Le pétrole manque d'investissement
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Trop d'argent dans l'immobilier américain et pas assez dans l'énergie, deux facteurs majeurs de la crise actuelle.
« La principale fonction des marché financiers dans l'économie globale est de canaliser l'épargne et le capital-risque vers les investissements les plus productifs de l'économie réelle », rappelle l'analyste de Merrill Lynch Francisco Blanch, dans la dernière parution de son Global Energy Weekly. De même, l'activité du secteur énergétique est d'accroitre l'offre d'énergie pour accompagner les besoins de la croissance économique globale. Cependant, depuis quelques années la croissance de la production de pétrole n'a pas suivi celle de l'économie.Energy demand growth and global economic growth
go hand in hand in the long run. Low energy supplies are now crippling growth
Pour Blanch, ce retard a été provoqué par un manque d'investissement. Si ce secteur avait été un marché ouvert aux investissements, la situation aurait été bien différente. Illustrant ce point, l'analyste souligne que le prix du gaz naturel est actuellement inférieur de moitié aux Etats-Unis à celui qui est en vigueur en Europe en raison des importants investissements qui ont permis une expansion significative de l'offre sur le marché nord-américain.
Paradoxalement, rappelle l'analyste de Merrill Lynch, les pays émergents, Chine en tête, ont vu leur taux d'épargne s'élever vertigineusement, alors qu'il s'effondrait dans les pays industrialisés qui se sont mis à vivre à crédit comme les Etats-Unis. L'épargne excédentaire asiatique a trouvé le secteur immobilier anglo-saxon pour s'investir, en partie par manque d'opportunité sur leur marché intérieur, mais aussi en raison du manque d'opportunités intéressantes sur les marchés de l'énergie. Le sous-développement des marchés de capitaux des pays émergents et la fermeture du marché de l'énergie ont également dirigé cet épargne vers les marché à revenus fixes les plus liquides, les marchés de la dette des Etats-Unis.
This phenomenon is similar in other emerging markets
where savings have grown excessively large
Ce transfert a permis aux institutions financières américaines d'amplifier leurs actifs et de faire du système financier américain celui qui avait les plus forts ratios d'endettement du monde. Cette épargne a d'abord investi les secteurs de la construction et de l'immobilier aux Etats-Unis avant de déborder vers d'autres pays comme le Royaume-Uni. Résultat, l'Europe, les Etats-Unis et mêmes quelques pays émergents ont aujourd'hui un surplus immobilier et les prix baissent rapidement.
L'énergie en mal d'investissements
Les coûts marginaux de production et d'exploration dans les hydrocarbures n'ont cessé de s'apprécier, souligne l'analyste, rappelant que 70% des nouveaux gisements d'importance se trouve dans des zones offshore à grande ou très grande profondeur. De plus, la disponibilité de main d'œuvre qualifiée, d'équipements et de matières premières a fortement augmenté les coûts d'extraction. Dans le même temps les gisements en activité s'épuisaient rapidement. Pour pallier le manque de ressources traditionnelles, l'industrie pétrolière doit investir toujours plus dans de nouveaux projets alors que les coûts des investissements ne cessent d'augmenter.
Par ailleurs, en dépit de l'augmentation du volume réel des investissements, le fait que la plupart des gisements les plus importants soient aujourd'hui fermés aux capitaux limite l'augmentation de l'offre de pétrole. De plus, en Irak et au Nigeria, malgré l'ouverture aux capitaux, les contextes politiques instables découragent les investissements.
A moyen terme, estime Blanch, le plan américain d'aide aux institutions financières ne devrait pas permettre un redémarrage rapide de l'économie globale. Faire marcher la planche à billet pour maintenir les banques à flot ne va pas entrainer un accroissement de l'offre d'hydrocarbure. L'explosion attendue des deux déficits - budgétaire et commercial - en 2009 pourrait entrainer une nouvelle baisse du dollar, offrant un soutien solide aux prix des commodités. Et dès que l'économie globale va retrouver une croissance normale de son activité « beaucoup plus de dollars chassant à nouveau le même nombre de barils devrait entrainer une nouvelle hausse du brut », conjecture l'analyste de Merrill Lynch.
Daniel Krajka

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