Le parapétrolier devra être moins gourmand
Par G. M. - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3137On s'arrachait ingénieurs d'études, constructeurs de plates-formes en mer et loueurs de matériel de forage. Ces entreprises doivent maintenant s'attendre à ce qu'on les sollicite un peu moins. Et elles devront réduire leurs tarifs.
Nous avons encore largement de quoi nous occuper. » En présentant ses comptes 2008, le 23 février, Dominique Bouvier, le PDG d'Entrepose Contracting, s'est montré rassurant sur le carnet de commandes de cette filiale du groupe Vinci, spécialisée dans la construction d'ouvrages pétroliers et gaziers. Mais il sait qu'il ne pourra plus facturer ses clients à prix d'or. Le cours du brut est retombé et les pétroliers demandent à leurs fournisseurs de réduire les frais. « Comme on ne va pas baisser les salaires ni rogner sur la sécurité et la qualité, on va redimensionner nos chantiers en "phasant" les projets si le client le souhaite. En clair, là où on nous demandait de faire 100, on fera 80 dans un premier temps et 20 dans une deuxième phase », explique Dominique Bouvier, en s'appuyant sur le projet retardé du train de liquéfaction de gaz n° 7 sur l'île de Bonny, au Nigéria. A l'image de ce constructeur, tous les corps de métiers sont amenés à se serrer la ceinture, un vrai renversement après des années d'inflation à deux chiffres.
Les géants Schlumberger, Baker Hughes ou Halliburton ont prévu des plans de réduction d'effectifs. Idem chez CGG Veritas. Le spécialiste franco-américain de la géophysique annonce une diminution de sa « structure de coûts » et de ses investissements en écho aux « 10 à 15 % » de baisse prévus en 2009 par les compagnies pétrolières. Mais il ne recense cependant qu'une seule annulation de contrat. De son côté, le norvégien Aker prévoit, lui aussi, d'être prudent malgré un carnet de commandes bien garni (58 milliards d'euros).
Selon Thierry Pilenko, le PDG de Technip, il n'y pas de péril en la demeure. « Le montant des projets a commencé à diminuer, ce qui en rendra un plus grand nombre viable à 40 dollars le baril », observe le patron du géant français du parapétrolier. Pour lui, la chasse aux coûts passera aussi par un changement de design des projets. « Ils seront moins orientés vers la rupture technologique », estime-t-il. Plus de mesure en somme.
LA BAISSE DU PRIX DES MATIÈRES PREMIÈRES
Deux autres éléments devraient concourir à ce que cette chasse aux économies porte ses fruits. Le premier est le recul du prix des matières premières, qui va se répercuter sur le prix des équipements avec un décalage de six mois. « Les prix de l'acier des pipelines, du nickel des structures en Inox, celui du plastique des tubes ou du fioul des bateaux ont diminué. Nous allons en voir bientôt les effets », estime Dominique Bouvier. Sous l'effet notamment de la baisse des prix, le fabricant de tubes en acier sans soudure Vallourec prévoit des recettes en recul de 5 % au premier trimestre.
Le deuxième facteur est la plus grande disponibilité des équipements lourds (plates-formes, navires...). « Le planning des projets était jusqu'à maintenant dicté par celui des équipements. Or, ceux-ci étaient très convoités. En pleine surchauffe, les loueurs ne se sont pas gênés pour augmenter leurs tarifs. En trois ans, le prix journalier d'un bateau a triplé pour atteindre 650 000 dollars ! », relate Jean Ropers, le président du Groupement des entreprises parapétrolières et paragazières (GEP). Aujourd'hui, la fièvre est retombée. Tout comme sur les équipements plus modestes qui faisaient aussi défaut (pompes, vannes, etc.).
A côté de ces évolutions conjoncturelles, subsistent des éléments structurels. Ainsi, même si les salaires et le coût de l'heure d'ingénierie ont stoppé leur course folle, l'offre de main-d'oeuvre reste inférieure à la demande. Le GEP relève un déficit de formation. « Les vitesses de forage ont baissé de 30 à 40 % en raison d'un défaut de supervision : on prenait le premier engin qu'on avait sous la main, sans personnel suffisamment formé », regrette l'organisme.
Si la productivité est à améliorer, la standardisation doit être développée : « En copiant-collant le design d'un projet à l'autre, le coût serait moindre. Mais chacun y va de son riser - vertical, horizontal, souple, rigide - ou de ses propres FAT (Factory Acceptance Tests). Pour une vanne, le cahier des charges à respecter en termes d'usure ou de vieillissement varie d'un donneur d'ordres à l'autre, ce qui renchérit les coûts », explique Claude Berbigier, l'ancien directeur du GEP.
Pour les PME, les réductions de coût font déjà partie du quotidien. Avec le relatif ralentissement des affaires, elles se tournent vers l'innovation. Ainsi, Techlam (60 salariés), basée près de Mulhouse (Haut-Rhin), a revu sa technologie de conception des connecteurs de risers pour des projets en eau profonde pilotés par Acergy ou Saipem. « On économise sur le design. Nous avons réorganisé l'assemblage des composants forgés et chaudronnés dans les connecteurs, en utilisant des forgés plus petits, plus rapides à livrer », note Olivier Moog, le directeur des programmes offshore.
LES SOLUTIONS PASSENT PAR LES BUREAUX D'ÉTUDES
Changement de design, c'est aussi le maître mot de Courbis, une société qui fabrique des systèmes d'amortissement en élastomère pour les plates-formes. « Il ne sert à rien de baisser les prix en rognant les marges. La solution se joue au niveau du bureau d'études, explique Hervé Courbis, son PDG. Au lieu d'un amortisseur piloté très complexe, l'une de nos innovations repose sur une pièce de polyuréthane qui fait office à la fois de guide, de ressort et d'amortisseur. »
Du côté des ombilicaux, ces tuyaux qui acheminent les fluides et l'énergie nécessaires au fonctionnement des engins de forage, il y a aussi à gagner depuis l'arrivée des commandes électriques en lieu et place des commandes hydrauliques. Pour faire fonctionner l'arbre de Noël (l'ensemble de vannes montées au fond de la mer sur le puit), plus besoin de gaine complexe avec un tuyau pour l'huile, un autre pour les inhibiteurs de corrosion, etc...
Et à moindre complexité, moindre coût. C'est le pari de Cameron, basée à Béziers (Hérault) et spécialiste des systèmes de connexion et de câblage sous-marin. Elle travaille sur les déperditions de courant le long des câbles, ce qui pourrait entraîner la généralisation de la commande électrique. Ralentissement ou pas, le parapétrolier n'en a pas fini d'explorer de nouveaux territoires. .

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