’hui aux salariés de l’usine, dans le cadre notamment de votre troisième plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) ?
Sur les 182 salariés que comptait l’usine en septembre 2010, 79 ont déjà quitté la société fin 2011. 80% de ces derniers ont déjà retrouvé une solution identifiée, pour une bonne partie un poste en CDI ou en CDD, chez Panzani ou Eurocopter par exemple, tandis que d’autres ont créé leur propre entreprise. Il y a aujourd’hui 103 personnes en attente d’une solution. Un congé de reclassement de 12 mois (15 mois pour les plus de 50 ans) à 75% du salaire a débuté pour les salariés licenciés qui n’ont pas accepté le reclassement interne que nous proposions dans un de nos autres sites en France. Il leur permet de se consacrer à 100% à leur recherche d’emploi avec le soutien du cabinet de reclassement marseillais Fraissinet. 400 000 euros seront consacrés à la formation professionnelle. Nous proposons aussi une aide de 20 000 euros pour chaque salarié qui souhaiterait créer son entreprise. Par ailleurs, Unilever va affecter 1,5 million d'euros à la concrétisation d’un plan de revitalisation du bassin d’emploi sur lequel deux cabinets mandatés, Sofred et MTI, ont travaillé. Après une enquête auprès de 550 sociétés, 35 projets ont été considérés comme réalistes et susceptibles de générer jusqu’à 182 emplois locaux, dont le projet de Sibell.
Vous avez fermé plusieurs usines en France récemment, à Dijon, puis aujourd’hui Fralib à Gemenos. Pourquoi ? Doit-on y voir un départ progressif du groupe à cause de coûts de production trop chers par rapport aux autres pays européens ?
Chaque année, nous menons des réflexions au niveau européen sur notre outil industriel pour l’adapter sans cesse aux évolutions du marché et aux attentes des consommateurs. La France a toute sa place dans ce dispositif. Nous employons 1572 personnes dans nos six usines françaises. Par exemple, dans notre usine alsacienne Knorr à Duppigheim, nous avons investi 4 millions d’euros en 2011 et 3,5 millions sont prévus en 2012 afin d’augmenter la production de soupes en briques de près de 20 %. Dans notre usine près de Compiègne, cette année, nous investissons 21 millions d’euros pour accroître de 25 % la fabrication de dentifrices. Nous y rapatrions en effet la production d’une usine des Pays-Bas et arrêtons un contrat de sous-traitance avec un partenaire slovaque. 20 postes en CDI seront créés cette année dans cette usine, en plus des 16 déjà créés l’an dernier.











