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Le plastique végétal pousse dans la Nord

Par DE NOTRE CORRESPONDANTE, GENEVIÈVE HERMANN - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3270

  Une soixantaine de plasturgistes et d'organismes de recherche et d'aide à l'industrialisation font de l'Artois le pôle de la filière des plastiques végétaux. En chefs de file, les groupes Roquette et Mäder.

Le plastique du futur est dans le pré ! Produit à partir de pommes de terre ou de céréales, le plastique végétal pourrait conduire le Nord à devenir le berceau de cette filière. Plus précisément le territoire qui s'étend de Bruay-La-Buissière à Béthune et à Lestrem. C'est là, dans un rayon de 50 kilomètres à l'ouest de Lille, que se concentrent tous les acteurs nécessaires à l'émergence de cette industrie. Elle pourrait générer plus de 5 000 emplois dans les dix années à venir et placer la France parmi les leaders mondiaux de cette nouvelle filière. « Nous bénéficions d'un écosystème unique en son genre en Europe, avec des spécialistes sur toute la chaîne de valeur. Nous avons les ressources pour produire les végétaux, élaborer à partir d'eux les molécules chimiques, transformer celles-ci en matériaux plastiques et fabriquer ensuite des produits avec ces matériaux », résume Olivier Varlet, le directeur général du pôle de compétitivité Matériaux et applications pour une utilisation durable (Maud), basé à Villeneuve-d'Ascq.

La matière première nécessaire à la fabrication des plastiques biosourcés est disponible sur place en quantité suffisante. Le Nord-Pas-de-Calais est en effet la première région de production de pommes de terre en France. On y cultive également beaucoup de blé et de maïs. Des produits aujourd'hui fortement concurrencés sur le marché mondial et qui trouveront, avec cette nouvelle filière, des opportunités de diversification à forte valeur ajoutée. L'un des acteurs de cet écosystème régional, le semencier Florimond Desprez, dont le siège se trouve à Cappelle-en-Pévèle (Nord), l'a bien compris. Parmi les millions de plantes qu'il propose, il sélectionne celles qui « donneront » le meilleur plastique végétal. « Il nous faut trouver les variétés qui répondent au mieux au cahier des charges des plasturgistes, tout en assurant un bon rendement aux agriculteurs », précise Olivier Robert, le responsable R et D chez Florimond Desprez.

Ce travail qu'il mène depuis plus d'un an se fait en étroite collaboration avec Roquette. L'industriel se prépare à fabriquer à Lestrem (Pas-de-Calais) ce plastique du futur au sein de son site historique qui constitue aujourd'hui la plus importante bioraffinerie d'Europe, avec plus de 7 000 tonnes de céréales traitées par jour. Roquette, poids lourd de l'agroalimentaire, produit déjà des plastiques à partir d'amidon issu de végétaux et de ses dérivés. Lancé sur le marché fin 2010, son plastique baptisé Gaïalène contient encore 45 % de molécules issues du pétrole. Mais c'est un premier pas très prometteur. Roquette en a produit 25 000 tonnes sur les douze derniers mois, à Lestrem, dans un atelier flambant neuf. En 2011, le groupe a consacré 10 millions d'euros à ses recherches sur la chimie végétale. Ce qui représente 20 % de son budget total de R et D et mobilise près d'une trentaine de personnes.

« Le Gaïalène sert aujourd'hui à fabriquer des emballages plastiques dont la durée de vie n'excède pas les dix-huit mois. Les molécules sur lesquelles nous travaillons permettront demain de réaliser des pièces techniques destinées aux secteurs de l'automobile et du bâtiment. Nous pensons que ce plastique totalement biosourcé sortira sur le marché d'ici les dix prochaines années », explique Jean Marc Corpart, le directeur plastique chez Roquette. Uni Packaging, fabricant de films plastiques pour emballages alimentaires et industriels, à Averdoingt, au sud de Bruay-La-Buissière, fabrique déjà des films d'emballage avec le Gaïalène. « Nous avons commencé à l'utiliser dès septembre 2010, après avoir été mis en contact avec Roquette par le pôle Maud », précise Franck Caresmel, le PDG d'Uni Packaging. L'équipementier automobile Mecaplast, présent à Libercourt, à l'ouest de Béthune, se serait également engagé dans l'aventure.

Naissance d'un parc technologique

Roquette ne devrait pas avoir de mal à trouver d'autres partenaires. Notamment grâce à l'Action plasturgie Artois Flandres (Apaf), qui porte le pôle d'excellence régional plasturgie. Lancée il y a vingt ans par Artois Comm, la communauté d'agglomération de l'Artois dont font partie Béthune et Bruay-La-Buissière, l'Apaf réunit une soixantaine de plasturgistes. Labellisée « cellule de diffusion technologique » depuis 2008, elle est située à Bruay-La-Buissière, dans un parc technologique où va s'installer le Centre de recherche et d'essais sur les plastiques innovants et biosourcés (Crepib). Ce futur acteur renforcera le développement de la filière des plastiques végétaux sur le territoire. Le Crepib représente un investissement de 12 millions d'euros, financé par l'Europe (50 %), la région Nord-Pas-de-Calais (30 %) et Artois Comm (20 %). Les équipes seront opérationnelles dès mi-2012 dans des locaux temporaires. Elles testeront les plastiques verts avant leur fabrication à grande échelle. « Le Crepib est un centre de recherche public dont la gestion est confiée à une société privée », précise Laurent Sens, son PDG. %%HORSTEXTE:2%

