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Le pacte de compétitivité rejeté par les syndicats français et allemands

Par Anne-Sophie Bellaiche - Publié le
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C’est une initiative originale des syndicats français et allemands. Au lieu de s’en remettre à la confédération européenne des syndicats qui porte en général le discours commun des organisations européennes, ils ont monté ce mardi une opération « réponse du berger à la bergère » en s’unissant à la manière dont Nicolas Sarkozy et Angela Merkel s’étaient unis pour leur pacte de compétitivité. Mais eux, veulent le combattre.

Au centre de la table, l’allemande Annelie Butenbach, membre du comité de direction du  DGB, première confédération syndicale outre-rhin. A sa droite, Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, et à sa gauche, Marcel Grignard, le n°2 de la CFDT. Pluralisme syndical français oblige, la réunion regroupe également le nouveau patron de l’Unsa, Luc Bertille et Pascal Pavageau, secrétaire national de FO.

Ce mardi 22 mars, ils sont venus affirmer ensemble leur rejet de l’initiative politique menée par les chefs de gouvernement français et allemand. « Nous n’avons pas besoin d’un pacte à la Sarkozy-Merkel, affirme Annelie Butenbach. Il s’appuie sur une conception limitée de la compétitivité qui vise une baisse des salaires et met en danger la demande intérieure. »

Concocté par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, ce pacte, rebaptisé entre temps « Pacte pour l’Euro »,  veut organiser une convergence des politiques économiques. Sur le principe, il a même été accepté par les 17 pays de la zone euro le 11 mars dernier.
Le pacte doit impulser des réformes structurelles communes dans quatre grands domaines :  les salaires, la retraite, les finances publiques, la fiscalité. Pour les syndicats qui appellent pourtant depuis longtemps à une stratégie de convergence en Europe, c’est autant la forme que le fond qui heurtent.

Sur le fond, ils voient d’un très mauvais œil, une stratégie de modération salariale qui entraînerait les salariés européens vers une perte de pouvoir d’achat et l’économie dans une spirale déflationniste. Le pacte propose, entre autres, de faire évoluer les salaires en ligne avec la productivité et d’examiner l’opportunité de sortir de mécanismes comme l’indexation automatique des salaires sur l’inflation. Une logique déjà mise en œuvre dans certains pays comme le Luxembourg ou la Belgique.

Les syndicats sont également très réticents à l’idée  de faire inscrire dans les constitutions ou lois-cadres, des plafonds des déficits et dettes publiques, de nature selon eux à sacrifier la protection sociale. Ils sont particulièrement révoltés par un texte qui touche à des questions sociales sans avoir procédé d’un quelconque dialogue avec les organisations. Le sujet jusque-là reste largement du ressort de chaque pays.

« Pendant des années, on a opposé à nos revendications d’amélioration de la condition des travailleurs le principe de subsidiarité national sur le champ social. Et maintenant qu’il s’agit de mettre de les mettre en cause, l’argument disparait » s’est indigné Bernard Thibault. Pour le DGB, farouchement attaché à son autonomie de négociation, le pacte crée une « ingérence qui pourrait contrecarrer  des négociations collectives menées sur le terrain ».

De son côté, Marcel Grignard de la CFDT se désole qu’une initiative pour une gouvernance européenne « avec des éléments très positifs de solidarité pour les pays les plus endettés se soit dotée d’une vision courte où la compétitivité est réduite au seul coût du travail. »

Pour informer les salariés européens des conséquences d’un pacte qu’ils jugent néfaste, les syndicats veulent multiplier les mobilisations. Une première manifestation est prévue samedi prochain, à Londres (qui n’est pas dans la zone Euro). Le 9 avril, un grand rassemblement réunira tous les syndicats européens à Budapest.

Parallèlement, dans chaque pays, les syndicats sont aussi invités à faire un grand battage autour du pacte. Un pacte qui selon les syndicats français réunis ce mardi « ne pourra qu’éloigner les citoyens de l’Europe et les pousser dans les bras des partis extrémistes ». Voilà une menace qui peut avoir un certain écho, au vu de l’actualité électorale française.

 

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