ENTRETIEN Le gouvernement doit présenter un plan pour la filière automobile le 25 juillet prochain. Martial Bourquin, sénateur du Doubs, président du groupe d’études sur l’industrie, plaide pour des mesures structurantes. Il a fait part à ce propos de son analyse des dernières mesures annoncées par PSA.
L'Usine Nouvelle - Comment avez-vous réagi à l’annonce du plan de PSA ?
Martial Bourquin - C’est un plan d’une très grande violence. Ce n’est pas possible qu’un groupe ait un plan comme celui-là dans ses mallettes, qu’il n’en parle pas, et qu’il l’annonce comme cela de façon aussi brutale. PSA parle d’une baisse des volumes de ventes, mais si l’on compare ses ventes par rapport à celles de 2008 (avant la prime à la casse – NDLR), le tassement n’est pas de la dimension dont on parle. Les suppressions d’emplois sont davantage liées au rapprochement avec General Motors et aux synergies anticipées sur les achats ou la répartition de la production sur les sites. Et puis on dit que PSA perd 200 millions d’euros par mois, mais on ne dit pas où… Le groupe a dépensé des sommes énormes pour se développer au Brésil, en Russie, et en Chine, des pays qui lui ont coûté cher et qui sont déficitaires.
Qu’attendez-vous du plan automobile qui sera présenté par le gouvernement le 25 juillet ?
Dès qu’il y a un problème économique, on a la foutue manie en France de supprimer les emplois ! Pourquoi n’étudie-t-on pas la possibilité de mettre les gens sur du chômage technique de plus longue durée, de faire davantage de formation et de réintégrer les salariés quand le marché redémarre ? Il faut anticiper les besoins de formation, notamment sur le véhicule intelligent. Le plan auto ne doit pas accompagner la saignée des emplois !
Il doit servir à restructurer la filière et surtout permettre de développer des véhicules qui se rapprochent d’une consommation de trois litres et à faibles émissions de CO2, et cela à portée de toutes les bourses. On ne les voit pas chez nos constructeurs. Nous devons nous déployer sur une production davantage guidée par les facteurs environnementaux. Les Japonais ont pris cinq à huit ans d’avance sur les moteurs hybrides.
Nous devons aussi élaborer une politique de filière pour mettre en grappe les constructeurs et les équipementiers de rang 1 et 2, et "clusteriser" les territoires. Il peut aussi y avoir des mesures de relance, mais pas à n’importe quel prix. La prime à la casse que nous avons mis en place a servi à acheter des petits véhicules dont la plupart sont fabriqués dans les pays de l’Est. La prime allemande a été plus intelligente, assortie de critères en fonction des véhicules achetés.
Faut-il exiger des contreparties de la part des constructeurs ?
Nous sommes en droit d’avoir de la part des constructeurs une politique de développement claire et des contreparties en matière de développement des territoires, et des engagements de maintien de l’emploi. Quand l’ancien gouvernement a accordé des prêts aux constructeurs, il aurait dû demander ces contreparties à quatre ou cinq ans. L’ancien gouvernement a failli.
Propos recueillis par Patrick Déniel









