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Le Prescott dérape au démarrage

Par PHILIPPE DEROIN - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2987

Prouesse de technologie, l'architecture qui devait rapidement propulser le Pentium 4 d'Intel au-delà de 4 GHz n'a pas tenu ses promesses.

Al'heure des microprocesseurs à noyau double, il est parfois dif- ficile de se souvenir que 2005 devait marquer le triomphe de Prescott, la nouvelle architecture du Pentium 4 - en technologie 90 nanomètres - lancée au printemps 2004. A l'époque, Intel jouait gros : ses Pentium de la génération précédente (Northwood) étaient alors régulièrement dépassés par les Athlon FX de son grand concurrents AMD et arrivaient en bout de course.

Prescott bénéficiait d'atouts considérables : un cache embarqué double, une prédiction de branche améliorée et un nouveau jeu d'instructions, SSE3. Qui plus est, NetBurst - la micro-architecture inaugurée par le premier Pentium 4 - allait être confirmée et pourrait continuer à monter en puissance, au minimum jusqu'à 5 GHz de cadence. Si l'on ajoute une taille réduite, Intel se promettait une puce en or.

Mais le train a déraillé assez vite... Sur internet, les afficionados de micro-électronique avaient dès la fin de 2003 propagé la rumeur que la nouvelle puce dissipait beaucoup trop de chaleur. A la limite de ce qu'un ventilateur et un radiateur conventionnels sont capables d'évacuer. Il aurait fallu des solutions de refroidissement, liquide ou autre, familières aux « gamers » et aux « surcadenceurs » mais difficiles à imposer au grand public. Par ailleurs, Intel - qui s'était lancé dans une bataille au couteau avec AMD depuis plusieurs années - avait choisi avec NetBurst une approche privilégiant les cadences folles. La « vitesse » d'une machine était alors le meilleur argument de vente pour un microprocesseur. Mais pareille approche créait une architecture complexe. Par exemple, pour favoriser les hautes cadences, le Pentium n'en finissait pas d'allonger son pipeline. Là où le pipeline du Pentium 3 avait dix niveaux, le Pentium 4 Northwood en avait 20. Celui du Pentium 4 Prescott passait à 31...

Avec un très long pipeline, le processeur ne pouvait donc pas être très efficace, avant que toutes les applications logicielles ne soient optimisées pour la nouvelle architecture. En conséquence, les premières puces Prescott s'avéraient moins efficaces que les Northwood de cadences similaires. Dans le passé, Intel s'était bien sorti de ce type de difficulté, la complexité de nouvelles puces finissant par payer à mesure que montaient les cadences. Aussi le géant des processeurs pré-annonçait-il des Pentium 4 à 4 GHz, laissant entendre que la technologie pouvait monter beaucoup plus haut. Malheureusement pour Intel, les cassandres avaient raison. Le spectre de la surchauffe confirmait leur tenacité. Sur internet, les sites spécialisés rendaient compte que dans une machine de haut de gamme typique, un Pentium 4 Prescott à 3,6 ou 3,8 GHz pouvait se montrer incapable d'opérer continûment à sa vitesse nominale.

Réalisant que les problèmes promettaient d'être plus sévères que pour les générations précédentes, Intel prenait donc la décision étonnante, fin 2004, d'abandonner son Prescott à 4 GHz et de complètement revoir sa feuille de route, en accélérant la montée des puces à coeurs multiples. Car sans montée en cadence, l'architecture NetBurst version Prescott ne pouvait décoller. Et avec le casse-tête thermique de la nouvelle puce, les cadences se voyaient bridées... Pour l'entreprise de Santa Clara, les progrès des noyaux doubles et des Centrinos lui ont sauvé la mise. Et ironiquement, l'architecture même du Prescott a de l'avenir, puisqu'elle se retrouve dans les noyaux des Pentium D et M.

Il n'en demeure pas moins que les super-puces de 2004 ont raté leur entrée et prouvé qu'une recette éprouvée (affiner la gravure, allonger le pipeline et augmenter les cadences) ne pouvait pas être indéfiniment poussée.

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