Le pétrole en mal d'hiver
Par Daniel Krajka - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3038A moins de 52 dollars, le prix de l'or noir est au plus bas depuis mai 2005 à Londres et à New York. Le rebond de la demande et l'intervention de l'Opep pourraient enrayer cette chute.
A hiver clément, pétrole en baisse ! Après les sommets du 14 juillet 2006, les prix du baril ont entamé une descente qui a vu tant le brent que le WTI retomber sous les 52 dollars, ayant reperdu un tiers de leur valeur. « Une sévère correction qui ne tient pas compte de la rapide décrue des stocks de brut aux Etats-Unis », s'inquiète Kevin Norrish, analyste chez Barclays Research, soulignant la baisse des importations de brut et l'accélération de la production des raffineries.
Le prix du pétrole n'a plus été aussi bas depuis mai 2005 et le prix du panier de l'Opep est même tombé sous le seuil symbolique des 50 dollars. Ce niveau inquiète l'organisation, Il est « inacceptable » pour le nouveau président, Mohamed Bin Dhaen Al Hamli, également ministre de l'Energie des Émirats arabes unis.
Un hiver particulièrement doux dans le nord-est des Etats-Unis a provoqué une chute de la demande de fioul domestique, entraînant une forte remontée des réserves de l'ensemble des produits distillés.
« Face à la baisse des cours, le cartel semble avoir les mains liées avec un marché qui ne tient guère compte de sa détermination », reconnait le ministre algérien de l'Energie et des Mines, Chakib Khelil. La partie de bras de fer entre Minsk et Moscou « n'a jamais été une grave menace » pour les approvisionnements européens, rassurait le directeur de l'AIE Claude Mandil, constatant l'indifférence des marchés au conflit.
La demande globale de pétrole devrait en 2007 s'apprécier de 1,4 million de barils par jour (b/j), après une augmentation de 0,9 million de b/j en 2006, estime l'analyste Adam Semienski, de Deutsche Bank. Ensemble, les Etats-Unis et la Chine - dont les importations, après avoir reculé de 3,2 % en 2005 ont rebondi de 14,5 % en 2006 - devraient représenter la moitié de la croissance de la demande, l'Asie et le Moyen-Orient assurant l'essentiel du reste. L'offre des pays n'appartenant pas au cartel ne devrait augmenter que de 1,2 million de b/j réclamant, pour équilibrer le marché, une production de 29,6 b/j des pays de l'Opep, soit une modeste baisse de 0,3 million de b/j par rapport à 2006.
L'absence d'évènements géopolitiques significatifs a amené une chute des cours et, en conséquence, une baisse de 4 dollars des prévisions de la banque allemande pour le premier trimestre 2007. « Un meilleur respect des quotas devrait soutenir les cours », parie Adam Semienski, une estimation qui lui permet de réitérer ses prévisions annuelles à 62 dollars le baril.
Le consensus Reuters (enquête auprès de différents analystes) s'établit à 61,7 dollars pour 2007, mais comprend des divergences de 23 dollars entre les plus basses et les plus élevées. Après avoir depuis 1999 régulièrement sous-estimé la hausse des prix du baril (33 % en moyenne) la communauté des analystes énergie pourrait bien cette fois les surestimer, met en garde Michael Lewis, de Deutsche Bank. Une possibilité favorable à la croissance globale et en définitive à la demande de pétrole, pronostique ce dernier.

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