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Le pari fou du PC à bas coût

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le

 

Des PC plus simples et surtout beaucoup moins chers...
C'est possible grâce à Linux et à la technologie de mémoire flash. Les outsiders du marché multiplient les offres. Les géants


C'est une petite révolution dans le monde informatique grand public. Depuis le 23 janvier, un ordinateur por table à moins de 300 euros est disponible en France. C'est le fabricant taïwanais Asustek qui relève le défi. Lancé en Asie en octobre 2007 et dans les pays anglo-saxons occidentaux en novembre, son modèle EEE PC a été écoulé à 380 000 exemplaires. En 2008, le fabricant compte en vendre 500 000 en France et 5 millions dans le monde.
Mais pour passer de 500 euros - prix actuel minimum pour un notebook - à 300 euros, Asustek a dû réduire la taille de l'écran à 7 pouces (17,8 cm de diagonale), remplacer le disque dur par une mémoire flash de quelques gigabits et opter pour un processeur à 600 Mhz et 512 Mo de mémoire vive. Une configuration suffisante pour faire tourner le système d'exploitation open source gratuit Linux, installé à la place d'un traditionnel Windows, gourmand en ressources et payant. « L'EEE PC n'est pas un PC ultraportable, mais un terminal d'accès internet destiné aux néophytes de l'informatique », précise Thomas Franchi, le directeur du marketing d'Asustek en France. Son slogan : « L'internet facile, partout, pour tous ».

Linux pour les nuls !

Un comble ! Alors qu'il est impossible de trouver un PC sous Linux sur les rayonnages des grandes enseignes - les fabricants affirment qu'il n'y a pas de demande et que Linux est trop compliqué - le système d'exploitation open source serait l'idéal pour équiper les « PC pour les nuls ». Pourquoi ? Linux est gratuit. Surtout, il peut être modifié et personnalisé pour développer des machines avec des interfaces adaptées aux publics visés. Seule contrainte, il faut publier ses développements pour que toute la communauté en profite.
Le grand public pourrait donc utiliser Linux ? Asustek n'est pas le premier à en faire le pari. Substantiel, start-up française créée en 2002, a développé l'Ordissimo, un ordinateur pour débutants doté d'un système d'exploitation basé sous Linux et dont les mises à jour sont automatisées. Il peut être testé pendant trois mois pour 79 euros, puis loué 9,95 euros par mois ou acheté. Lancé en septembre 2005, il est aujourd'hui distribué dans 250 points de vente des enseignes Darty, Digital et Boulanger. Mais à l'achat, les prix des Ordissimo rattrapent ceux des PC traditionnels, notamment dans leur version portable. « Il est impossible d'acheter un PC sans Vista auprès des fournisseurs chinois », explique Christophe Berly, le cofondateur, qui distribue quelques centaines de machines par mois.

Un pc préinstallé

Sur la même idée, Neuf Cegetel a décidé de marier intimement PC et connexion réseau haut débit par ADSL. Son offre EasyGate consiste en la fourniture d'un PC design avec clavier et souris (l'écran étant en option) pour 99 euros et d'un abonnement de 9,90 euros par mois pour n'avoir plus à s'occuper de rien. L'ordinateur est, en effet, livré préinstallé avec plus de 80 logiciels open source. Toutes les mises à jour logicielles et la maintenance sont effectuées automatiquement en ligne par l'opérateur. Ainsi verrouillé, le système est protégé des virus et des maladresses. Pour la conception de la machine, Neuf a étroitement travaillé avec le soustraitant électronique français Asteel (lire page 67). « Nous positionnons l'EasyGate comme un deuxième ordinateur pour la maison, plutôt destiné aux enfants afin qu'ils ne mobilisent pas le PC familial. Nous avons même lancé une version indépendante de l'offre d'abonnement Neuf », affirme Frédéric Charlier, le père du projet chez l'opérateur télécoms. 92 % des utilisateurs seraient satisfaits, mais Neuf Cegetel ne communique pas leur nombre.

