Le plan de Didier Lamouche pour relancer ST-Ericsson

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ST-Ericsson
© morberg - Flickr - C.C.

    En difficulté sur le marché des puces pour téléphones mobiles, ST-Ericsson a lancé le 23 avril un plan de restructuration accompagné d'un accord de partenariat étroit avec STMicroelectronics.  Comment la joint-venture compte remonter la pente ? Didier Lamouche, PDG de ST-Ericsson et directeur général de STMicroelectronics, répond en exclusivité à L'Usine Nouvelle.

L'Usine Nouvelle - En quoi  le  plan de restructuration visant à redresser les comptes de ST-Ericsson est-il différent des précédents ?
Didier Lamouche - Ce n'est pas juste un nouveau plan de restructuration. C'est un plan stratégique de repositionnement en termes de produits. Le marché de la téléphonie mobile est en train de migrer rapidement vers les smartphones, dont la croissance devrait atteindre plus de 25% l'année prochaine. Nous assistons à une redistribution des cartes entre les constructeurs de terminaux. Enfin, prenez le système d'exploitation Android, lancé par Google il y a 3 ans. Qui aurait pensé qu'il détiendrait aujourd'hui 60% du marché des Smartphones ? Face à ces changements, il est normal que nous adaptions notre stratégie industrielle.

Vous envisagez de vous défaire d'une partie de votre R&D. N'est-ce pas suicidaire à long terme ?
Pas du tout. Nous voulons optimiser notre R&D en faisant jouer les synergies entre nous et STMicroelectronics. Pour réaliser un smartphone, il faut deux composants clés : le modem, qui assure l'interface de communication radio avec le réseau, et le processeur d'application, qui gère les fonctions multimédia. Il faut aussi des composants de connectivité sans fil : GPS, Bluetooth, RF, puissance etc. Ainsi que la capacité à intégrer ces composants en une seule plateforme.

Nous avons repositionné notre modèle économique et choisi de recentrer notre R&D sur la partie modem, qui constitue notre savoir-faire historique dans les réseaux mobiles. Et nous avons annoncé un partenariat avec STMicroelectronics pour la partie processeur d'applications, qui lui sera transférée. Ainsi, nous continuerons à développer nos propres plateformes intégrant dans la même puce le modem et le processeur d‘application.

Didier Lamouche - ST-EricssonCette intégration est de plus de plus demandée par les clients pour des gains de place, de taille et de consommation. Pour cela, nous achèterons le processeur d'application à ST sous la forme de propriété intellectuelle. Ce partenariat est bénéfique pour les deux parties. STMicroelectronics poursuit sa stratégie de convergence multimédia et pourra proposer le même processeur d'application pour une large gamme de produits multimédia (téléviseurs, décodeurs numériques, etc.). De notre côté, nous pourrons optimiser notre R&D tout en la maintenant à environ 25 % de notre chiffre d'affaires.

Vous avez Nokia comme client majeur, qui va très mal aujourd'hui. Comment réagir ?
La création de ST-Ericsson en 2009 reposait sur une belle vision consistant à mettre en commun les clients des trois entités à l'origine de la joint-venture dont Nokia de STMicroelectronics, Sony Ericsson d'Ericsson et Samsung de NXP. Mais nous n'avions pas prévu l'affaiblissement de deux de nos clients majeurs.

La part de Nokia sur le marché des mobiles est tombée de près de 40% en 2009 à 25% aujourd'hui. Et en 2011, il a abandonné le système d'exploitation Symbian au profit de Windows Phone de Microsoft, qui était au moment de l'annonce, incompatible avec nos puces. Or, Nokia représentait, selon les années, environ 25 à 35% de notre chiffre d'affaires.

Nous travaillons à remédier à la situation en diversifiant notre base de clients. L'effort commence à porter ses fruits puisque nous équipons les nouveaux Smartphones Xperia de Sony et un Galaxy S de Samsung. Nous motorisons aussi un smartphone de HTC pour le marché chinois et nous espérons gagner d'autres clients asiatiques.

Comment voyez-vous l'évolution de vos résultats financiers ?
Nos résultats dépendront du niveau de succès des nouveaux produits que nous équipons sur le marché.  Mais nous avons de bons espoirs de stabiliser le chiffre d'affaires cette année puis de renouer avec la croissance l'année prochaine.

On murmure que vous êtes à la recherche de partenaires. Où vous en êtes ?
Nous avons déjà un partenariat fort avec STMicroelectronics. Nous sommes ouverts à d'autres pour licencier notre technologie en contrepartie de redevances, partager les coûts de développement, voire, pourquoi pas, nous regrouper si des synergies existent. Nous menons des discussions avec plusieurs partenaires potentiels. Mais à ce stade il n'y a rien de concret.

La barrière d'entrée dans ce secteur devient énorme. Il faut investir 500 millions de dollars par an pour développer la technologie de modem de la dernière génération de mobiles 4G. Et il faut en plus une expérience de longue durée pour appréhender la technologie. Un modem 4G correspond à 10 millions de lignes de code, 10 fois plus qu'un modem 3G.

Quand voyez-vous Ericsson sortir de la joint-venture ?
Je suis confiant dans l'engagement d'Ericsson aux cotés de STMicroelectronics. Ericsson a beaucoup investi dans la joint-venture et continue à nous soutenir. Je ne le vois pas sortir comme il l'a fait de Sony Ericsson. Son engagement s'inscrit dans une stratégie visant à maîtriser toutes les technologies de réseaux jusqu'aux puces modems. Sortir de ST-Ericsson, c'est prendre le risque de dépendre demain des brevets de concurrents, ce qui serait inacceptable.

Propos recueillis par Ridha Loukil

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