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LE PLASTIQUE EST DANS LE PRÉ

Par DE NOTRE CORRESPONDANTE, GENEVIÈVE COLONNA D'ISTRIA - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3216
Des usines ultramodernes côtoyant des villages épars : le plein emploi offert sur un plateau.
Des usines ultramodernes côtoyant des villages épars : le plein emploi offert sur un plateau.
© STÉPHANE AUDRAS / RÉA POUR « L'USINE NOUVELLE »

Le saviez-vous ? 40 % de la production nationale de films plastiques sort des usines du plateau verdoyant de Sainte-Sigolène (Haute-Loire). Un miracle économique qui perdure, malgré la crise et les mutations du secteur.

Un ciel chargé qui recouvre la vallée enneigée. Des vaches qui paissent tranquillement une herbe grasse. Et en arrière-plan, des usines. Beaucoup d'usines. Étonnant décor digne des villes à la campagne telles que les rêvaient le dramaturge Henri Monnier et l'écrivain Alphonse Allais. À deux heures de route de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) et une demi-heure de Saint-Étienne (Loire), Sainte-Sigolène, Saint-Pal-de-Mons, Monistrol-sur-Loire et Saint-Romain-Lachalm ne sont que de tranquilles bourgades de quelques milliers d'âmes. Or, dans ce périmètre d'une vingtaine de kilomètres, composé de villages épars, est né le premier pôle de production de plastique souple de l'Hexagone.

Discrètement, 24 heures sur 24, des usines ultramodernes tournent à plein régime pour fabriquer 350 000 tonnes de plastiques extrudés par an, soit environ 40 % de la production nationale. Une soixantaine d'entreprises se partagent le gâteau, dont deux - Barbier et Autobar - se sont hissées parmi les dix premières européennes du secteur. 3 000 personnes vivent du plastique, auxquelles s'ajoutent 5 à 6 000 emplois indirects. Ici, on touche du doigt le mythe du plein emploi.

"On nous a présentés comme des tueurs de dauphins !"

Emballage, suremballage, protection, routage, films étirables, alimentaires, agricoles, sacs de congélation, de grande distribution... Les entreprises locales produisent des centaines de références qui font notre quotidien. « Cette tradition industrielle est née au XXe siècle. La crise du textile a entraîné dans la région une grande période de reconversion. La passementerie a laissé place à l'extrusion souple dès le milieu des années 1950 », précise Jocelyne Duplain, la présidente de la chambre de commerce et d'industrie du Puy-en-Velay et directrice générale de Pichon Plastiques, entreprise familiale créée par son père, et vendue il y a deux ans au groupe Sphere. L'histoire veut que ce soit un ingénieur de Rhône-Poulenc, en villégiature à Sainte-Sigolène, qui aurait suggéré à un entrepreneur local de se diriger sur la voie du polyéthylène.

La plasturgie a remplacé les métiers à tisser par des « boudineuses », ces machines à fabriquer du film plastique au kilomètre. « Cette mutation spectaculaire reste encore relativement méconnue hors du sérail, poursuit Jocelyne Duplain. Sait-on que le Sigolénois est aujourd'hui, au même titre que la Plastic Valley d'Oyonnax (Ain) pour l'injection plastique, le premier centre français de l'extrusion souple ? »

Après tout, qu'importe ! Pour les entrepreneurs, la question n'est pas là. Aujourd'hui, ils cherchent même à éviter toute exposition médiatique inutile. Malgré leur réussite fulgurante, rencontrer les chefs d'entreprise du plateau reste difficile. Les Barbier et autres poids lourds du secteur ont refusé toute demande d'interview. « Il faut nous comprendre. Lorsque Leclerc a décidé de supprimer les sacs de caisse, en 1996, nous avons été présentés comme des empoisonneurs, des tueurs de dauphins ! Du jour au lendemain, nous nous sommes retrouvés sous les feux de l'actualité sans y être préparés. Nous sommes des industriels, pas des communicants », justifie Guy Samuel, directeur commercial de Ribeyron, entreprise familiale de Sainte-Sigolène, dont 80 % de l'activité était alors tournée vers la production de sacs plastiques divers. Leclerc a tué la poule aux oeufs d'or. Depuis cette « année noire », Ribeyron s'est reconverti dans le sac-poubelle fine épaisseur et dans le film technique industriel.

4 à 6 % du chiffre d'affaires dans la R & D

En quelques années, l'offensive contre les sacs sortie de caisse et les nouvelles contraintes environnementales ont forcé les fabricants à réorienter totalement leur production. « La mauvaise image du plastique a porté atteinte à toute la filière, admet Jocelyne Duplain. Pour certains, ces sacs plastiques représentaient 50 à 80 % de leur production. Aujourd'hui, ce n'est plus qu'une activité marginale. Cela nous a obligés à nous remettre en question. »

Le virage des années 2000 force les entreprises locales à investir massivement dans des machines pour partir à la conquête de nouveaux marchés. Ils apprennent à produire autrement, créent des filières de recyclage, travaillent avec des scientifiques du Centre national d'évaluation de photoprotection (Cnep) de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), un laboratoire indépendant chargé d'expérimenter les matériaux de demain. « L'avenir est au recyclage », conclut Guy Samuel.