En outre, les industriels bénéficient, au même endroit, des services de deux autres centres de recherche appliquée : le Crepim, spécialisé dans les procédés d'ignifugation, et le CRITT M2A, auquel les plasturgistes peuvent faire appel pour tester les caractéristiques acoustiques et vibratoires de leurs pièces. Sous l'impulsion d'Artois Comm, le parc technologique de Bruay-La-Buissière regroupera bientôt tous les acteurs qui accompagnent l'industrialisation de produits à base de plastiques végétaux. En amont, les ressources sont également présentes. Juste un peu plus loin. À l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) de Lille et plus particulièrement au sein de ses équipes travaillant sur l'amidon et les biopolymères, ainsi qu'à l'École des mines de Douai qui possède une plate-forme collaborative servant à l'analyse des polymères et des composites. « Il y a aussi un pilote industriel chez Roquette et un prépilote chez Mäder », précise Patricia Krawczak, la directrice du département technologies et composites et ingénierie mécanique à l'École des mines de Douai.

Le lillois Mäder, l'un des leaders mondiaux des peintures industrielles, mise beaucoup sur la réussite de cette filière. « Les produits à base de pétrole vont devenir de plus en plus chers et rares. La part des polymères utilisée dans les peintures ne représente que 1,5 % des ressources pétrolières. C'est peu et nous serons donc les premiers à subir les surcoûts. Il nous faut anticiper. Nous produisons déjà des résines agrosourcées à 60 %. D'ici à 2013, nous allons industrialiser des résines 100 % vertes en partenariat avec Roquette et des laboratoires privés. Elles entreront dans la fabrication de nos peintures de décoration à destination du grand public », explique Henri Planeix, le directeur R et D de Mäder.

L'usine de Maroeuil (Pas-de-Calais), où est né le groupe, sera la première à profiter de ce développement, parce que c'est là que sont concentrées les productions de peintures de décoration. « Nous créerons aussi des emplois à Avignon et en Suisse dans nos usines de fabrication de résines », précise Henri Planeix. Si la synergie en Artois et alentour bénéficiera d'abord à ce territoire, ses effets irradieront bien au-delà.

« Roquette veut détenir entre 10 et 30 % de ce marché »

JEAN-MARC CORPART, directeur plastique chez Roquette, un des leaders mondiaux de la transformation de l'amidon.

Combien pensez-vous produire de plastiques végétaux dans le futur ? Les projections à l'horizon 2015 tablent sur un volume de 1,7 million de tonnes de bioplastiques produits sur l'année, en Europe. Ce chiffre monte à 2,5 millions de tonnes en 2020. Notre objectif est de détenir entre 10 et 30 % de ce marché. De quelle surface arable aurez-vous besoin ? La production de 250 000 à 750 000 tonnes de plastiques végétaux mobilisera au plus 2 % de la surface arable de la France. Et la plus grande partie sera concentrée dans le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie, sachant que nous avons tout intérêt à travailler avec des agriculteurs situés non loin de Lestrem (Pas-de-Calais), où se trouve notre site de fabrication. La production de plastique végétal offre aux agriculteurs une opportunité de diversification, notamment aux céréaliers qui souffrent aujourd'hui d'une concurrence mondiale accrue. Que vous apporterait la création de l'Institut français des matériaux agrosourcés (Ifmas) ? L'Ifmas devrait nous permettre d'intensifier les efforts de recherche afin de pouvoir très vite démarrer à grande échelle et mettre sur le marché des produits à des prix compétitifs. C'est un facteur d'échelle. Monter en volume fait baisser les coûts à la tonne. Il faut aller vite.

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Le centre R et D des biomatériaux

S'il est retenu comme institut d'excellence par le Commissariat général à l'investissement, l'Institut français des matériaux agrosourcés (Ifmas) sera détenu à parts égales par le public et le privé. Côté privé, Roquette détiendra la moitié des parts, Mäder 46 %. Le reste sera réparti entre plusieurs acteurs, dont le Centre de recherche et d'essais sur les plastiques innovants et biosourcés (Crepib) et le pôle de compétitivité Matériaux et applications pour une utilisation durable (Maud). La recherche de l'institut, dont le siège serait implanté au sein du campus de Villeneuve-d'Ascq (Nord), s'articulerait autour de trois programmes complémentaires. Le premier aurait pour objet l'optimisation des végétaux, dont serait extrait l'amidon. Le second porterait sur la chimie des monomères et des polymères issus de cet amidon. Le troisième concernerait la transformation et l'industrialisation des polymères en tenant compte de ses applications dans le bâtiment, l'emballage et l'automobile.

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