Les nouveaux entrants ciblent l'enseignement

Difficile de percer sur ce marché émergent des NetPC. Surtout qu'à défaut d'assurer d'importants volumes aux fournisseurs chinois, les machines proposées au public restent chères (300 euros sans écran, clavier ou souris) comparées à un portable de grande marque suréquipé. Les nouveaux entrants, comme DomoBox avec son Ordipost Zen ou Feelnet, ciblent donc plutôt le marché de l'enseignement avec des solutions plus faciles à entretenir et moins fragiles qu'un PC sous Windows. Linutop, qui fabrique ses PC sous Linux en Estonie, mise, lui, sur la basse consommation de son système pour s'imposer, dans des applications professionnelles.


Vers un PC à 100 euros

Nicholas Negroponte du MIT avait promis un PC à 100 dollars pour les élèves des pays émergents. Las, les contraintes de fabrication, lancée en novembre 2007, ont porté le prix du PC XO du programme One Laptop Per Child (OLPC) à 188 dollars. L'ONG a donc dû imaginer un programme de financement par les pays occidentaux sur le principe d'un PC acheté (400 dollars), un PC offert. Avec un certain succès, mais cela risque de ne pas être suffisant pour satisfaire toutes les demandes. Ce qui laisse le champ libre aux projets concurrents comme le Classmate d'Intel, qui préfère ne pas afficher de prix ferme ou le Tianhua du fabricant chinois Sinomatic, un portable à 250 dollars pour les écoles primaires du pays. Il serait possible de faire mieux. L'ex-directrice technique de la fondation OLPC, Mary Lou Jepsen, prétend pouvoir concevoir un ordinateur à 75 dollars (100 euros), en adoptant des matériaux encore moins onéreux. Pour l'heure, sa start-up Pixel Qi va d'abord commercialiser sa technologie d'écran à faible consommation d'énergie qui bascule d'un affichage couleur en mode monochrome en fonction de l'intensité de lumière, développé pour le XO.




Google pourrait changer la donne

Pour faire encore baisser les prix, l'abonnement est donc la meilleure solution. Exclusivité mondiale, en France l'EEE PC d'Asus est vendu 200 euros chez SRF avec un abonnement à la 3G de vingt-quatre mois. Aux Etats-Unis, Zonbu, startup californienne créée par deux français, teste la vente d'un PC à 99 dollars avec un abonnement de 12,95 dollars par mois pour disposer d'applications en ligne et d'un espace de 25 Go de stockage.
Mais Google pourrait changer la donne ! Le fabricant Everex vend chez Wal-Mart un ordinateur de bureau à 199 dollars et lance le 25 janvier un portable avec disque dur à 399 dollars, le Cloudbook. Les deux machines tournant sous un OS Linux développé par Google, le GOS. Les leaders du marché du PC, HP, Dell, Acer, Lenovo ou Toshiba, eux, se contentent d'observer et limitent Linux au monde professionnel et encore, timidement. Pour combien de temps ?

Aurélie Barbaux

Ce que nous avons conçu n'est pas un PC.
Trois questions à Gilles Benhamou, PDG d'Alsteel France

Vous fabriquez pour Neuf Cegetel le PC familial EasyGate. Quelles en sont les contraintes industrielles ?
Attention. Ce que nous avons conçu n'est pas un PC, c'est un nouveau concept de « box » intelligente qui profite du haut débit pour décharger les utilisateurs des contraintes de mise à jour et de maintenance. Tout se fait automatiquement en ligne. C'est comme pour le Minitel. S'il a duré si longtemps, c'est qu'il n'y avait rien à toucher sur le poste. Outre la partie logicielle 100 % open source, l'originalité technique de l'EasyGate réside sur sa carte mère, sur laquelle sont assemblés automatiquement près de 1 500 composants. C'est ce qui nous permet de tenir les prix. Nous assurons aussi la fabrication de la coque.

Ce concept est-il viable ?
Je suis bien sûr convaincu que c'est un marché d'avenir, notamment pour les écoles, où les enseignants n'ont pas forcément la formation pour entretenir des PC. Le succès risque de ne pas venir de France mais des pays émergents. Dans ce cas, nous changerons le module ADSL pour du Wimax.

Pourriez-vous produire, comme Asustek, un portable à moins de 300 euros ?
Pourquoi pas. L'EEE PC n'est qu'un portable dépouillé. Nous avons des ressources en Chine. Le problème se situe au niveau du sourcing des composants. Il faut être crédible auprès de fournisseurs et les assurer d'un volume suffisant.

 

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