« Au recyclage et à l'innovation ! précise Françoise Gerardi, responsable du syndicat Elipso, regroupant 130 entreprises de plasturgie. Si les industriels de Sainte-Sigolène ont su résister aux grandes mutations de ces vingt dernières années, c'est parce qu'ils sont d'un dynamisme rare. Ils ont compris que leur salut passerait par des produits innovants. Ils se sont lancés dans des productions de films plastiques beaucoup plus techniques comme des bioplastiques recyclables ou biodégradables pour le BTP, ou les plastiques agricoles, sans oublier le marché des sacs-poubelle. »

Preuve de cette dynamique, le secteur investirait, selon Elipso, entre 4 et 6 % du chiffre d'affaires global dans la recherche et le développement. Les gros comme Barbier emploient à demeure des ingénieurs en charge de découvrir les bonnes formules adaptées au marché. « Ces activités de R et D ont débouché sur des évolutions importantes, précise Barbier, le n° 1 du secteur, sur son site internet. La réduction des épaisseurs avec caractéristiques mécaniques améliorées ou la mise au point de nouveaux produits biodégradables sont, parmi les plus récentes, les plus significatives. » C'est aussi la R et D qui a permis l'arrivée des produits biosourcés (d'origine végétale) et l'allègement des emballages de 70 % en vingt ans.

Pour certains, comme Leygatech, à Saint-Romain-Lachalm - qui emploie 120 salariés pour un chiffre d'affaires de 40 millions d'euros -, la R et D tient un rôle prédominant dans la stratégie globale. « L'an dernier, nous avons réalisé 350 essais avec tests de formulation sur machine, précise Thierry Bonnefoy, le président. Nous ne pourrions pas faire plus, cela représente presque un essai par jour ! Notre but, c'est d'améliorer l'éco-conception de nos produits et la micro-épaisseur. »

Des marges en baisse de 52 %

À force d'acharnement et d'inventivité, le pôle plasturgie de Haute-Loire a donc fini par retrouver des couleurs. Le cataclysme de la fin des sacs de caisse semble digéré. Selon les tendances publiées par Elipso, la crise économique serait derrière. Le secteur annonce + 6 % en volume par rapport à 2009, + 11 % en chiffre d'affaires global, dont une hausse de 14 % à l'exportation pour le premier semestre 2010. 60 % des dirigeants estiment que cette progression devrait se poursuivre en 2011. Parallèlement, malgré le recours au chômage partiel par près d'une entreprise sur dix, les effectifs salariés sont plus hauts de 5 % qu'en 2009 et 17 % des entreprises envisagent d'embaucher.

Tout n'est pourtant pas rose. La hausse des coûts des matières premières a entraîné une réduction drastique des marges, avec un taux en baisse de... 52 % en un an. « Avant, nous avions une marge de manoeuvre confortable, assure le directeur commercial de Ribeyron. Aujourd'hui, nous n'avons plus vraiment de visibilité. » Mais, à la différence de bien des secteurs, la plasturgie auvergnate a toujours su rebondir.

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C'est le nombre de sites de production des 60 entreprises de plasturgie du plateau de Sainte-Sigolène (Haute-Loire).

« Pour recruter, nous avons augmenté les salaires »

THIERRY BONNEFOY, président de Leygatech (120 salariés, basée à Saint-Romain-Lachalm) Les industriels de Sainte-Sigolène ont résisté aux crises de la plasturgie. Comment ont-elles fait ? Dans l'ensemble, les industriels du secteur ont tous des parcs techniques importants, d'une très grande variété de savoir-faire. Le pôle plasturgie de Haute-Loire a sa vraie raison d'être. Il y a toujours beaucoup d'émulation et d'investissements sur place. C'est facile de trouver des talents en Haute-Loire ? Le recrutement ? C'est l'horreur ! C'est une région de plein emploi. Nous devons recruter sur un rayon de 30 kilomètres. Les métiers de la plasturgie ne sont pas assez attractifs pour les jeunes, alors qu'il y a de réelles opportunités. Nous avons beaucoup revalorisé nos rémunérations. Chez Leygatech, depuis cette année, il y a un treizième mois. Et vous restez compétitifs ? Pour être compétitifs et crédibles, nous devrons dans les prochaines années nous trouver plus près du client. Il ne faudra pas hésiter à ouvrir des filiales à l'étranger, comme nous l'avons fait en Pologne en 2009. Le coût du fret sera rédhibitoire pour les entreprises.

Sacs de caisse : qui trouvera la formule ?

À lui seul, il incarne toutes les mutations de la plasturgie. Le sac plastique, distribué pendant des décennies à la sortie des caisses de supermarché, fut longtemps la poule aux oeufs d'or des industriels du plastique souple. Avant de cristalliser toutes les attaques dans les années 1990 et 2000 : polluant, pas recyclable... La production s'est effondrée : 10,5 milliards de sacs de caisse distribués en France en 2002, 1,6 milliard en 2008, selon Eco-Emballages. « La volonté des politiques était de transformer le sac jetable en sac réutilisable, précise le syndicat Elipso. De ce point de vue, ils ont réussi leur coup. On ne reviendra jamais en arrière. » La production des sacs de caisse réutilisables, fabriqués à base de polyéthylène, est devenue presque l'apanage des fabricants asiatiques. Tandis que les fabricants européens et brésiliens planchent sur des sacs plus propres, plus fins, plus solides, biodégradables, compostables, bio-fragmentables ou encore oxo-dégradables. Qui trouvera la formule miracle ?

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