Le papier électronique affiche ses prétentions
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
De multiples procédés sont sur les rangs. Maîtrisés, ils ouvriront la voie à de nouveaux objets communicants.
Concilier les capacités de stockage de l'électronique et le confort de lecture du papier classique : si le challenge du papier électronique - encore baptisé « e-paper » - est de taille, ses avantages sont certains. Il s'affranchit des contraintes de l'affichage électronique classique, comme le rétro-éclairage, la rigidité ou encore une consommation électrique non négligeable. Surtout, il ouvre la voie à de nouveaux objets communicants, du livre électronique aux posters.
Mais ses avancées sont encore mo-destes. La société américaine SiPix vient de réaliser pour le fabricant de pavés numériques Silitech un « keypad » que l'on pourrait trouver sur un téléphone mobile. Ses touches changent d'affichage de façon dynamique grâce à une couche de papier électronique. Quelques mois avant, elle avait aidé A-Data à fabriquer une mémoire flash sur laquelle est placée une bande de papier électronique indiquant en temps réel l'espace restant sur la carte.
Des applications variées
> Lecteur de journaux (système proposé par « Les Echos » pour son édition électronique) et de livres électroniques.
> Afficheur intégré aux cartes à puce.
> Ecran de téléphone portable.
> Affichage publicitaire ou informatif dans les lieux publics.
> Posters pour la décoration de la maison.
Deux applications qui font appel à la technologie de l'électrophorèse, c'est-à-dire des particules chargées se déplaçant dans un fluide diélectrique sous l'action d'un champ. L'idée est familière : c'est celle qui a fait le bonheur d'E.Ink, le pionnier du papier électronique, et son origine remonte au moins au gyricon développé au Palo Alto Research Center de Xerox dans les années 1970.
Le papier de SiPix utilise des puits microscopiques remplis d'une huile de couleur et de particules d'une autre couleur, plus ou moins visibles en fonction de leur déplacement. Si SiPix et E.Ink sont assez proches, Bridgestone et Hitachi vont plus loin avec leur procédé de « poudre liquide » à réponse rapide. Celui-ci fonctionne de manière identique, mais en s'affranchissant du fluide car la poudre est extrêmement sensible aux variations de champ électrique. Avec toutefois une faiblesse, le besoin d'une tension élevée.
Les cristaux liquides entrent en lice...
Aujourd'hui, d'autres technologies entrent en lice, comme les cristaux liquides. Ils sont utilisés non plus en transmission comme dans les écrans LCD, mais en réflexion. C'est la technologie retenue par le français Nemoptic avec son procédé BiNem, qui utilise des cristaux liquides à deux formes stables, chaque forme restant inchangée jusqu'à l'impulsion électrique suivante. Pas d'éclairage arrière, pas de matrice active : l'écran réflectif de Nemoptic apparaît (presque) comme une surface imprimée. Plusieurs autres industriels comme Liquavista, Matsushita ou ZBD offrent aussi des solutions LCD en réflexion.
... ainsi que les diodes électroluminescentes
Plus exotiques sont les technologies d'interférences. Qualcomm utilise deux couches minces - constituant une matrice de cellules - séparées par une distance variable. L'ensemble crée un interféromètre dans lequel chaque pixel reflète ou non une couleur, selon que la cellule Mems est ouverte ou aplatie.
De leur côté, l'israélien Magink et l'américain Kent Displays emploient des cristaux liquides cholestériques, à structure spirale, qui peuvent créer une interférence lumineuse si leur géométrie est bien choisie. Quand plusieurs cristaux sont organisés, l'interférence devient visible. Quand les cristaux sont dispersés, on ne voit rien...
Egalement sur les rangs : les diodes électroluminescentes (Oled), les papiers à base de procédé électrochrome que développent Aveso et Siemens ou encore les cristaux photoniques constituant le P-Ink d'Opalux, une start-up de Toronto.
Si les technologies foisonnent, on peut s'attendre à pas mal de confusion avant que les utilisateurs ne trouvent une solution optimale pour leurs applications...
De Washington, Philippe Deroin
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