Le pari de l'écoconception
Par Camille Chandès et Marion Deye avec la rédaction - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3075Malgré les initiatives industrielles et la mise en place de programmes de soutien publics, l'écoconception décolle lentement en France.
A défaut d'être largement répandue, l'écoconception est promise à un bel avenir. « Ceux qui offriront des produits plus sobres en énergie, en transport... seront les écogagnants », pronostique Jean-Louis Borloo, le ministre de l'Ecologie. Annoncée il y a dix ans, l'écoconception consiste à prendre en compte la protection de l'environnement tout au long de la vie d'un produit.
Une poignée d'industriels a relevé le défi. D'abord, parce que les réglementations les y poussent. Comme le secteur automobile, qui est soumis à la directive VHU (Véhicules hors d'usage). Ce texte impose, depuis 2006, aux véhicules neufs mis sur le marché d'être recyclables à 85 % (95 % en 2015). Il prévoit aussi l'élimination des métaux lourds (plomb, cadmium...). Et invite les constructeurs à faciliter le démontage, le broyage et le recyclage dans la construction des véhicules.
Ensuite parce que les entreprises ont compris que concevoir « écolo » offrait des opportunités : économie de matières premières, amélioration des procédés de fabrication. Mais aussi valorisation de l'image de l'entreprise et argument marketing de poids à l'heure où l'environnement est un sujet de préoccupation croissant des consommateurs. Parmi les derniers exemples en date, Lafuma a lancé sa troisième génération de chaussures de randonnée écoconçue avec des matières renouvelables comme le caoutchouc naturel et le chanvre. Rowenta (groupe Seb) a imaginé l'aspirateur Shock Absorber à partir de polypropylène expansé lui conférant légèreté et résistance (voir « L'Usine Nouvelle » n°3029). Le fabricant de pompes à chaleur Sofath a, quant à lui, fait appel à un cabinet de design pour reconcevoir la forme de l'une de ses pompes à chaleur. Cette opération lui a permis d'économiser 30 % de matières premières.
L'idée de l'écoconception fait doucement son chemin dans les fédérations professionnelles. L'Union nationale des industries françaises de l'ameublement (Unifa) la défend depuis plusieurs années. Ses adhérents ont mis en place des solutions facilitant le transport (meubles démontables, emballages réduits et livraison optimisée). La thématique commence aussi à transcender les frontières des secteurs. A l'image du cluster CREER (Club de recherche excellence en éco-conception et recyclage) lancé en avril 2007. Les entreprises membres, grands groupes pour l'essentiel (Renault, Plastic Omnium, Areva, Seb ou encore Steelcase), se retrouvent pour échanger leurs bonnes pratiques sur les matériaux, l'assemblage, la démontabilité... « Ce club multisectoriel a pour avantage, par rapport aux fédérations, d'éviter les problèmes de concurrence entre les interlocuteurs. Nous échangeons donc de manière plus transparente », explique André Malsch, le président de CREER et responsable des initiatives de développement durable chez Steelcase.
Les initiatives françaises encore timorées
Les institutions se penchent également sur le berceau de l'écoconception. En 2004, un programme de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a permis de soutenir 18 projets pour un montant de 3 millions d'euros, financés pour moitié par les industriels. Cinq produits sont aujourd'hui commercialisés. L'agence réédite l'opération avec une dotation analogue. En novembre, un nouvel appel à projets devrait permettre de financer près de 25 nouvelles initiatives. Ce qui reste peu.
D'autant que les tentatives françaises restent parfois timorées, comparées à celles rencontrées hors des frontières. A l'image de l'américain Interface Flor, spécialisé dans les revêtements de sol textile modulaires. La société a décidé au milieu des années 90 de supprimer tout impact lié à son activité sur l'environnement d'ici à 2020. Au-delà de la chasse au gaspillage, de l'utilisation d'énergies renouvelables ou de reconception de produits moins consommateurs en matières premières, toute l'organisation de l'entreprise a été repensée. Dernière initiative en date : Interface Flor va jusqu'à faire calculer et compenser à ses salariés les émissions de CO2 produites dans le cadre de leurs déplacements quotidiens. Les fonds récoltés permettant de financer des projets tels que la reforestation en Ouganda ou l'isolation des maisons au Pakistan... De l'écoconception à l'échelle de l'organisation !
un levier incitatif doit voir le jour
Les associations écologiques confirment le retard de la France. Le constat de France Nature Environnement est sans appel : les produits écologiquement corrects sont bel et bien marginaux. « Il faut écoconcevoir toute notre consommation. Ceci ne pourra se faire que si un levier incitatif de type écocontribution voit le jour », expose Nathalie Villermet, la res- ponsable Déchets et industries de l'association. Une proposition qui a peu de chance de susciter l'enthousiasme des industriels...
L'évolution du comportement des consommateurs pourrait en revan- che être décisive. Avant cela, il fau- dra réduire l'écart de coût entre les produits écoconçus et ceux qui ne le sont pas ou instaurer un étiquetage permettant au consommateur de comprendre pourquoi il peut être amené à payer plus cher. « C'est vrai qu'il y a une difficulté à reconnaître les produits écoconçus. Il faudra mettre en place un étiquetage clair. Ce sera sans doute un élément clé pour faire basculer le marché », juge Michèle Pappalardo, la présidente de l'Ademe.











