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Le "patron" des DRH rejette la prime de 1000 euros

Par Christophe Bys - Publié le

L'idée défendue par le Président de la République, Nicolas Sarkoy, d'un partage des bénéfices avec les salariés fait débat. La mesure fait même l'unanimité... contre elle. Tant du côté des syndicats de salariés que du patronat. Jean-Christophe Sciberras, président de l'association nationale des DRH nous a précisé son point de vue.

L'homme conteste la modification des règles du jeu, alors que les négociations annuelles obligatoires se terminent. Il propose que la négociation sur la valeur ajoutée se fasse dans un cadre global, en prenant en compte l'ouverture de l'économie à l'échelle mondiale.

L'Usine Nouvelle - Nicolas Sarkozy a dit hier, mardi 19 avril, qu'il ne cèderait pas sur la prime spéciale liée aux dividendes. Quelle est votre réaction ?
Jean-Christophe Sciberras - Dire qu'on ne cède pas, c'est une position défensive. Je n'ai pas rencontré ou entendu un seul représentant des partenaires sociaux qui soutient cette mesure, ce qui doit bien avoir sens. Pour nous DRH, le projet intervient alors que nous venons de finir les négociations annuelles obligatoires (NAO) sur les salaires. On ne va pas les réouvrir maintenant.

Le chef de l'Etat n'est-il pas fondé à exiger des entreprises de faire un peu plus pour les salariés. Nicolas Sarkozy estime qu'ils ont fait des efforts et qu'il est temps de les récompenser. C'est choquant pour vous ?
Dans les NAO, nous avons intégré la conjoncture prévue pour 2011 et les efforts qu'ont fait les salariés. Les taux d'augmentation globaux, en intégrant les hausses individuelles et les primes, sont plus élevés cette année que les années précédentes dans de nombreuses entreprises. Elles se sont donné des marges de manœuvre et c'est bien. Prenant acte de la reprise, elles ont débloqué des budgets pour leurs salariés. Il n'est pas normal de changer les règles du jeu en cours d'année de cette façon.

Vous êtes donc contre un éventuel coup de pouce de Nicolas Sarkozy, en faveur du pouvoir d'achat ?
Ça ne peut pas marcher comme ça. Je ne vous apprends rien : les entreprises françaises ne sont pas seules au monde, elles ont des concurrents. L'argent ne tombe pas du ciel. Toutefois, un débat sur la répartition de la valeur ajoutée au sein de l'entreprise mérite d'être ouvert. Pourquoi ne pas imaginer un rendez-annuel dans l'entreprise pour en discuter ? Ensuite, il faut décider du lieu où cette négociation aura lieu et des parties prenantes à la discussion.

Qu'entendez-vous par là ?
Dans les grandes entreprises, celles qui versent des dividendes, la valeur n'est pas créée uniquement en France. Il faudrait donc imaginer des dispositifs qui associent tous les salariés. La question de la répartition doit être posée dans un cadre supranational, européen par exemple.

Poser la question dans ce cadre, c'est un moyen de botter en touche non ?
Un certain nombre d'entreprises ont d'ores et déjà eu ce type de débat, à commencer par celle pour laquelle je travaille (Rhodia NDLR). Au cours de la réunion du comité restreint du comité d'entreprise européen, la question de la part affectée aux dividendes et de la politique suivie a été posée. Certains groupes ont conclu des accords de profit sharing au niveau global.  Ne restons pas derrière nos frontières hexagonales. Dans un monde global, la répartition ne peut pas se faire qu'au seul bénéfice des salariés travaillant en France.

Vous reprochiez à la mesure envisagée de brouiller les résultats des NAO qui se terminent. Est-ce à dire que, si la mesure s'appliquait en 2012 et prévoyait un deuxième rendez-vous, vous la soutiendriez ?
Si les entreprises avaient anticipé le deuxième rendez-vous que veut créer le président de la République, il est probable que les résultats des NAO n'auraient pas été les mêmes. Les entreprises auraient réfléchi à la manière d'allouer leur budget d'augmentation entre salaires et primes.

Quoi qu'il en soit, je ne crois pas qu'il faille deux rendez-vous. Pourquoi ne pas élargir le champ du rendez vous des NAO en y intégrant l'intéressement ? Mais je ne suis pas sûr que les syndicats seraient favorables à cette mesure et c'est dommage.

La participation et l'intéressement sont-ils de bons outils pour lier les revenus des salariés à la performance ? Faut-il en créer de nouveaux ?
Le mode de calcul de la participation est très mécanique, ce qui n'en fait pas un outil très performant. L'intéressement est un bon outil, mais il est très franco français : il consiste à distribuer une partie du résultat à des salariés qui n'en ont fait qu'une part. Quand l'intéressement a été créé, l'économie était beaucoup moins mondialisée. Il faudrait adapter ses outils à la réalité des groupes aujourd'hui, plutôt que de créer soudainement une nouvelle prime.

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